La crise des vins de Bordeaux, qui s’envenime de plus en plus, a débouché sur l’adoption de mesures illégales comme la fixation d’un prix minimum par les représentants du vignoble. Ce à quoi le négoce n’est pas prêt de se résoudre, faute de débouchés suffisants.
Lors d’une assemblée générale extraordinaire, le 2 décembre, le syndicat des vins de Bordeaux et Bordeaux supérieur a décidé une mesure inédite et néanmoins illégale qui consiste à vouloir imposer un prix minimum pour les achats du négoce aux viticulteurs. Avec une arme absolue, le blocus sur les certificats d’agrément des vins de la récolte 2005 pour les AOC vendues en vrac. La mesure, exceptionnelle dans le vignoble bordelais, vise à marquer les esprits et à enrayer la chute des prix. Les producteurs réclament un prix de vente minimal de 1 000 euros par tonneau aux négociants. Au-dessous de ce prix plancher, le syndicat refusera de délivrer aux viticulteurs l’agrément nécessaire pour obtenir l’appellation bordeaux ou bordeaux supérieur, ce qui empêche pratiquement la plupart des transactions. A l’heure actuelle, les cours se situent à 700 euros le tonneau. « Cette procédure est un cri d’alarme, car nous sommes acculés », explique Alain Vironneau, le président du syndicat.
1 M d’hectolitres de trop
Le négoce bordelais rejette, pour sa part, l’accusation que lui fait le syndicat des vignerons et n’entend pas acheter à 1000 euros s’il n’a pas les débouchés, ce qui n’est pas acquis dans le contexte actuel de surproduction et de perte de parts de marché due à la concurrence des vins du Nouveau monde. « La mesure d’urgence adoptée par le syndicat des producteurs est supposée faire remonter les prix des vins du plus vaste vignoble d’appellations contrôlées de France. Elle vise à protéger l’image de marque de Bordeaux dans son ensemble à laquelle ne peut que nuire la présence de vins vendus à 1,5 euro TTC la bouteille », remarque Yves d’Amécourt, secrétaire général du syndicat.
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Difficile de dire jusqu’où ira l’épreuve de force qui va se doubler d’actions plus spectaculaires encore ces jours-ci. Ce qui est sûr, c’est qu’elle ne changera rien à la situation de surproduction des deux appellations génériques qui affecte ce vignoble et qui atteindrait, selon les négociants, un million d’hectolitres de surplus.
Le problème c’est que la fixation d’un prix minimum est interdite par Bruxelles, qui ne veut pas d’entente sur les prix au détriment du consommateur. Et aussi par les articles 420-1 et 420-2 du code de commerce français, qui prévoit de fortes amendes en cas de fraude avérée : « Nous allons attendre de voir si les producteurs bordelais persistent dans la fixation d’un prix minimum. Et nous enquêterons pendant des mois s’il le faut avant de prendre des sanctions », explique-t-on à la Direction générale de la concurrence (DGCCRF). A l’Institut national des appellations d’origine (INAO), Hervé Briand, directeur adjoint, estime que « la fixation d’un tarif plancher ne devrait en fait pas avoir beaucoup d’effet, dans ce genre de situation, car ceux qui ont des gros stocks vendent quand même en deçà du prix minimum». L’INAO préférerait à tout prendre des mesures structurelles classiques comme l’arrachage ou la distillation financée sur fonds publics, comme l’été dernier.