Vins > Soucieux de rendre au vin “ ”, le Syndicat viticole Bordeaux et Bordeaux supérieur organise le 5 mars prochain un colloque sur les apports du vin dans la société. Représentant le premier vignoble français d'appellations d'origine, avec 63 000 hectares, les AOC Bordeaux et Bordeaux supérieur ont affiché un repli de 7 % en rouge sur la campagne 2002-2003 mais la campagne en cours laisse augurer un “regain d'intérêt significatif” pour les deux principales appellations girondines.
L'alcool est à l’origine de 34 % des accidents mortels, et dans 85 % des cas, les responsables sont des buveurs occasionnels. La loi de lutte contre la violence routière a pris effet le 13 juin dernier. Il est désormais interdit de conduire avec un taux d’alcool égal ou supérieur à 0,5 gramme par litre de sang. Les sanctions ont été considérablement alourdies. Entre 0,5 et 0,8 gramme par litre de sang, c’est une amende de 135 euros et la perte de six points du permis de conduire ; avec un taux d’alcool supérieur à 0,8 gramme par litre, 2 ans d’emprisonnement, 4 500 euros d’amende et six points du permis de conduire en moins. Mais surtout, si l’on provoque un accident en conduisant sous l’emprise de l’alcool et que l’on occasionne des blessures graves, l’amende est de 30 000 euros ; si l’on provoque la mort d’un autre usager de la route, c’est la prison qu’on risque (jusqu’à 10 ans) et une amende pouvant atteindre 150 000 euros !
Absence de concertation
0,5 gramme par litre de sang, c’est deux verres !, prévient la Sécurité routière. Un verre représente à peu près la même quantité d’alcool, ajoute l’organisme, soit 25 cl de bière à 5 degrés (un demi), 12,5 cl de vin de 10 degrés à 12 degrés (un ballon), 3 cl d’alcool distillé à 40 degrés (whisky, anisette, gin) contiennent à peu près 10 grammes d’alcool pur. Les nouvelles dispositions ont eu un effet immédiat. Le bilan provisoire pour l’ensemble de l’année 2003 fait état d’une baisse de 17,5 % pour les accidents, de 20,9 % pour les tués et 19,4 % pour les blessés.
Comment s’en plaindre ? Pourtant, l’impact de la nouvelle loi s’est aussi soldé par une chute drastique de la consommation de vin dans la restauration. « Nous avons perdu 40 millions de bouteilles, soit 300 000 hectolitres, dans un contexte de sécurité routière exacerbé, déplore Philippe Brosseau, directeur du Syndicat viticole bordeaux bordeaux supérieur. Les gens ne savent plus ce qu’ils peuvent boire ; dans le doute, ils s’abstiennent totalement. La profession n’est absolument pas en désaccord avec les pouvoirs publics en ce qui concerne ces questions de santé publique et de sécurité routière mais elle s’inquiète de l’absence de concertation de ces derniers avec les viticulteurs et de la manière dont on assimile le vin avec toutes sortes d’alcools. Elle s’inquiète aussi de la volonté de certains d’éradiquer le vin de la culture française. Il est vrai que la consommation de vin comporte un risque mais il n’y a pas que des risques !»
L’inquiétude est d’autant plus grande que les AOC bordeaux et bordeaux supérieur concernent la moitié des achats de vins girondins par les restaurateurs (chiffres 2002). L’essentiel est constitué de bordeaux rouge (55 %) et de bordeaux supérieur (20 %). Qui plus est, les slogans et les campagnes du conseil national de la sécurité routière continuent de mettre en avant – si l’on peut dire… – le vin, comme s’il était l’unique source d’alcoolémie.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
« Métier malhonnête »
Cette culpabilisation des consommateurs de vin donne l’impression aux viticulteurs d’exercer un métier malhonnête, explique le Syndicat viticole qui a décidé de se battre contre ce qu’il estime constituer une « mécanique diabolique de culpabilisation et de nocivité ». Le syndicat entrera dans la bataille le 5 mars prochain avec l’organisation d’un colloque à Paris sur les apports du vin dans la société et, notamment, son rôle positif sur la santé, avec la participation de médecins et d’un sociologue. Seront ainsi présents – sous les réserves en usages – Jean-Pierre Broustet, cardiologue, Luc Le Tenneur, épidémiologiste et spécialiste de la maladie d’Alzheimer, Henri Joyaux, cancérologue, et Jean-Pierre Corbeau, sociologue. « Il ne s’agit pas pour autant d’un colloque scientifique, nous avons voulu qu’il soit ouvert à tout le monde», précise Philippe Brosseau.
Il est un fait que la baisse de la consommation de vin, comme plus généralement, d’alcool, quelles qu’en soient les motivations, volontaires, involontaires, est un phénomène de société : baisse du travail de force, augmentation du travail en col blanc, conduite d’automobiles mais aussi d’engins de chantier, prise de repas plus courte… tout cela contribue à diminuer la consommation de boissons alcoolisées. Mais tout cela confirme aussi – malgré les hauts et les bas de la conjoncture – la justesse du choix de l’appellation d’origine contrôlée et de la typicité liée au terroir comme vecteur d’une consommation susceptible de susciter un intérêt pour des gens qui ne sont pas nécessairement des “connaisseurs”.
L’impact de la nouvelle loi s’est soldé par une chute drastique de la consommation de vin dans la restauration