Flambée des prix des animaux, charges moins élevées : « Les étoiles étaient alignées en 2025 » pour les élevages de bovins viande, et leurs revenus moyens ont atteint « des niveaux historiquement hauts », selon l’Idele. Ombre au tableau : l’impact des maladies, parfois lourd au niveau des exploitations.
Malgré l’impact des maladies animales, les revenus des exploitations spécialisées en bovins viande ont connu en 2025 « des niveaux historiquement hauts, aussi bien les naisseurs que les naisseurs-engraisseurs », selon les résultats du réseau d’élevages Inosys présentés dans le bilan annuel de l’Institut de l’élevage (Idele). Géré avec les chambres d’agriculture, ce réseau compte 315 exploitations spécialisées en bovins viande. « Les étoiles étaient alignées en 2025 », résume l’institut technique : prix moyen des gros bovins en hausse de 23 % sur l’année, « repli salutaire du prix des intrants » et « année climatique plutôt clémente » par rapport aux précédentes.
Le principal fait marquant de 2025 aura bien été la hausse du prix des animaux due au manque d’offre persistant, entre décapitalisation et problèmes sanitaires. Un signe qui ne trompe pas : « La période de vente des animaux sera clé dans l’évolution du revenu et l’explication des différences entre exploitations d’un même système », note l’Idele, avec « plus d’un euro par kilo vif ou carcasse entre des animaux commercialisés au premier trimestre et ceux vendus au dernier trimestre 2025 ».
Seule catégorie en recul : les veaux de boucherie
Dans les élevages spécialisés conventionnels, les résultats courants moyens par actif s’étalent entre 34 600 € (naisseurs engraisseurs de veaux sous la mère) et 57 700 € (naisseurs en zones de plaine). Entre les deux, les naisseurs engraisseurs de jeunes bovins (JB) s’établissent à 51 200 € et les naisseurs de montagne à 44 900 €. Dans les systèmes avec cultures, la première place revient aux naisseurs engraisseurs de JB (69 700 €), suivis par les naisseurs (34 900 €). Dans ces deux systèmes de polyculture-élevage, les exploitations « se relèvent de deux années difficiles grâce à l’atelier viande qui vient compenser la difficile conjoncture des cultures », précise l’Idele. Enfin, les éleveurs en production biologique profitent eux aussi de cette « conjoncture générale favorable », avec 35 400 € pour les naisseurs et 30 100 € pour les naisseurs engraisseurs.
Une seule catégorie d’élevages bovins a vu son revenu reculer en 2025 : les exploitations spécialisées dans l’engraissement de veaux de boucherie. Leur résultat moyen par actif recule de 7 %, à 30 100 €. « La hausse des prestations ne compenserait pas les hausses de charges des ateliers », analyse l’Idele. Selon l’institut technique, les prestations d’intégration ont gagné sept euros par place en un an. Mais les exploitations subissent le poids des investissements consentis ces dernières années, alors que le revenu est au plus haut depuis 2021. Des investissements qui, au passage, ont creusé les écarts entre les exploitations les plus performantes et les autres.
« Regain d’optimisme » et investissements
Plus largement, en 2025, c’est l’ensemble des systèmes bovins allaitants qui ont retrouvé le chemin de l’investissement. « Les exploitations ont pu choisir la voie de l’investissement, qui ne leur avait pas été permise du fait des faibles résultats économiques la décennie précédente », souligne l’Idele, sans chiffrer le phénomène. Pour l’institut technique, la croissance des investissements reflète « la hausse des prix des équipements mais aussi un probable regain d’optimisme des éleveurs ». Et elle a pu « minorer » les revenus, ainsi que les cotisations sociales. L’Idele prévient toutefois de « l’hétérogénéité » des revenus, résultant de « situations contrastées » entre exploitations. Et de rappeler que les fermes du réseau Inosys sont plus performantes que la moyenne des fermes françaises.
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Malgré l’embellie globale, l’Idele souligne aussi l’importance des pertes sanitaires, qui peuvent se révéler lourdes à l’échelle des exploitations. « Selon les bassins touchés par la FCO et/ou la MHE, les pertes moyennes estimées sur le revenu s’échelonneraient entre 2 300 € et 11 000 € » par actif. Depuis 2023 sévissent la maladie hémorragique épizootique (MHE) et la fièvre catarrhale ovine (FCO). Ces maladies vectorielles provoquent notamment des problèmes de fertilité, de la surmortalité et des retards de croissance pour les veaux. Des impacts « déjà notables en 2024 dans certains bassins » et qui « sont accentués en 2025 », voire « arriveront davantage en 2026 » dans certaines régions, selon l’Idele.
Au niveau de la ferme France, l’impact économique de la FCO et de la MHE a atteint 294 M€ pour la filière bovins viande en 2024 (après 42 M€ en 2023) ; il devrait être similaire en 2025, selon une étude Idele/Interbev présentée au dernier Sommet de l’élevage. Premier poste de pertes : le recul des naissances (143 00 naissances en moins), synonyme de moins d’animaux à valoriser (pour 223 M€). S’y ajoutent la surmortalité des veaux (20 000 têtes) et le manque de jeunes bovins à engraisser en France (28 000 têtes).
YG
Les résultats moyens par actif s’échelonnent entre 30 000 et 70 000 €
FCO et MHE causent des pertes jusqu’à 11 000 € par actif
Broutards : forte progression des exportations vers l’Espagne
Malgré le manque criant de disponibilités en bovins vifs, « l’Espagne a fortement augmenté ses importations » de broutards français en 2025, note l’Institut de l’élevage (Idele) dans son bilan annuel paru le 4 février. Quelque 140 000 jeunes bovins ont été expédiés vers le deuxième débouché hexagonal (+ 24 % par rapport à 2024). L’année dernière, l’Espagne a absorbé 15 % des broutards exportés par l’Hexagone, contre 11 % en 2024. Une progression nourrie par les exportations de viande espagnoles : « Dès le début de l’année, les engraisseurs espagnols ont massivement importé des broutards français pour répondre à la demande en viande des pays du Maghreb », rapporte l’institut technique. Sur les quatre premiers mois de 2025, les envois vers l’Espagne ont ainsi bondi de 68 % sur un an. Autre fait inédit : « Pour la première fois, les envois de broutards lourds vers l’Espagne ont dépassé ceux de broutards légers », constate l’Idele. Quant à l’Italie, elle est restée, de loin, le premier débouché des broutards français, avec 732 000 têtes, malgré une nette baisse (-6 %). Toutes destinations confondues, les exportations françaises de broutards ont continué de reculer (-3,2 %, à 915 000 têtes), dans une année marquée par deux semaines de suspension des expéditions à l’automne, en raison de la DNC.