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Ademe Avenir prometteur mais incertain pour les bioénergies

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Le bois énergie d'abord, mais maintenant aussi la méthanisation, sont en train de prendre leur essor. Leur avenir dépendra de l'évolution des outils de soutien actuels : fonds chaleur, appels à projets BCIAT et soutiens à la méthanisation sont en cours de révision, tandis qu'un plan méthanisation agricole et une loi pour la forêt sont dans les tuyaux. L'Ademe a sa vision et a souligné, lors des salon Biogaz Europe et Bois énergie, à Nantes, quelques points de vigilance.

«On peut être satisfait du décollage sur le bois énergie depuis 2006, et de celui qui démarre sur le biogaz en 2012 », a constaté Joëlle Kergreis, directrice adjointe des programmes à l'Ademe, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie. Un bilan présenté aux professionnels à l'occasion du colloque international sur le biogaz et le bois énergie, organisé lors des salons réunis à Nantes : Biogaz Europe et Bois énergie, du 22 au 26 mars. Ces deux sources d'énergie renouvelable ont pris leur essort. Mais, au vu des objectifs fixés par l'Europe et la France « leur courbe d'évolution est toute autre à partir de maintenant, avec des multiplications globalement par cinq des quantités qui devront être produites ». Or, l'avenir du cadre politique et financier pour ces filières est désormais incertain. D'un côté, le Fonds chaleur de l'Ademe, entériné par le Grenelle de l'environnement, prévu pour la période 2009-2013, arrive « à échéance », sans que le gouvernement ait encore tranché sur son futur. Cet outil, doté de près d'un milliard d'euros sur la période 2006-2013, dont 200 millions en 2013, a permis de soutenir des projets de création de chaleur renouvelable. Que deviendra-t-il ? L'Ademe en tout cas le défend « âprement », a assuré Joëlle Kergreis.

L'Ademe ne veut pas un schéma unique

De leur côté, les appels à projets BCIAT (biomasse chaleur industrie agriculture tertiaire) qui visent à « susciter le développement de projets de production de chaleur à partir de biomasse dans l’industrie, l’agriculture et le tertiaire » ont été lancés régulièrement. En 2013 s'est ouvert la 5e édition. Et la 4e est en cours de traitement : 24 dossiers ont été reçus et sont en cours de sélection.
« On va se poser à cette occasion des questions sur la tension de l'approvisionnement qui peut se poser dans certaines occasions, a reconnu Joëlle Kergreis. Mais on voit qu'il y a encore des projets, y compris de la part des collectivités. » Des échanges entre l'Ademe et les ministères de tutelle, Joëlle Kergreis retient : « Ce qui est sûr, c'est que le ministère n'entend pas réduire significativement ou arrêter ce dispositif. Et nous, Ademe, redisons que pour atteindre l'objectif 2020, il nous faut poursuivre cette politique et maintenir les soutiens, voire les augmenter. ».
Dans cette procédure d'appels d'offre, les projets soumis étant de plus en plus nombreux, les critères de sélection « vont se durcir, avertit Joëlle Kergreis. D'ailleurs les pouvoirs publics nous demandent des projets de plus en plus efficients en termes d'euros investis par tonne équivalent pétrole (unité de mesure de l'énergie produite, de source renouvelable, ndlr) produite. Nous le comprenons. Toutefois, notre rôle est d'expliquer qu'on s'y emploie, certes, mais qu'il faut malgré cela une diversité dans les projets, car il faut une complémentarité et des projets complémentaires. »
La politique défendue par l'Ademe sur la méthanisation est similaire. La méthanisation est l'une des sources de production d'énergie et de chaleur renouvelable appelée à se développer fortement dans les prochaines années. Comme pour les filières bois énergie, se pose alors la question de la mobilisation de la biomasse, sur laquelle l'Ademe s'est penchée. Une étude sur les sources de biomasse mobilisables, à l'échelle de la France métropolitaine, montre, d'une région à l'autre, de grandes disparités. « La part des déjections animales, des résidus de cultures, ou autres intrants... est très variable selon les régions, commente Joëlle Kergreis. Pour nous, cela veut vraiment dire qu'il faut qu'on sorte des grands schémas. Et que l'on défende auprès du décideur la réalité de la situation en France : elle est nuancée, les régions sont très différentes, les substrats mobilisables et les modèles économiques sous-jacents également. L'idée qu'on va défendre est qu'il n'y a pas un schéma unique à privilégier contrairement à d'autres pays. » Une idée d'autant plus importante qu'un plan pour la méthanisation en agriculture est en cours de préparation. Quant au bois énergie, son avenir dépendra peut-être aussi en partie de la future loi d'avenir sur l'agriculture et la forêt.

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