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Industrie de la Viande Bigard prend le contrôle de Socopa

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C’est la plus grosse fusion de toute l’histoire de l’industrie de la viande française. Bigard et Socopa, les deux plus gros abatteurs français, s’unissent. Selon un communiqué diffusé par Jean-Paul Bigard, les actifs industriels de Socopa seront réunis dans une filiale commune dont Bigard détiendra 51 % du capital et les anciens actionnaires de Socopa 34 %.

Un nouveau ténor européen est né : l’alliance entre Bigard et Socopa, les deux premiers groupes français de viande, réalisant chacun entre 2 et 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Il s’agit, en fait, d’une prise de contrôle par Jean-Paul Bigard, p.-d.g. du groupe du même nom, des actifs industriels de Socopa. Selon son communiqué diffusé le 31 juillet, une nouvelle société intégrera les actifs de Socopa. Bigard en sera actionnaire à 51 % du capital contre 34 % pour « les coopératives et groupements financiers (Unigrains) anciens actionnaires de Socopa ». La société sera mise en place au 1 er janvier 2009 après consultation des autorités de la Concurrence.

Un tel regroupement s’explique surtout par le contexte européen qui a donné naissance dans les années récentes à de très grosses sociétés de viande. Naguère leader en Europe, les groupes français se situent maintenant derrière des entreprises telles que Vion (Pays Bas), Danish Crown (Danemark), Tönniès (Allemagne) Westfleisch (Allemagne) ou encore Veronesi (Italie).

Vion rachète Grampian en Grande Bretagne

La concentration se poursuit puisque le néerlandais Vion vient d’obtenir le droit, de la part de la Commission européenne de faire l’acquisition du britannique Grampian.

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De surcroît, les sociétés internationales investissent de plus en plus le marché européen : le brésilien JBS a récemment acquis 50 % de l’italien Inalca, l’américain Smithfield a acquis Sara Lee Meats Europe, le néerlandais Plusfood a été acheté par le brésilien Perdigao. Tous ces regroupements se situent dans un marché dont la visibilité n’est pas évidente pour les opérateurs. La consommation est souvent en baisse, la rentabilité faible, les grands clients que sont les chaînes d’hypermarchés se regroupent et une incertitude existe sur les conditions d’approvisionnement. Elles seront, pour les industriels européens de plus en plus difficiles. L’offre est en phase de réduction, avec des prix en hausse en raison des coûts plus élevés de l’aliment du bétail. Le phénomène est le même qu’il s’agisse de bovins, d’ovins, de porcs ou de volailles. Les cheptels laitiers (les vaches de réforme sont la matière première principale des industriels en viande bovine) sont encore en réduction sans que l’on sache bien si la disparition à venir des quotas renversera la tendance. L’avenir de la Pac dans le domaine de l’élevage est, d’une manière générale, une nouvelle source d’inconnues pour les industriels, de même que les négociations internationales, en tout cas jusqu’à l’échec des discussions OMC le 29 juillet. Mais cet échec même ne lève pas toutes les inconnues.

Un nouveau modèle

Pendant ce temps, les concurrents brésiliens ou américains ont accès à des élevages qui sont, eux, plutôt en extension. Les raisons de se regrouper se situent donc autant en amont qu’en aval. Par ailleurs, la possibilité de devenir multiviande représente un atout précieux pour ces sociétés qui doivent pouvoir s’arbitrer plus rapidement en fonction des saisons, des tendances consommateurs et des demandes de distributeurs qui font évoluer le mix-produit entre viandes bovines, ovines, porcines et avicoles.

L’importance stratégique de l’approvisionnement souligne aussi à quel point la structure que va mettre en place Bigard avec Socopa peut représenter un modèle. C’est aussi ce qui vient de se passer avec Unicopa dans le domaine de la volaille. Les coopératives se désengagent partiellement de l’industrie d’aval (abattage-transformation) au profit d’opérateurs privés, tout en restant au cœur de l’activité d’amont (collecte des animaux). Un nouveau modèle qui se limite à l’industrie de la viande mais qui pourrait y prendre un développement important.