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Allemagne Biogaz « à la ferme » : du développement foudroyant à la pause

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Largement subventionnées par l’Etat et favorisées par la politique énergétique du gouvernement, les installations de méthanisation se multiplient en Allemagne. Les professionnels s’interrogent cependant sur la pérénnité de cette tendance si l’argent public venait à manquer.

Pas moins de 3 700 installations : tel est le nombre d’unités allemandes produisant du biogaz, un combustible obtenu par la fermentation de matières organiques, animales ou végétales. En majorité, ces structures sont de petite taille et gérées par des agriculteurs qui y voient un moyen de diversifier leurs revenus. Selon les prévisions des professionnels du secteur, leur nombre pourrait être multiplié par dix d’ici 2020, confortant ainsi l’Allemagne dans son rôle de leader européen des énergies renouvelables.

Une législation incitative

« Il y a avant tout des raisons politiques à cet engouement », explique Andrea Horbelt de l’association professionnelle du biogaz. « Ce boum a été initié par les lois sur les énergies renouvelables (EEG : Erneuebare-Energien-Gesetz) de 2000 et 2004 ».

Ce dispositif prévoit en effet d’augmenter la part de l’électricité verte à au moins 20 % d’ici 2020 et à 50 % en 2050. Le biogaz, qui fournit déjà près du quart de l’énergie verte allemande, est le deuxième pilier de cette politique après l’énergie éolienne. Pour les agriculteurs, la rentabilité est au rendez-vous.

« Dans certaines régions la construction de l’installation est en partie prise en charge par l’Etat régional », précise Dieter Tanneberger, président de l’association des agriculteurs de Saxe. « Mais surtout l’électricité produite grâce au biogaz est achetée à un tarif fixe très avantageux ».

Selon la taille et la puissance des structures, l’électricité produite à partir du biogaz est achetée de 11 à 17 centimes le kilowatt, soit le meilleur tarif en Europe, deux fois mieux qu’en France par exemple. « A cela s’ajoute un système de primes et de bonus, par exemple si l’agriculteur recycle l’eau de refroidissement des moteurs pour chauffer son habitation ou celles des alentours », précise Dieter Tanneberger.

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Ensilage de maïs

Dans la grande majorité des structures de méthanisation allemandes, l’ensilage de maïs est la matière première la plus utilisée, grâce à son rendement énergétique très élevé. Mais le biogaz attire aussi les producteurs de lait et de porcs qui trouvent là un nouveau débouché pour leur lisier.

« Quatre vaches peuvent produire assez d’énergie pour une maison », explique Thilo Frankfurth, l’un des gérants d’une unité de biogaz à Alheim (à l’ouest du pays). « La fermentation du lisier permet d’obtenir du biogaz riche en méthane (environ 53%) qui sera ensuite transformé en électricité via une centrale de cogénération ».

Après plusieurs années de forte croissance, la construction d’unités de méthanisation commence pourtant à marquer le pas outre-Rhin, notamment chez les agriculteurs qui suivent avec attention les débats autour de la loi sur les énergies renouvelables.

Moins de subventions

Cette loi doit être révisée dans les prochains mois et, selon les professionnels du secteur, le biogaz pourrait être moins subventionné et donc moins rentable que par le passé, le gouvernement pouvant être sensible aux arguments de certaines associations qui en dénoncent les effets pervers.

Selon l’association écologiste « Bund », le développement de la culture de biomasse favorise l’intensification agricole et la monoculture. « Dans ce contexte, beaucoup d’agriculteurs préfèrent attendre avant d’investir dans une installation produisant du biogaz », analyse Petra Krayl de l’entreprise Schmack Biogas, le plus gros constructeur d’unités de méthanisation en Allemagne qui a perdu cette année 6 millions d’euros à cause d’un carnet de commande moins rempli que prévu. Assez pessimiste sur le potentiel du biogaz à la ferme, la direction de l’entreprise prévoit d’ailleurs de recentrer ses activités sur les structures de grande taille, les géants de l’énergie comme EON ou RWE étant, selon Schmack Biogas « l’avenir du secteur ».