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Betterave à sucre : la CGB constate déjà 150 M€ de pertes

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Face à l’infestation de jaunisse, le syndicat des planteurs de betterave (CGB) évalue les pertes à déjà 150M€, avec une production amputée de « 600 000 à 800 000 tonnes de sucre ». Les principales régions betteravières – Hauts-de-France, Grand-Est, Normandie et Ile-de-France – pressent le gouvernement d’autoriser temporairement les néonicotinoïdes, interdits depuis fin 2018. Mais Julien Denormandie assure qu’il n’existe pas de « voie juridique » pour le faire rapidement.

Les quatre Régions appuient la CGB (planteurs) qui demande cette dérogation face une attaque inédite de pucerons vecteurs de la jaunisse. « La filière est en danger à court terme », a déclaré le 29 juillet Marie-Sophie Lesne, vice-présidente de la Région Hauts-de-France chargée de l’Agriculture. « Beaucoup de producteurs ne vont pas prendre le risque de replanter de la betterave » lors des choix d’assolement qui approchent.

Il s’agit de « laisser le temps à la filière de s’organiser (et) à la recherche de trouver une alternative » concernant l’insecticide controversé, selon l’élue. « Sauvons la filière avec une dérogation », a aussi plaidé Pascale Gaillot, son homologue de la région Grand Est. « En parallèle, menons toutes les recherches pour se libérer de ces molécules qui posent problème. » « Laissez-nous le temps », a insisté Clotilde Eudier, vice-présidente chargée de l’Agriculture en Normandie et elle-même productrice de betteraves.

Douze États membres ont accordé une dérogation

Résultat de la chute du potentiel de rendement des plantes malades, la France voit déjà sa production amputée de « 600 000 à 800 000 tonnes de sucre » (à comparer aux 5,1 Mt produits en 2018-2019) à un mois et demi de la prochaine récolte, s’est désolé lors de la même visioconférence le président du Syndicat betteravier de l’Aisne Guillaume Gandon. Et l’organisation de réclamer une dérogation pour utiliser les néonicotinoïdes : douze États membres l’ont accordé comme le permet l’UE en cas de crise sanitaire, selon elle.

« Ce sont aujourd’hui 150 M€ de pertes pour les planteurs », a affirmé le président de la CGB, Franck Sander, qui n’imagine pas que l’État soit en mesure de « perfuser » durablement la filière. « D’ici à cinq ans », les premières variétés résistantes arriveront, selon lui. Et l’Inrae disposera, à l’horizon de trois ou quatre ans, de solutions agronomiques grâce à des semis simultanés d’avoine, ou encore avec l’enfouissement de fétuque des prés, contenant naturellement des alcaloïdes répulsifs, a indiqué Philippe Mauguin, lors de son audition à l’Assemblée en vue de sa reconduction comme p.-d.g. de l’institut.

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« Jamais je n’abandonnerai » la filière

Le ministre de l’Agriculture, interrogé par une députée LR sur la jaunisse des betteraves, a lui rappelé le 28 juillet à l’Assemblée que « le gouvernement actuel est en train de mettre en application une loi votée en 2016 ». Julien Denormandie fait ici référence à la loi biodiversité qui fut portée par l’actuelle ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili. Le texte a interdit les néonicotinoïdes depuis septembre 2018. Pour le ministre, « le pouvoir exécutif ne peut pas changer la loi si ce n’est pas le pouvoir législatif qui le fait ». Et de conclure : « Nous avons un double choix : changer la loi ou mettre énormément de soutien financier dans une filière. C’est ce sur quoi nous travaillons avec le Premier ministre. »

Le lendemain, toujours à l’Assemblée, il a prolongé son analyse, expliquant qu’il n’existait pas de « voie juridique » pour réautoriser rapidement les néonicotinoïdes. Seule une nouvelle loi pourrait le permettre ce qui serait « incompatible en termes de temporalité » avec son objectif de convaincre que les agriculteurs « prévoient des betteraves dans leur prochain assolement », afin de maintenir des volumes suffisants pour assurer la rentabilité des sucreries en 2021 : « Mon objectif, c’est que les agriculteurs prévoient des betteraves dans leur assolement. Et cela se décide entre aujourd’hui et septembre, donc il nous faut une solution maintenant. »

Au passage, le ministre a exprimé son attachement à la filière : « Le secteur de la betterave est un élément de souveraineté alimentaire. Jamais, jamais, jamais (sic) je ne l’abandonnerai ! » Il a par ailleurs voulu renvoyer la députée du Loiret à « ses responsabilités » : « Elle est où, la proposition de loi que vous auriez dû déposer depuis quatre ans pour dire aux Français : "On veut revenir sur les néonicotinoïdes" ? »

« Où est la proposition de loi que vous auriez dû déposer depuis quatre ans »