En visite dans un élevage touché par la maladie hémorragique épizootique (MHE) le 2 novembre, le ministre de l’Agriculture a confirmé que l’État indemnisera les producteurs. « Trop de questions demeurent sans réponse », estiment les associations spécialisées bovines de la FNSEA (FNB, FNPL).
La progression de la maladie hémorragique épizootique (MHE) semble ralentir, et les pouvoirs publics structurent leur réponse. En cas de suspicion de MHE dans un élevage, les analyses PCR et le coût du prélèvement (frais vétérinaires) pour la confirmation « seront intégralement pris en charge par l’État », a annoncé le ministère de l’Agriculture dans un communiqué le 2 novembre. En revanche, « aucune réponse n’est apportée sur la prise en charge des PCR pour mouvements des animaux », ont déploré la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA) et la FNPL (éleveurs de bovins lait, FNSEA). Dans une lettre ouverte publiée le 3 novembre, les associations spécialisées estiment que « ce surcoût ne doit (…) pas être supporté par les éleveurs », alors qu'un test PCR est obligatoire – ainsi qu’une désinsectisation – pour pouvoir sortir des animaux vivants de la zone réglementée qui recouvre un rayon de 150 km autour des foyers. « Faire venir le vétérinaire coûte environ 45 €, une PCR coûte environ 30 € », indiquait David Ngwa Mbot, vétérinaire conseil à GDS France, dans une enquête parue dans Agra Presse hebdo.
Par ailleurs, dans son communiqué, la Rue de Varenne « confirme le soutien de l’État », qui prendra la forme d’un « accompagnement conjoint » avec le FMSE (fonds professionnel). Ces indemnisations viseront à couvrir « l’impact économique mesurable à court terme de la MHE sur les exploitations (mortalité et coût des soins aux animaux malades) ». L’aboutissement de ce chantier est « une affaire de semaines, avec un S », a précisé Marc Fesneau le 2 novembre, lors d’une visite dans un élevage touché par la maladie dans les Pyrénées-Atlantiques. Un calendrier cohérent avec celui déjà évoqué devant les sénateurs le 25 octobre.
« Trop tôt » pour les impacts indirects
En ce qui concerne la prise en charge des impacts économiques indirects et à plus long terme (avortements, pertes de production), « il est trop tôt pour se prononcer », a indiqué l’entourage du ministre à la presse le 2 novembre. Les premières données stabilisées sur l’impact de la maladie, issues d’un réseau de 40 exploitations, devraient être disponibles « à la mi-novembre », espère la Rue de Varenne. Après quoi le ministre « souhaite poursuivre les investigations », ajoute son entourage.
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Après la visite de Fesneau, « trop de questions demeurent sans réponse », résument les associations spécialisées bovines de la FNSEA (FNB, FNPL) dans leur lettre ouverte. En particulier, rappellent les syndicats, « les éleveurs sont en attente de façon urgente d’un ensemble d’indemnisations sanitaires et de compensations économiques », ainsi que de la réouverture de « toutes les destinations de nos flux commerciaux (autres pays européens, Algérie ...) ». Au niveau sanitaire, la FNB réclamait, dans un communiqué du 27 octobre, que les éleveurs puissent déposer « très rapidement » sur Internet leur demande d’indemnisation (frais vétérinaires, produits de traitement, temps de travail, mortalité, avortements et problème de fertilité). L’association spécialisée plaide aussi pour des mesures financières pour les « zones touchées » (prise en charge des cotisations MSA, allègements de charges, prêts à taux zéro). Sur le plan économique, la FNB veut que les animaux testés positifs puissent être abattus, avec une « compensation financière de l’État de la moins-value par rapport à [leur] la valeur initiale ». Elle demande aussi une aide au maintien des animaux en ferme (coût moyen de 3 € par jour), une compensation pour la « dévalorisation commerciale des animaux », ainsi que « la confirmation d’une dérogation au seuil de chargement pour la Pac, pour les zones où les sorties d’animaux sont perturbées ».
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Travail sur l’engraissement
Cette question des indemnisations fait partie d’un plan plus large du ministère pour « gérer la crise de la MHE et limiter au maximum ses impacts », selon le cabinet du ministre. Un plan qui doit encore être « affiné avec les professionnels » pour être « stabilisé en fin de semaine prochaine » (du 6 novembre). Il comporte six axes : approfondissement des connaissances ; adaptation des mesures de prévention ; coordination des acteurs (pouvoirs publics, éleveurs, vétérinaires) ; diplomatie sanitaire ; appui financier aux éleveurs en difficulté ; amélioration de la résilience de la filière.
Au 2 novembre, la France comptait 2 136 foyers de MHE (+127 en une semaine), tous dans le Sud-Ouest. Après une augmentation rapide du nombre de cas au mois d’octobre, marqué par une chaleur inhabituelle, la progression de la maladie a ralenti. « On est plutôt sur un plateau », a remarqué Marc Fesneau, espérant que les moucherons Culicoïdes vecteurs de la MHE « disparaîtront avec l’hiver ». Le ministre a toutefois appelé à « préparer le printemps » et le probable retour de la maladie. « Comment on s’organise pour que les animaux puissent sortir, pour qu’il n’y ait pas des pertes trop lourdes, comment prend-on en charge ? », s’est-il interrogé.
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Aucune avancée n’a été annoncée sur le volet export, alors que l’Algérie et la Grèce restaient encore fermées aux animaux français. La réglementation européenne interdit l’exportation d’animaux vivants en provenance des zones réglementées pour la MHE. Comme le rappelle le ministère, « une crise économique d’ampleur a été évitée grâce à l’ouverture rapide des marchés espagnol et italien », où sont expédiés 95 % des broutards français destinés à l’UE. Une « dépendance » que cette crise sanitaire a « mise en lumière », estime la Rue de Varenne. « Si nous exportons (…), ce n’est pas un défaut de résilience, mais bien la capacité des producteurs à valoriser le haut niveau qualitatif de notre production », plaident la FNB et la FNPL. Dans son plan contre la MHE, Marc Fesneau compte favorise l’engraissement en France. Un chantier esquissé en son temps par son prédécesseur Julien Denormandie, sans suite.