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Bovins/DNC : le Sénat veut anticiper la vaccination

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Dans un rapport adopté le 4 février, la Coméco du Sénat recommande de préparer dès maintenant la prochaine campagne de vaccination contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Soutenant sans détour le protocole sanitaire du gouvernement, les élus veulent améliorer son acceptabilité.

Alors que la stratégie vaccinale 2026 contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) doit être décidée dans les jours à venir, un rapport d’information du Sénat adopté le 4 février propose « d’anticiper le déploiement de ces opérations pour ne pas être pris de court ». Les sénateurs de la commission des Affaires économiques ont adopté à l’unanimité ce document issu d’une mission d’information « flash » transpartisane, lancée en novembre 2025. Une réunion du Cnopsav (« Parlement du sanitaire ») est prévue le 9 février, au cours de laquelle sera fixée la nouvelle stratégie vaccinale. Les trois scénarios explorés sont les suivants : arrêt de la vaccination dans les zones vaccinales ; vaccination généralisée à l’ensemble du territoire métropolitain ; maintien de la vaccination dans les zones vaccinales (statu quo).

Sans préjuger de la décision, les sénateurs – qui ne siègent pas au Cnopsav – posent « la question de la revaccination des zones vaccinales au printemps ». Le rapport souligne que « certains animaux [risquent] de se retrouver sans protection vaccinale à l’été 2026 » (veaux, bovins adultes vaccinés depuis plus d’un an, etc.) et invite les pouvoirs publics à s’assurer « que le stock de vaccins disponibles est suffisant ».

Les sénateurs contre la vaccination généralisée

En revanche, les élus s’opposent à une vaccination préventive dans toute la France, « une décision coûteuse et impossible à mettre en œuvre à court terme ». Selon le rapport (qui cite le ministère), une telle campagne pourrait durer un an et présenterait un coût direct de 345,8 M€. Quant à la perte du statut indemne provoquée par une vaccination généralisée, elle provoquerait « 5 à 10 Md€ de pertes annuelles ». Au blocage des exportations s’ajouteraient « un marasme commercial immédiat, des coûts supplémentaires pour maintenir les bêtes en élevage et d’importantes pertes génétiques », énumère le rapporteur Christian Redon-Sarrazy. Cet élu socialiste de la Haute-Vienne craint aussi « un effet rebond sur plusieurs années », ainsi que « la saturation du marché à la réouverture du commerce ».

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À plus long terme, la mission préconise de « confier à l’Anses la mission de cartographier l’offre vaccinale pour toutes les maladies à éradication immédiate ». Cette demande vise toutes les maladies classées dans la catégorie A par la réglementation européenne, soit les maladies exotiques les plus dangereuses (fièvre aphteuse, peste porcine africaine, influenza aviaire, etc.). Aux yeux des sénateurs, ce travail servirait à « encourager, par une stratégie européenne coordonnée, le développement d’une offre vaccinale pertinente et de banques d’antigènes et de vaccins ».

Améliorer les indemnisations des producteurs de lait

Les sénateurs ont aussi tiré un premier bilan financier de la crise : au 9 décembre, la DNC a coûté 42 millions d’euros (M€) à l’État. Une somme qui ne comprend ni la vaccination élargie dans le Sud-Ouest (750 000 bovins) ni le fonds d’urgence de 22 M€ pour les aides économiques. Devant ce coût « écrasant », les élus proposent de « solliciter l’activation de la réserve de crise européenne pour tenter d’obtenir un cofinancement », selon Christian Redon-Sarrazy. Dans le détail, les deux principaux postes sont les frais vétérinaires (21,3 M€) et les indemnisations sanitaires aux élevages dépeuplés (15 M€). La vaccination représentait à l’époque 3,1 M€, les analyses 100 000 € et les frais liés la biosécurité 800 000 € ; 1,7 M€ de dépenses diverses sont regroupées dans une catégorie « autres ».

« Les acteurs du monde agricole [sont] globalement satisfaits » des indemnisations, notent les sénateurs, à l’exception des aides aux élevages laitiers touchés par un abattage sanitaire. Outre la valeur des animaux abattus, ces indemnisations prennent en compte un « déficit de momentané de production » sur une période de trois mois. Des pertes « sous-estimées », selon M. Redon-Sarrazy, qui propose de passer à six mois.

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Communication et « pédagogie »

Concernant la stratégie de lutte contre la DNC, sujet brûlant qui a nourri la colère agricole cet hiver, les sénateurs soutiennent sans détour le protocole gouvernemental. « Il existe un consensus scientifique pour dire que le protocole sanitaire déployé en France est efficace pour éradiquer la maladie, à condition d’être scrupuleusement appliqué », a martelé Martine Berthet. L’exécutif a basé sa gestion de crise sur l’abattage total des lots infectés, ainsi que sur la vaccination et les interdictions de mouvements les zones réglementées. « Toutes ces mesures sont justifiées sur le plan scientifique », a insisté la sénatrice (LR) de Savoie.

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Malgré ce consensus scientifique, « le débat s’est propagé sur le terrain politique et a pris un tour hautement inflammable », reconnaît Annick Jacquemet. « La clé de la gestion de crise réside dans l’acceptabilité de la stratégie sanitaire », estime donc cette élue centriste du Doubs. Les rapporteurs appellent à davantage de communication et de « pédagogie », en particulier au moment de l’annonce de l’abattage sanitaire. Notant que celles-ci ont parfois été réalisées par courriel, Annick Jacquemet demande un « protocole précis au niveau national » pour cadrer les modalités de ce « moment charnière ».

Le « talon d’Achille » : les mouvements illégaux

En toute logique, les sénateurs ne veulent de bouleverser la stratégie de lutte contre la DNC, mais proposent de l’aménager. Le contrôle des mouvements illégaux d’animaux constitue « le talon d’Achille du protocole sanitaire », pointe Mme Berthet, qui suggère de créer une zone de surveillance renforcée dans les 5 km autour des foyers.

Une analyse partagée par l’Opecst (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques). Dans son propre rapport paru le 29 janvier, il recommande de « renforcer les contrôles de la circulation des animaux pour mieux garantir leur traçabilité ». « La responsabilité d’un ou plusieurs mouvements illégaux de bovins dans l’expansion de la DNC en Occitanie ne fait pas de doute », soulignent les parlementaires de l’Opecst. D’où leur appel à un « renforcement des contrôles inopinés », y compris aux frontières, et à « la mise en place d’outils informatiques pour simplifier les processus » (dématérialisation de l’identification des bovins).

YG

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