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Biocarburants contre alimentation : le retour du débat au Parlement européen

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Le Parlement européen doit adopter le 13 septembre sa position sur la révision de la directive Énergies renouvelables. Alors que les prix de matières premières agricoles s’envolent et que la sécurité alimentaire mondiale est menacée, des ONG appellent à suspendre la production de biocarburants.

Alors que les eurodéputés doivent adopter en plénière le 13 septembre leur position sur la révision de la directive Énergies renouvelables (ainsi que sur le règlement visant à lutter contre la déforestation importée), une coalition d’ONG (dont Oxfam, Birdlife et Transport & Environment) a manifesté le 6 septembre devant le Parlement européen à Bruxelles « pour demander aux législateurs de choisir la nourriture plutôt que le carburant ». Les manifestants appellent à cesser d’encourager l’utilisation des cultures alimentaires pour la production de biocarburants dans le contexte actuel d’envolée des prix alimentaires et de sécheresse. « La consommation de biocarburants issus de cultures dans l’UE pourrait nourrir 150 millions de personnes », estime-t-on chez Birdlife.

Lire aussi : Biocarburants : les professionnels rassurés par le vote des eurodéputés

La commission parlementaire de l’Énergie a adopté en juillet un projet de position dans laquelle est maintenu le plafond de 7 % imposé aux biocarburants issus de cultures alimentaires.

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Outil de régulation

Pour l’eurodéputé social-démocrate Éric Andrieu, la question de la suspension temporaire de la production de biocarburants sera un point central du débat en plénière. « Nous disposons d’un levier important pour calmer les marchés et réorienter des produits agricoles vers l’alimentation », soutient-il dans un communiqué du 6 septembre. Il a déposé plusieurs propositions d’amendements visant à prévoir « la suspension des politiques d’agrocarburants quand les prix des matières premières agricoles dépassent un seuil excessif ». Il ne faut pas, non plus, « être résolument contre ni résolument pour, prévient l’eurodéputé. Les agrocarburants ont été développés depuis trente ans pour trouver des débouchés à des productions agricoles en surproduction. À mon sens, ils doivent être une variable de régulation des marchés agricoles. Le maître mot est la flexibilité : il faut en produire moins quand les prix sont trop hauts, et en produire davantage quand la surproduction revient ». Son objectif : découpler les marchés agricoles des marchés du pétrole et ainsi éviter les flambées des prix agricoles.

Mais les producteurs européens de bioéthanol, réunis au sein d’ePure, répondent qu’ils participent déjà largement à la sécurité alimentaire puisque les bioraffineries de l’UE ont produit plus d’aliments pour animaux (4,48 Mt de coproduits) que de carburant (4,40 Mt d’éthanol) en 2021. Et de détailler dans un communiqué : « La production d’éthanol des membres d’ePURE en 2021 nécessitera moins de 1,8 million d’hectares de terres arables européennes, soit seulement 1,7 % des terres arables totales de l’UE et du Royaume-Uni, ce qui est plus de trois fois inférieur à la superficie actuelle des terres en jachère et en friche dans l’UE ».