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Biocarburants : l’utilisation de la mélasse fait débat

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Plusieurs associations européennes du secteur de l’alimentation humaine et animale s’opposent à l’inclusion envisagée de la mélasse dans la liste des matériaux utilisés pour la production de biocarburants avancés. Les betteraviers et producteurs de sucre de l’UE leur répondent.

Le Parlement européen et le Conseil des Vingt-huit sont appelés par neuf associations de l’industrie de l’alimentation humaine et animale (1) à retirer la mélasse de la liste des matériaux pouvant être utilisés pour la production de biocarburants avancés proposée par la Commission de Bruxelles dans le projet de révision de la directive « énergie » de 2015 pour la période 2020-2030. Ces secteurs – levure, fermentation, bière, boulangerie, aliments pour animaux – s’opposent à la promotion d’un tel usage de la mélasse au détriment de son incorporation dans l’alimentation. Utilisé depuis longtemps pour la production de levure, d’acide citrique et d’acides aminés (mais aussi dans les spécialités régionales belges et néerlandaises que sont le spéculoos – biscuit – et la cassonade), ainsi que dans la nutrition animale, ce co-produit de la production du sucre « n’est ni un déchet ni un résidu », soulignent-ils.

L'UE déjà importatrice

Les signataires de cet appel affirment que, « en limitant la disponibilité en mélasse pour plusieurs secteurs industriels, la politique de la Commission met en danger leur compétitivité », ce qui aurait pour conséquence une augmentation des importations et « des pertes d’emplois importantes dans toute l’Europe ».

Ils rappellent que l’UE doit déjà importer aujourd’hui plus de 1,5 million de tonnes de mélasse par an.

La Commission de Bruxelles propose de plafonner les biocarburants de première génération à 3,8 % de la consommation d’énergie du secteur des transports dans l’UE en 2030, contre 7 % en 2020, et à l’inverse d’augmenter progressivement la part des biocarburants dits avancés à 3,6 %. La commission de l’environnement du Parlement européen, en charge de cet aspect du dossier, se prononcera ce mois-ci, tandis que celle de l’agriculture doit voter son avis le 2 octobre. Quant à la présidence estonienne du Conseil, elle espère dégager une position commune des États membres d’ici la fin de l’année.

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Un faux problème, selon les betteraviers et producteurs de sucre

« L’utilisation de mélasse (de betterave et de canne) par les industries de la levure, de la fermentation et de l’alimentation animale n’a pas augmenté au cours de la dernière décennie », et « aucune progression n’est attendue », répondent les betteraviers (Cibe) et fabricants de sucre (CEFS) européens, soulignant qu’aucun problème d’approvisionnement n’a été enregistré jusqu’à présent. Et, selon eux, « priver la mélasse de betterave de son principal débouché, c’est-à-dire les biocarburants, la bioénergie et les bioproduits, mettrait en danger le secteur du sucre de betterave ».

Depuis longtemps, les industriels en question « crient au loup » à propos d’une « pénurie théorique qui ne s’est jamais matérialisée », ajoutent les deux associations. « Leur stratégie était et reste d’avoir accès à des matières premières moins chères ».

(1) Cofalec (levure), EFG (fermentation), The Brewers of Europe (bière), AIBI et CEBP (boulangerie), Caobisco (chocolat, biscuits, confiserie), CIUS (industries utilisatrices de sucre), Fefac et EFFPA (alimentation animale)