La production française d’alcool éthylique (de betteraves et de céréales et très minoritairement de vin) a diminué de plus d’un million d’hectolitres en raison de faibles récoltes de betteraves, a indiqué le Syndicat national des producteurs d’alcool agricole (SNPAA) lors de son assemblée générale qui s’est tenue le 10 mars. La forte augmentation annoncée des semis de betteraves au printemps laisse prévoir une reprise de la production d’alcool.
La France a vu sa production d’alcool éthylique régresser à 18,1 millions d’hectolitres (Mhl) en 2015/16, contre 19,2 Mhl pendant la campagne 2014/15. Cette diminution de plus d’un Mhl d’alcool éthylique s’explique par la faible récolte de betteraves en 2015. La récolte de betteraves en 2016 n’a pas été abondante non plus. La part la plus importante de l’alcool éthylique est utilisée sous forme d’éthanol et pour une part plus réduite par les débouchés historiques de l’alcool (pharmacie, parfumerie, boissons alcoolisées, vinaigrerie, industrie chimique).
Vers une hausse de la production d’alcool de mélasse
Le SNPAA se prépare à une reprise de la production d’alcool. La récolte betteravière de 2017 est attendue en forte hausse, du fait d’intentions de semis en progression de 20 %, selon la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), du jamais vu. Cette envolée inédite s’explique par la levée des quotas cette année. Par chance, pour cette première récolte sans les quotas, les cours du sucre sont élevés, avec une forte demande de la Chine et de l’Inde. L’essentiel de l’augmentation prévisible de la récolte betteravière sera orientée vers la production de sucre et n’ira donc pas inonder le marché de l’alcool. En revanche, l’accroissement de la production de sucre dans les usines devrait générer plus de mélasse, un coproduit du process sucrier. Or, la mélasse est un substrat pour la production d’alcool, a expliqué Sylvain Demoures, secrétaire général du SNPAA.
Une boîte « éthanol de résidus industriels »
Cette perspective de production d’alcool à partir d’un coproduit de l’industrie sucrière incite les fabricants d’alcool à envisager la création d’une « boîte » pour l’éthanol de résidus industriels. L’éthanol issu de coproduits de process industriels tels les sucres non extractibles (mélasse) et les amidons résiduels « devrait pouvoir être comptabilisé au-dessus du plafond de 7 % » d’incorporation dans les moteurs, a déclaré à ce propos Bruno Hot, président du SNPAA à l’assemblée générale du syndicat. Le plafond de 7 % est applicable aux biocarburants de première génération, autrement dit à ceux qui sont produits à partir de denrées alimentaires (betterave sucrière, blé, maïs, colza, tournesol). Si l’éthanol produit à partir de résidus de l’agro-industrie restait comptabilisé comme éthanol de première génération, il saturerait inutilement le plafond des 7 %. Or ce plafond est en passe d’être atteint. Le taux d’incorporation d’éthanol moyen dans l’essence s’est élevé à 6,68 % en 2016, selon le SNPAA. La Commission européenne quant à elle propose d’abaisser le plafond à 3,8 % en 2030.
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Le SNPAA a exposé son incompréhension. « Le plafond de 7 % applicable aux biocarburants de première génération doit s’ajouter à la trajectoire des biocarburants dits avancés au sein de l’objectif de 15 % », a souligné Bruno Hot. Cet objectif de 15 % d’énergie renouvelable dans les transports en 2030 est pourtant loin d’être réalisé. Les discussions devraient durer encore plus d’un an, a indiqué Bruno Hot.
La hausse de la production de sucre gènerera plus de mélasse, disponible les fabricants d'alcool
Paris sensibilisera Bruxelles sur l’importance de la première génération
Le ministère de l’Agriculture « sensibilisera la Commission européenne sur l’opportunité et les conséquences d’une diminution des biocarburants de première génération », a indiqué FranceAgriMer le 10 mars, à la suite d’un conseil spécialisé « sucre » de l’établissement. Il attirera l’attention de Bruxelles « sur l’économie du secteur, l’emploi et l’environnement ainsi qu’en termes d’efficacité dans l’atteinte des objectifs en matière d’énergies renouvelables ». La France souhaite « inciter » à développer la seconde génération de biocarburants « au lieu de taper sur la première », a indiqué le ministère, cité par l’AFP le 13 mars. « Le vrai risque, c’est que, si on tire à boulets rouges sur la première génération, il y a un risque sur la seconde génération », a-t-il poursuivi.
Pendant ce temps le débouché de l’éthanol progresse. Le nombre de stations-service distribuant de l’E10 (l’éthanol incorporé à 10 % dans l’essence) a augmenté de 230 en 2016. À l’occasion d’une conférence de presse le 8 mars, l’Ufip (Union française des industries pétrolières) a évalué leur nombre à 5 495, pour une consommation de 34,7 Mhl de super sans plomb 95-E10. À comparer aux 31,5 Mhl consommés en 2015. L’E85 (éthanol à 85 % dans l’essence) est maintenant distribué dans 140 stations supplémentaires en 2016, a ajouté l’Ufip.