Face à la saturation du marché de la bière, des analystes voient le segment du sans-alcool comme le principal moteur de croissance du secteur. Populaire auprès des jeunes et des consommateurs soucieux de leur santé, la demande pour la bière sans alcool augmente. Pour y répondre, les fabricants s’adaptent et élargissent leurs gammes.
Il semblerait que le Dry January commence à avoir des adeptes toute l’année. Selon une étude de février 2019 menée par l’International Wines and Spirits Record (IWSR), analyste du marché des boissons, la consommation mondiale d’alcool a diminué de 1,6% en 2018 et celle de bière de 2,2%. En parallèle, on assiste à une hausse de la demande pour la bière peu ou pas alcoolisée.
Pour les industriels, les raisons de sauter le pas ne manquent pas, à commencer par la volonté de séduire les jeunes au-dessous de l’âge légal de consommation d’alcool, les consommateurs des pays du Moyen-Orient où l’alcool est interdit ou encore ceux qui ne peuvent pas en consommer comme les femmes enceintes. La bière sans alcool est aussi vue comme une alternative pour les amoureux du houblon soucieux de leur santé. Et pour eux, le goût doit aussi être au rendez-vous. Un défi quand on sait que c’est l’alcool qui donne la majorité de sa saveur à la bière. Ayant flairé la tendance, le centre d’innovation GITeC d’AB InBev a développé une technologie qui lui permet « d’éliminer l’alcool de la bière après le processus de brassage afin de créer des bières sans alcool sans compromettre le goût ». Rien qu’en 2018, le premier brasseur mondial (54,6 Mrd€ de CA en 2018) a lancé pas moins de douze bières peu ou pas alcoolisées.
Son concurrent Heineken (26,8 Mrd€ de CA en 2018) n’est pas en reste. En 2017, la Heineken 0.0, avec moins de 0,03% d’alcool, a rejoint le portfolio du groupe néerlandais. Portfolio qui compte aujourd’hui 325 références à teneur faible ou nulle en alcool. Dans son rapport annuel 2018, le groupe annonce vouloir encore « accélérer l’expansion géographique et la variété de [son] offre ».
Carlsberg (62,5 Mrd DKK (8,37 Mrd€), de CA en 2018), lui, se félicite des bons résultats de ses bières sans alcool. Son rapport annuel 2018 note une hausse de 33% des ventes de ses références non-alcoolisées en Europe de l’Ouest. Le groupe a non seulement décliné ses gammes actuelles en ajoutant une version sans alcool, mais il a aussi lancé l’année dernière une marque entièrement dédiée à ce segment, Birell, vendue en Pologne et en Bulgarie.
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L’avenir semble rose pour la bière sans alcool. L’étude de l’ISWR estime le taux de croissance annuel moyen mondial du segment à +8,8% par an jusqu’en 2023. Une autre enquête menée en 2018 par Global Market Insights prédisait que ce marché vaudra 24 milliards de dollars (21,3 Mrd€) en 2024, contre 13 milliards de dollars (11,5 Mrd€) en 2016. Et à l’avenir, le Moyen-Orient et l’Afrique devraient être les deux marchés les plus dynamiques, avec une hausse annuelle moyenne prévue de 7% jusqu’en 2024.
Plusieurs définitions d’une bière sans alcool
Même théoriquement « sans alcool », une bière peut contenir un certain pourcentage d’alcool, notamment à cause de la fermentation naturelle des sucres dans la boisson. En France, cette limite est fixée à 1,2%. Les États-Unis ont choisi de créer deux catégories sur ce marché : les bières sans alcool (moins de 0,5% vol) et celles à faible teneur en alcool (de 0,5% à 1,2% vol). Il revient dès lors aux industriels d’adapter leurs gammes aux différentes normes en vigueur.