La consommation de biocarburants dans l’UE a continué de progresser en 2019, selon le baromètre annuel d’EurObserv’ER, mais à un rythme moins soutenu que les années précédentes. La faute au système de double comptabilisation de certains biocarburants, dits avancés. En 2020, la pandémie de Covid-19 2019 devrait avoir un impact important sur le secteur, en particulier le bioéthanol.
La consommation de biocarburants dans l’UE en 2019 a atteint 17,8 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), soit 1,1 Mtep de plus qu’en 2018, constate l’Observatoire des énergies renouvelables EurObserv’ER, dans son baromètre annuel sur la consommation de biocarburants de l’UE publié le 28 septembre. Rapportée au seul contenu énergétique – plutôt qu’au volume car la densité énergétique varie selon le type de biocarburant –, la consommation globale de biocarburants a donc augmenté de 6,8 % en un an. Une croissance liée à l’augmentation des mandats d’incorporation d’un certain nombre d’États membres poussés à atteindre l’objectif contraignant de 10 % d’énergies renouvelables dans le secteur des transports d’ici la fin de 2020. Mais cette croissance a été nettement inférieure à celle observée entre 2017 et 2018 (+12,3 %). Principale explication : l’utilisation plus importante de biocarburants qui bénéficient d’une double comptabilité.
En effet, dans le cadre de la directive européenne sur les énergies renouvelables, adopté en 2015, l’UE a limité à 7 % la part des biocarburants de première génération (issus de cultures alimentaires) mais a permis – pour encourager leur production – de comptabiliser certains biocarburants dits avancés en double (un litre compte pour deux litres). C’est le cas, par exemple, des biocarburants produits à partir de déchets, d’huiles végétales ou de graisses animales usagées.
+44,3 % pour le biogaz carburant
Selon EurObserv’ER, l’utilisation de ces biocarburants bénéficiant d’une double comptabilisation a fortement augmenté en 2019 pour atteindre 4,8 Mtep, avec une croissance de 21,4 % par rapport à son niveau de 2018. Cette augmentation a été particulièrement stimulée par une forte hausse de la consommation de ce type de carburant en Italie et au Royaume-Uni, où la part de biocarburants bénéficiant d’une double comptabilité a commencé à dépasser celle des biocarburants qui bénéficient d’une comptabilité simple.
La répartition entre les différents biocarburants a, par contre, peu changé par rapport aux années précédentes. Le biodiesel continue de dominer avec une part de 80,5 % du marché de l’UE en 2019, contre 18 % pour le secteur du bioéthanol et 1,5 % pour le secteur du biogaz carburant. La consommation de ce dernier a fait un bond en 2019, passant de 186,8 ktep en 2018 à 269,6 ktep (soit une hausse de 44,3 %). La croissance a été principalement tirée par l’Italie, qui est passée de 0,4 à 40,9 ktep en une seule année et où une grande partie de cette consommation bénéficie d’une double comptabilité car directement produite à partir de déchets municipaux solides.
Ralentissement attendu en 2020
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En 2020, l’augmentation des obligations imposées aux distributeurs afin de respecter l’objectif contraignant de 10 % dans les transports pour chaque État membre devrait encore porter le secteur. Néanmoins, prévient EurObserv‘ER, « il est très probable que le ralentissement économique dû aux perturbations mondiales découlant de la pandémie de Covid-19 continuera à affecter la consommation d’essence et de diesel jusqu’au second semestre de 2020 et même jusqu’en 2021 ». Cette situation aura donc des conséquences négatives pour les producteurs de biocarburants de l’UE, malgré l’augmentation des taux d’incorporation.
Les analystes s’attendent à ce que le marché du bioéthanol soit plus touché que celui du biodiesel, car ce sont les véhicules de tourisme à essence qui subiront le plus fort du ralentissement. Selon un rapport du service étranger du département américain de l’Agriculture (USDA), une baisse d’environ 12 % de la consommation de carburant dans les transports est attendue avec des reculs pour le bioéthanol et le biodiesel de respectivement 10 et 6 % en 2020. La baisse de la demande a déjà fait baisser les prix et certains producteurs ont annoncé qu’ils réduisaient leurs niveaux de production.
Et après ? La Commission européenne a adopté en 2015 une nouvelle directive sur les énergies renouvelables qui prévoit pour 2030 un objectif de biocarburant dans les transports de 14 %. Mais Bruxelles a déjà prévu de réviser cette réglementation dans le cadre de sa nouvelle loi climatique fixant un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’UE de 55 % à l’horizon 2030 (1).
(1) Voir n° 3758 du 21/09/2020
Les Européens contre l’utilisation de l’huile de palme et du soja
Quelque 56 % des Européens interrogés souhaitent la fin de l’utilisation de l’huile de palme dans le diesel avant 2030, selon un nouveau sondage YouGov publié le 25 septembre par l’ONG Transport & Environment. À l’inverse, 8 % souhaitent que l’UE continue à l’utiliser. Ce sondage a été réalisé début septembre, dans sept États membres de l’UE (Allemagne, Belgique, Espagne, Finlande, France, Italie et Pays-Bas). Les Français (42 %) et les Allemands (35 %) sont les plus favorables à l’arrêt de la production de diesel à base d’huile de palme. S’agissant du soja, 52 % sont favorables à l’arrêt de son utilisation dans le diesel, tandis que 18 % veulent continuer à l’utiliser.