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Bordeaux : arrachage lancé, priorité au boisement ou à la nature

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L’État, le CIVB (interprofession du vin de Bordeaux) et la région Nouvelle-Aquitaine ont lancé le 5 juin le plan d’arrachage dans le vignoble bordelais, en proie à une surproduction.

L’heure de la « dé-densification » a sonné dans le Bordelais. Comme annoncé au dernier Salon de l’agriculture, 59 M€ sont mis sur la table pour l’arrachage « sanitaire » d’environ 10 000 ha, avec une prime de 6 000 €/ha, visant à lutter à titre préventif contre la flavescence dorée. Cette aide concerne, d’une part, des vignes en passe d’être abandonnées, pour lesquelles l’État mobilise 30 M€ (« selon les besoins, jusqu’à 38 M ») en vue d’un boisement sur 20 à 30 ans ou d’une conversion en zones naturelles, jachère sur 20 ans minimum. D’autre part, le dispositif soutient une diversification des cultures, via un financement du CIVB à hauteur de 19 M, selon le communiqué du ministère de l’Agriculture. Une aide aux investissements par la région, à savoir 10 M€, complète le dispositif pour les exploitations opérant une reconversion agricole.

Dans le premier vignoble AOC de France (110 000 ha), les appellations les moins prestigieuses souffrent d’une chute des prix et d’une surproduction évaluée à 1 Mhl. En janvier, plus d’un vigneron girondin sur trois se déclarait en difficulté auprès de la chambre d’agriculture. Les viticulteurs sont invités à remplir leur dossier sur une plateforme en ligne, du 5 juin au 17 juillet. « Ces pré-candidatures ne valent pas autorisation d’arrachage, mais elles seront traitées en priorité au moment des demandes finales et officielles », précise le ministère.

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« Cris de détresse »

Même si le dispositif est « insuffisant à plusieurs égards », il doit être mis en place « le plus vite possible » car « les derniers chiffres sur la consommation en France montrent que les choses s’aggravent », a alerté le vice-président du CIVB Bernard Farges lors d’une réunion à Salleboeuf (Gironde) avec Marc Fesneau et une trentaine de représentants de viticulteurs témoignant « de cris de détresse » localement. Pour Didier Cousiney, du collectif Viti 33 qui réclame l’arrachage d’au moins 15 000 ha, avec une prime de 10 000 €/ha, « on n’est pas en crise, on est en guerre. Il faut prendre des décisions urgentes car dans quelque temps le paysage girondin va être défiguré, dénaturé ».

Ces aides ne représentent pas « un solde de tout compte », a répondu le ministre, ouvrant la voie à des prêts bonifiés pour « être offensif collectivement » à l’exportation. « On a besoin d’aller à l’export », a-t-il expliqué à la presse. C’est là « notre terrain principal de développement », où il faut agir « tout en conservant nos marchés intérieurs ». Marc Fesneau a également promis « au niveau européen » un prochain dispositif de distillation des excédents, afin de réduire les volumes « pour faire face à cette crise qui est une crise de consommation ».

Deux tiers des aides vont au boisement ou zones naturelles