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Biodiversité : à la recherche d’un indicateur international

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Un an avant la COP biodiversité, qui doit se tenir fin 2020 en Chine, les diplomates sont à la recherche d’un indicateur permettant de mobiliser la communauté internationale contre la chute de la biodiversité. L’objectif « zéro extinction d’espèce d’ici 2030 ou 2050 » sortirait du lot, selon Yann Wehrling, ambassadeur français délégué à l’environnement.

Comment mobiliser États, populations, collectivités territoriales et entreprises sur un sujet aussi complexe que la chute de la biodiversité ? C’est la question que se posent les négociateurs internationaux, en préparant le prochain sommet sur la biodiversité qui aura lieu fin 2020 à Kunming, en Chine. Les diplomates tentent de dégager un indicateur « chapeau » permettant de définir les engagements des États et mesurer leur application.

Contrairement au réchauffement climatique, pour lequel la diminution des émissions de gaz à effets de serre a rapidement été définie comme objectif international central, aucun indicateur n’a été fixé sur la biodiversité. La faute à la multiplicité et à la complexité des causes du déclin de la biodiversité, même si la destruction des habitats liée à l’agriculture a été définie par l’IPBES comme le principal facteur de disparition des espèces.

Objectif zéro extinction d’espèces

Aucun indicateur n’a d’ailleurs été intégré au résumé pour décideurs du rapport sur la biodiversité de l’IPBES (groupe international de chercheurs sur la biodiversité), adopté par la communauté internationale en mai dernier, officiellement par « manque de temps ». Si les négociations en sont encore à leurs débuts, un indicateur semble toutefois sortir du lot : l’objectif « zéro extinction d’espèce d’ici 2030 ou 2050 », selon Yann Wehrling, ambassadeur français délégué à l’environnement.

Dans son rapport, l’IPBES avertissait en effet du risque de voir disparaître « 1 million d’espèces » dans les prochaines décennies. Mais un tel critère pose question. Les scientifiques préviennent en effet, dans leurs travaux, que le problème majeur n’est pas tant la disparition de certaines espèces que la chute vertigineuse des populations de la plupart des espèces animales et végétales.

« Rien n’est décidé, mais tout ce qu’on peut dire, c’est que le rapport de l’IPBES sera la base de ce travail. Il est toutefois nécessaire d’avoir un objectif simple pour mobiliser le plus possible. Par ailleurs, on peut estimer que si cet engagement chapeau est tenu, les objectifs secondaires, relatifs à la destruction des habitats ou à l’utilisation des pesticides, le seront aussi », assure Yann Wehrling.

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L’application des engagements en question

Reste la question de la mesure de l’application d’un tel engagement, alors que de nombreuses espèces ne sont même pas encore connues. « Cela devra faire l’objet d’un profond travail scientifique », conçoit le diplomate. D’autres indicateurs, comme le pourcentage d’aires protégées, sont également mentionnés pendant les discussions.

Mais là aussi, la question de l’application pose question : « Déterminer qu’une zone est protégée et ne rien faire concrètement, c’est facile », déplore Yann Werhling. Pour l’instant, la France, comme la majorité des autres pays, « peaufine sa position officielle », qui devrait être dévoilée « dans les prochaines semaines », avant de définir une position européenne commune.

La France « peaufine sa position »

Les géants de l’agroalimentaire veulent avancer sur la biodiversité en agriculture

Dans un communiqué commun du 23 septembre, 19 géants mondiaux de l’agroalimentaire ont annoncé le lancement d’une « initiative » sur la transition écologique de l’agriculture, dans le but de « protéger et restaurer la biodiversité au sein de leurs chaînes d’approvisionnement ». Réunis autour de Danone, ces groupes (dont Kellogg’s, Unilever, Nestlé, Mars…) s’engagent à « provoquer un changement systémique » afin « d’améliorer la santé des hommes et celle de la planète ». Les signataires de l’initiative veulent « déployer à grande échelle » les « pratiques agricoles alternatives » pour « améliorer la santé des sols », « développer des portefeuilles de produits pour stimuler la biodiversité cultivée » et « améliorer la gestion, [la] restauration et [la] protection des écosystèmes naturels ».