La marque de la Cooperl lance lors du Salon de l’agriculture une gamme de charcuterie « sans nitrites » et « issue d’animaux nourris aux céréales cultivées sans pesticides ». Brocéliande ouvre ainsi un segment intermédiaire entre le bio et ses produits historiques sans antibiotiques.
La marque Brocéliande lancera au Salon de l’agriculture une gamme de charcuterie « sans nitrites et issus d’animaux nourris aux céréales cultivées sans pesticides », a-t-elle annoncé le 17 février à Agra Presse. Baptisés « Jambon gris bien élevé » et « Rôti gris bien élevé », ces produits seront ensuite disponibles à partir du 1er avril. Avec ce lancement, la marque, propriété de Cooperl, affiche une « promesse santé forte », résume Thierry Du Teilleul, responsable marketing de la coopérative. « D’après nos enquêtes, le " sans phytos " est une attente aussi forte que le " sans antibiotiques ", y compris sur des produits éloignés de la culture comme la charcuterie », explique-t-il.
À la place des sels nitrités, le rôle de conservateur est joué par du sel fin, d’où une DLC plus courte (16 jours). Quant à l’alimentation des porcs, elle est produite par la Cooperl à partir de céréales cultivées et stockées sans pesticides. Les produits phytos de synthèse sont remplacés par du désherbage mécanique et une « utilisation massive de produits de biocontrôle et biostimulants », explique Gildas Le Fessant, de la Cooperl.
Rendements céréaliers « plus proches du conventionnel que du bio »
Pour ce chantier de deux ans, la coopérative s’est impliquée dans l’amont : au-delà des formations et du conseil technico-économique, le groupe de Lamballe est allé jusqu’à vendre du matériel de désherbage à ses adhérents. « Nous avons tout fait nous-mêmes, car il était très difficile de trouver quelqu’un pour nous accompagner », raconte M. Le Fessant, pour qui ce projet a marqué une « rupture » dans les habitudes de travail. La Cooperl ne partait pas de rien : par exemple, l’un des biostimulants utilisés dans la démarche, le sulfate d’ammonium, est issu de la méthanisation, déjà largement pratiquée par le groupe.
Au final, la marque revendique des rendements céréaliers « plus proches du conventionnel que du bio » (-5 à -10 qx/ha), compensés par une plus-value versée aux producteurs. Car, contrairement au bio, les 80 cultivateurs engagés dans la démarche peuvent utiliser des fertilisants minéraux et n’ont pas de délai de conversion de trois ans.
Le « sans nitrites » représente 6 % du marché du jambon
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Avec son nouveau jambon sans nitrites ni pesticides, Brocéliande ouvre un segment intermédiaire entre le bio (38-40 €/kg au détail, d’après Thierry Du Teilleul) et sa gamme historique sans antibiotique (18-22 €/kg). Un choix qui lui permet de coller à l’évolution du marché : « Le sans nitrites est en fort développement, constate le responsable marketing. En cumulant les différentes technologies, ce segment représente 6 % du marché du jambon. » D’après lui, « les segments qui progressent sont le bio, le sans nitrites et le sans antibiotiques, alors que le reste régresse. » Globalement, « le marché de la charcuterie se valorise », affirme M. Du Teilleul, régressant en volume, mais stagnant en valeur. En jambon, Brocéliande, présent dans environ la moitié des grandes surfaces, revendique une part de marché de 3 %.
Pour un « encadrement plus strict » de l’allégation « sans antibiotiques »
La nouvelle gamme lancée au Salon partage un socle commun avec les produits historiques de la marque (hors bio) : alimentation sans OGM, porcs non castrés et élevés sans antibiotiques depuis la naissance. La démarche Brocéliande, initiée en 2008, rejaillit d’ailleurs sur l’ensemble des adhérents de la Cooperl : « D’ici fin 2020, la moitié de nos animaux seront élevés sans antibiotiques depuis le sevrage », explique Thierry Du Teilleul. 300 éleveurs, soit 10 % des adhérents, produisent des porcs élevés sans antibiotiques depuis la naissance, conformément au cahier des charges de Brocéliande. Plutôt que de " piocher " parmi ses adhérents ceux qui parviendraient à produire sans antibiotiques, la coopérative propose aux éleveurs de s’engager dans ce cahier des charges sur une base volontaire.
La démarche sans antibiotiques illustre bien la philosophie du groupe de Lamballe : tester des innovations sur un groupe d’éleveurs motivés et en pointe techniquement, avant de l‘ouvrir plus largement à ses adhérents. Depuis son lancement en 2014, Brocéliande assume sa vocation d’aiguillon dans un marché de plus en plus disputé. Un rôle qui va jusqu’à demander aux pouvoirs publics un « encadrement et un contrôle plus stricts de l’allégation sans antibiotiques », affirme M. Du Teilleul. « On pousse à une prise de position officielle », reconnaît-il. Une manière aussi de sécuriser son avance sur ses concurrents.
« Le " sans phytos " est une attente forte, y compris sur des produits éloignés de la culture »