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Bovins : malaise dans l’Orne après quatre cas de tuberculose

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Quatre foyers de tuberculose bovine ont été récemment détectés dans des élevages laitiers de l’Orne. Le protocole d’abattage total, bien que moins strict que pour la DNC, provoque des remous dans le bocage normand.

Ces derniers jours, quatre foyers de tuberculose bovine ont été confirmés dans autant d’élevages laitiers situés à Athis-Val-de-Rouvre (nord de l’Orne), selon la presse locale. Une concentration dans le temps et dans l’espace relativement rare pour cette maladie. « Le premier foyer a été détecté à la mi-décembre et le dernier a été confirmé la semaine dernière », a confirmé Guillaume Larchevêque, président de la chambre départementale d’agriculture, le 14 janvier à Agra Presse.

Provoquée par la bactérie Mycobacterium bovis, cette maladie transmissible à l’homme est classée « à éradication obligatoire » par la réglementation européenne. Avec environ une centaine de foyers par an au niveau national (81 en 2024, selon le dernier bilan disponible), l’incidence de la maladie est inférieure à 1 %, seuil qui permet de considérer de considérer la France comme indemne. Le dépassement de ce seuil entraverait largement les exportations hexagonales de viande et de produits laitiers.

Dans l’Orne, « on ne connaît pas la source de la contamination », souligne M. Larchevêque. De « fortes suspicions » pèsent sur la faune sauvage, en particulier sur les blaireaux. « Des blaireaux ont été retrouvés positifs » dans le secteur. Cette espèce est connue pour son comportement « familier des cours de ferme », où il vient se nourrir « au pied des silos », selon l’élu. Et son rayon de déplacement, « 3 ou 4 km » d’après M. Larchevêque, pourrait correspondre aux récents cas. Le président appelle à utiliser l’application « Signaler Dégâts Faune Sauvage » du réseau des chambres afin de signaler l’emplacement des blaireautières via des photos géolocalisées. D’autres animaux sauvages, comme les sangliers, sont aussi susceptibles de jouer le rôle de vecteurs, mais ce sont les bovins qui constituent le réservoir de la maladie, rappelle le ministère de l’Agriculture sur son site internet.

« Sujet ultra-sensible »

Contrairement à d’autres régions, « l’Anses n’a pas prouvé que la contamination de la faune sauvage par la souche normande est revenue aux bovins », indique Guillaume Larchevêque. Le président ornais espère une réponse de l’autorité sanitaire en avril. En raison des méthodes disponibles, les délais de diagnostic et de confirmation sont particulièrement longs pour la tuberculose bovine. Par exemple, l’abattage des animaux est nécessaire pour confirmer la pathologie. En élevage également, cette affection est « d’évolution lente et particulièrement insidieuse », avec des temps d’incubation très longs, selon le ministère. « Les symptômes cliniques n’apparaissant que tardivement au cours d’une évolution qui est en général très longue », lit-on encore sur le site de l‘Anses.

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Dans un contexte général de tension en élevage, l’arrivée de la maladie provoque des remous dans le bocage normand. Lors d’une réunion avec le préfet de l’Orne lundi 12 janvier regroupant environ 200 participants, « on a pu sentir les éleveurs inquiets et en colère », indique Guillaume Larchevêque. Dans les quatre élevages foyers, 1 300 bovins en tout pourraient être abattus dans le cas où tous les éleveurs choisiraient l’abattage total. « Le sujet est ultra-sensible, et il y a une confusion avec l’abattage total qui est appliqué pour la DNC » (dermatose nodulaire contagieuse), note l’élu consulaire. Contrairement à la DNC, un abattage sélectif est possible en cas d’infection par la tuberculose bovine, sous certaines conditions, récemment assouplies. Une procédure qui implique de lourdes contraintes pendant « au moins dix mois », selon la Rue de Varenne : tests répétés et élimination des bovins positifs, interdiction de mouvements d’animaux et de produire du fromage au lait cru, biosécurité renforcée.

Prophylaxie obligatoire

Signe du malaise croissant, un « collectif tuberculose » s’est monté en Orne et a appelé à la mobilisation le 12 janvier à Athis-Val-de-Rouvre, commune où sont situés les foyers. Finalement, la manifestation n’a pas eu lieu, mais certains de ses membres sont présents à la réunion avec le préfet « avec des tracteurs », selon M. Larchevêque. Le président de la chambre appelle les éleveurs à respecter l’obligation de prophylaxie (surveillance), en vigueur dans une partie de l’Orne, du Calvados et de la Manche. Mise en place dans les zones à risque, cette campagne annuelle a démarré en novembre et est prévue pour durer jusqu’au mois de mai. « Ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait baisser la température », prévient-il.

Par ailleurs, l’élu prévoit de demander au préfet « l’accès à la base de données des opérateurs commerciaux, pour tracer les mouvements des animaux ». Sans ces données, « quand un animal passe par plusieurs centres d’allotement, on peut perdre sa trace pendant 15 jours ou trois semaines », s’inquiète-t-il, pointant « un trou dans la raquette ». De son côté, le député de l’Orne Jérôme Nury (LR) a fait plusieurs propositions à la ministre de l’Agriculture, selon un message sur Facebook : « assouplissement » et « meilleur ciblage des mesures sanitaires », « accélération » des dépistages, « accompagnement renforcé de l’abattage sélectif », ou encore « sécurisation de la collecte et de la valorisation des laits sous contrainte sanitaire ».

YG

Les blaireaux fortement suspectés, sans preuve pour l’heure

« Il y a une confusion avec l’abattage total qui est appliqué pour la DNC »