Après deux ans de stagnation, la consommation européenne de biocarburants est repartie à la hausse en 2017. Dans son baromètre 2018, l’observatoire EurObserv’ER se félicite de l’accord européen conclu sur la révision de la directive énergies renouvelables qui va donner à l’industrie du secteur des perspectives. Mais pour atteindre les objectifs de l’UE fixés pour 2030, de nombreuses usines, notamment pour la production de biocarburants dits avancés, vont devoir être construites.
Dans son « baromètre biocarburants » récemment publié, l’Observatoire des énergies renouvelables EurObserv’ER estime qu’avec l’accord institutionnel au mois de juin sur la révision de la directive européenne sur les énergies renouvelables (1), « la période d’incertitude sur le devenir des biocarburants a pris fin » et que « l’encadrement proposé du développement des biocarburants devrait permettre de mieux structurer la filière ». Un objectif pour 2030 a été fixé à 14 % d’énergie renouvelable dans les transports et le plafond de 7 % imposé aux biocarburants dits de première génération a été maintenu.
Après plusieurs années de stabilisation, la consommation de biocarburants dans les transports est repartie à la hausse en 2017 (+ 9,2 %), pour atteindre 15,5 Mtep (mégatonne équivalent pétrole), soit un gain de 1,3 Mtep par rapport à 2016, constate EurObserv’ER dans son bilan annuel. C’est le biodiesel – biocarburant le plus consommé en Europe (à plus de 80 %) – qui a augmenté le plus rapidement avec un gain de 1 142 ktep par rapport à 2016 (+ 10 %). Dans le même temps, la consommation de bioéthanol a progressé de 156,6 ktep (+ 5,8 %). Enfin, la consommation de biogaz carburant est également en augmentation de 9,7 %, passant de 134,5 ktep en 2016 à 147,5 ktep en 2017.
La production européenne de bioéthanol est passée à 3,9 Mio tonnes en 2017 (environ 2,5 Mtep), soit une augmentation de 11 % par rapport à 2016. Mais les capacités de production ont tendance à légèrement diminuer depuis 2016. Le nombre de raffineries de bioéthanol de première génération était de 55 en 2017, contre 60 en 2015.
Concurrence entre les filières biodiesel
Pour le biodiesel, l’Union européenne reste le premier producteur mondial avec 13,3 Mio tonnes en 2017 (environ 11,5 Mtep). Mais, précise EurObserv’ER, malgré cette augmentation, la filière Emag (pour esters méthyliques d’acide gras) – c’est-à-dire le biodiesel issu de productions agricoles européennes comme le colza – n’en a que peu profité car elle a dû faire face à la concurrence du HVO – biodiesel issu de l’hydrogénation du soja et de l’huile de palme, d’huile usagée ou de graisse animale – importé d’Argentine et d’Indonésie (2). Cette production de biodiesel HVO, en pleine croissance, aurait atteint 2 583 millions de litres en 2017 et les capacités de production seraient en augmentation avec six raffineries en activité. Et cette production pourrait passer à 2,8 milliards en 2018 et à 4 milliards en 2020 avec au moins huit raffineries, grâce à de nouvelles usines en France et en Italie.
Quand il est produit à partir graisses animales ou d’huiles usagées, ce biodesel HVO est considéré comme un biocarburant avancé.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Le bioéthanol cellulosique (issu de sous-produits agricoles et forestiers), lui aussi un biocarburant dit avancé, peine pour sa part à décoller avec une capacité totale européenne de 60 millions de litres. La production est freinée par des coûts de recherche et développement élevés et les incertitudes. Plusieurs centres de production ont même fermé en Europe (notamment en Italie), souligne le rapport d’EurObserv’ER.
De nombreuses usines à construire
En excluant la double comptabilité (comptage double de l’apport énergétique des biocarburants avancés, prévu par la directive européenne pour inciter leur utilisation), le taux d’incorporation des biocarburants dans les transports pourrait atteindre 5,2 % en 2018 dans l’UE, soit une part de 3,6 % pour le bioéthanol et 5,8 % pour le biodiesel. La part des biocarburants issus de cultures alimentaires (première génération) est, elle, estimée à 4,1 %. Avec un plafond de 7 %, la marge de progression théorique pour les biocarburants conventionnels est donc encore de 2,9 points de pourcentage d’ici 2020. La part des biocarburants avancés est, elle, estimée à 1,2 %, dont 1 % issu d’huiles de cuisson usagées ou de graisses animales et 0,2 % de sous-produits agricoles et forestiers. Cette part devrait passer à 3,5 % d’ici 2030 selon la directive européenne, ce qui permettrait d’atteindre une consommation d’un peu plus de 10 Mtep. Il faudra, pour y parvenir, la construction d’une centaine d’usines de production de biocarburant cellulosique d’une capacité de 200 000 litres chacune. La consommation de biocarburants avancés issus de matières premières telles que les huiles végétales usagées et les graisses animales pourrait, quant à elle, atteindre un peu plus de 5 Mtep d’ici 2022 puis se stabiliser.
Au total, les projections faites par EurObserv’ER estiment que la consommation de biocarburants utilisés pour les transports s’établira autour de 30 Mtep en 2030.
(1) Voir n° 3649 du 18/06/2018
(2) Voir même numéro