La production française de betterave, de sucre et d’éthanol devrait rebondir en 2025. Mais les prix sont au plus bas, les charges restent élevées, et le contexte politique très incertain, avec l’imminence d’une taxe sur les engrais, la concurrence ukrainienne, et le traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, etc.
Lors d’une conférence de presse organisée à Paris le 3 décembre, la CGB (producteurs de betteraves, FNSEA) a annoncé tabler sur une production française 2025 de 36 Mt. Cette prévision s’avère sensiblement supérieure à celle du ministère de l’Agriculture (Agreste) publiée en novembre, à 33,7 Mt. Mais surtout, il s’agirait d’un net rebond par rapport à 2024 (32,6 Mt). La projection pourrait encore évoluer quelque peu dans les prochains jours, les moissons n’étant pas encore terminées. Cela n’empêche pas la CGB de se réjouir de bons rendements, évalués à 91 t/ha en moyenne (16 % de sucre), en nette hausse par rapport à l’an passé, mais qui auraient pu être records sans les dégâts causés par la jaunisse. Mais la bonne nouvelle du côté de la production est atténuée par un contexte de marché et politique adverse.
Hausse attendue de la production de sucre et d’alcool
La bonne moisson betteravière incite le syndicat à se montrer optimiste quant à la production industrielle. Il table sur une production de sucre à 4,3 Mt lors de la présente campagne commerciale, contre 4 Mt l’an dernier, et 8,7 millions d’hectolitres (Mhl) d’alcool et de bioéthanol, contre 7,6 Mhl l’an passé. Néanmoins, l’organisation rappelle le contexte de marché extrêmement critique. Les prix sont au plus bas, en raison d’une offre abondante, amplifiée par la spéculation sur le contrat à terme de New York, alors que les coûts de production des betteraviers ont flambé. « Les fonds sont extrêmement vendeurs », pointe Franck Sander, président de la CGB, à 8,5 Mt (net vendeur), un plus haut depuis cinq ans.
Le syndicat s’attend à ce que les prix payés aux producteurs de betteraves tombent à 30-35 €/t en 2025, contre 39,5 €/t en 2024, et 50 €/t en 2023. Pour 2026, l’incertitude est totale, aucun industriel n’ayant communiqué de prix, hormis Saint Louis Sucre, pointe la CGB. Dans le même temps, les charges des betteraviers ont grimpé de 32 % lors des cinq dernières années, pour atteindre les 2 900 €/ha environ. Des sucreries ont fermé, et la CGB a rappelé la volonté de Saint Louis Sucre d’abaisser les assolements de 25 % aux producteurs de betterave, ce qui représenterait globalement un repli de 2 à 3 % de la sole française 2026. Cette demande est jugée injuste par la profession, la France ayant fait le plus d’efforts dans l’UE en matière de maîtrise de l’offre. Par exemple, la Pologne a fait progresser ses assolements de 35 % entre 2017 et aujourd’hui, l’Allemagne de 13 %, pendant que la France les a abaissés de 1 % sur la même période. L’effort a même été encore plus conséquent entre 2024-2025 et 2025-2026, la sole passant de 410 000 ha à 396 000 ha dans l’Hexagone.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Ajoutons à cela un environnement politique peu amène. La concurrence ukrainienne continue de pénaliser la filière, malgré les efforts de l’organisation pour l’atténuer (quota de 100 000 t de sucre ukrainien sur l’UE, contre 20 000 t avant la guerre). Et le fait que les autorités européennes tentent d’accélérer la signature du traité de libre-échange avec le Mercosur n’est pas de nature à la rassurer. Sans oublier la mise en place du dispositif MACF au 1er janvier 2026, déstabilisant le marché des engrais. La CGB a donc rappelé son opposition à la signature du traité de libre-échange avec le Mercosur, et la nécessité de sortir les engrais du dispositif MACF. La CGB a aussi réitéré ses demandes, parmi lesquelles le relèvement du prix d’intervention (seuil déclenchant des mesures de protection du marché) de 404 €/t aujourd’hui à 585 €/t.
KC