Les hausses de la consommation des particuliers, et celle à venir de la restauration collective, va amplifier la demande de produits biologiques en France. Italie et Espagne, déjà bien placées, pourraient encore progresser dans leur approvisionnement du marché français en fruits et légumes.
Les chiffres définitifs de la consommation de produits biologiques en France en 2017 sont venus confirmer les premières indications émises par l’Agence bio en février dernier (Agra Alimentation du 1er mars 2018) : les ventes ont atteint 8,373 milliards d’euros, en hausse de 17 % par rapport à 2016, dont 7,921 milliards d’euros en consommation à domicile et 452 millions d’euros en restauration hors domicile.
Parmi les canaux de distribution, le circuit spécialisé recule légèrement en parts de marché (36,3 %), tandis que la vente directe et les artisans progressent. À l’opposé, les GMS continuent leur progression avec 46,1 % de part de marché et une croissance de 20 % des ventes en une année. Les supermarchés et hypermarchés ont réalisé de belles croissances en épicerie (+27 %), en fruits et légumes frais (+22 %) et en boissons alcoolisées (+21 %).
1,5 milliard d’euros de déficit commercial
Le marché bio français est autosuffisant à 69 % et à plus de 90 % en vins, boissons alcoolisées, œufs, lait, produits laitiers, viandes fraîches et transformées, boulangerie et pâtisserie fraîche. En revanche, pour les fruits et légumes, la part de produits hexagonaux est plus faible, à respectivement 39,9 % et 69,4 %.
En 2016, on avait importé pour 29 % de produits alimentaires, et en 2017 pour 31 %. Et la situation est bien plus tendue pour les produits de gros biologiques dont la valeur des importations a grimpé de 27 % au cours de l’année 2017. D’où un déficit d’environ 1,5 milliard d’euros chaque année, dont les deux tiers sont liés aux produits hors UE.
Va-t-on vers une hausse des importations de produits biologiques ? La demande des particuliers et de la restauration hors domicile, appuyée notamment par l’obligation de 20 % de produits biologiques dans la restauration collective publique en 2022, va sans doute peser sur l’approvisionnement du marché français.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Vers plus d’importations du bassin méditerranéen
Et avec des différences notables selon les produits. « Pour les céréales, on devrait arriver à un résultat d’ici les trois prochaines années, mais il faut se pencher sur la question des fruits et légumes », a expliqué Florent Guhl, directeur général de l’Agence Bio.
« Il y a une demande des consommateurs pour des produits de contre-saison », a-t-il poursuivi, estimant que l’Espagne et le Portugal étaient bien placés pour alimenter le marché en fruits et légumes biologiques en raison de leur atout climatique et de l’orientation vers l’export de leurs filières. Mais certaines importations ne pourront pas être stoppées, en particulier les produits agricoles qui ne poussent pas en France métropolitaine comme les fruits tropicaux, le cacao, le café, et les agrumes.
En revanche, il existe un potentiel d’export pour certaines filières. La viticulture et l’élevage laitier ont un fort potentiel de conversion vers le bio. Et les surfaces agricoles se convertissent vers le bio : on attend des progressions des surfaces agricoles utiles biologiques de 23 % en 2018 et de 19 % en 2019. Les exportations progressent de 12 % en un an, mais elles restent modestes avec 707 millions d’euros de recettes. 59 % des exportations sont des vins, mais d’autres secteurs exportent de plus en plus comme l’épicerie sucrée et salée (+59 millions d’euros) ou les bières et les cidres (+11 millions d’euros).
Vers un Plan Ambition Bio 2022 d’ici la fin de l’été
Florent Guhl s’est déclaré « très satisfait de la loi issue des États généraux de l’alimentation » votée en première lecture par les députés le 30 mai, soulignant que les débats ne sont pas terminés et que la discussion va se poursuivre au Sénat. Selon le directeur général de l’Agence Bio, « il faut passer à la vitesse supérieure car tous les acteurs sont prêts » faisant allusion au Plan Ambition Bio 2022 en cours de discussion avec l’État. Ce plan comprend deux objectifs phares que sont le passage à 15 % de surface agricole utile converties en bio (contre 6,6 % aujourd’hui) et la part de 20 % de produits bio dans la restauration collective publique (votée par les députés dans la loi Egalim). « Nous avons eu un deuxième comité de pilotage le 29 mai, et le point d’orgue de la concertation doit avoir lieu le 21 juin avec la réunion du grand conseil d’orientation », a-t-il détaillé, prévoyant une finalisation à la fin de l’été. Autre mesure phare du Plan : le doublement de la dotation du fonds Avenir Bio, géré par l’Agence Bio, de 4 à 8 millions d’euros par an.