En 2025, la filière de la banane française a connu une saison dynamique, avec une progression de sa production de 3,5 %. Mais sous ces dehors flatteurs, des fragilités demeurent. La filière attend avec empressement la mise en œuvre des drones et des NGT, et demande à disposer de moyens renforcés via le programme Posei.
Le marché hexagonal de la banane se porte bien. En 2025, il a progressé de 5 %, pour atteindre près de 860 000 tonnes de bananes vendues, a annoncé l’Union des groupements des producteurs de bananes de Guadeloupe et de Martinique (UGPBan) au Salon de l’agriculture le 24 février. Environ une banane sur cinq consommée en France a été produite dans les Antilles françaises. Les producteurs y ont bénéficié de conditions climatiques favorables : la production a progressé de 3,5 % atteignant 200 000 tonnes en 2025. Sur ce total, 6 000 tonnes ont été écoulées sur les marchés locaux et 194 000 tonnes exportées, dont 180 000 vers la métropole, principal débouché.
Fer de lance de sa stratégie de différenciation, la marque « La Banane française », reconnaissable à son ruban tricolore, représente 6 % du marché français. En 2025, ce segment a atteint 42 500 tonnes, soit une augmentation de 8 % par rapport à 2024, a souligné Pierre Monteux, directeur général de l’UGPBan. L’objectif est de monter à plus de 50 000 tonnes vendues sous cette marque en 2026-2027, qui rémunère mieux les producteurs de banane (1 000 €/t contre 750 €/t en vrac). Une montée en gamme qui permet à la filière de se distinguer face à l’offre de « bananes dollar » d’Amérique latine, « qui bénéficient d’une baisse significative des droits de douane qui leur sont appliqués », s’offusque l’UGPBan.
Deux axes d’innovation attendus
Ce dynamisme masque toutefois une réalité plus fragile. Depuis 2010, la filière est confrontée à la cercosporiose noire, un champignon microscopique qui brûle les feuilles des bananiers, mais dispose de moyens de lutte « très limités ». « Nous ne sommes pas dans le même monde que ceux qui disposent de tous les moyens pour lutter contre la cercosporiose noire », a souligné Philippe Aliane, directeur général chez des producteurs de Guadeloupe. Jean-Claude Marraud des Grottes, président de Banamart, a pour sa part évoqué la triple concurrence « sanitaire, économique et sociale » face aux producteurs d’Amérique latine et d’Afrique.
Pour y faire face, la filière française de la banane place ses espoirs dans deux axes d’innovation. Premier enjeu : l’utilisation de drones agricoles. Si la loi autorise leur usage en France depuis avril 2025, elle reste inapplicable faute de décrets. La filière redoute des textes trop restrictifs ou des autorisations limitées à un an non renouvelable, incompatibles avec des investissements estimés à dix millions d’euros, et met en garde les pouvoirs publics sur ce risque. Le deuxième axe concerne les NGT, en passe d’être autorisés au niveau européen. La filière estime qu’il faudra encore quatre à cinq ans après leur entrée en vigueur de ces nouvelles techniques pour « commencer à vraiment sortir la tête de l’eau ».
Le programme Posei remis en question
Parallèlement, la filière française de la banane a appelé au maintien et au renforcement du programme Posei ; alors que le futur cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034 est en cours d’élaboration au niveau européen. La filière souhaite qu’il demeure un instrument autonome, doté d’une ligne budgétaire spécifique au-delà de 2027. Elle souhaite également une revalorisation de l’enveloppe afin de « tenir compte de l’inflation et de l’augmentation des coûts de production », alors que les moyens n’ont pas été revus depuis 2011.
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En juillet 2025, la Commission européenne avait proposé la création d’un fonds unique, qui aurait fait disparaître les instruments spécifiques dédiés aux régions ultrapériphériques, au premier rang desquels le règlement Posei, « pilier de la Pac dans les outre-mer depuis trois décennies », selon l’Union des groupements des producteurs de bananes de Guadeloupe et de Martinique (UGPBan). Six mois plus tard, la Cour des comptes européenne avait indiqué, dans un rapport, que le programme européen ne répond que partiellement aux enjeux de compétitivité et de diversification de l’agriculture dans les régions ultrapériphériques.
Dans le détail, plus de 60 % des fonds du Posei sont consacrés aux filières agricoles traditionnelles, avec un succès en demi-teinte. Dans le secteur de la banane (42 % du budget), les auditeurs précisent que les fonds sont concentrés sur « une poignée de grands producteurs dans les outre-mer français ». Au cours du Sia, les membres ultramarins de la Confédération paysanne ont d’ailleurs interpellé la ministre de l’Agriculture, Annie Gennevard, exigeant « une réelle réorientation du Posei ». « L’obligation d’adhésion à une organisation de producteurs (OP) exclut de nombreux petits producteurs, notamment en maraîchage et élevage », dénonce le syndicat.
Du côté de l’UGPBan, on estime que cet outil constitue « un enjeu politique majeur » afin de garantir la stabilité économique et sociale des régions ultrapériphériques, d’éviter un décrochage irréversible des filières et d’assurer une visibilité pluriannuelle indispensable aux investissements agricoles et agro-alimentaires. « Si la filière venait à disparaître, ce serait un choc social majeur », prévient l’UGPBan.
JJ