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Brucellose : tensions autour des abattages de bouquetins

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La décision prise par le tribunal administratif de Grenoble, le 17 mai, suspendant l’arrêté autorisant des abattages de bouquetins, tend les relations entre ONG environnementales et agriculteurs en Haute-Savoie.

Un grand tas noir barrant la porte d’entrée et des éclaboussures brunes sur la façade comme sur les véhicules garés sur le parking. Dans la nuit du 21 au 22 mai, « une poignée d’agriculteurs sont venus déverser d’importantes quantités de fumier et de lisier » devant l’antenne haut-savoyarde de France Nature environnement (FNE), affirme l’association sur Twitter. Selon le président de FNE Arnaud Schwartz, deux tonnes à lisier auraient été aperçues le 23 mai vers 2 heures du matin devant le siège haut-savoyard de l’association. « Des témoins ont permis aux gendarmes d’identifier au moins l’un des auteurs, agriculteur », indique Arnaud Schwartz. Cette personne aurait même reconnu les faits, et une plainte a été déposée. La dégradation, rappelle l’association, « intervient après la victoire juridique obtenue par FNE Haute-Savoie contre l’abattage des bouquetins du Bargy ». Quelques jours plus tôt, le 17 mai, le tribunal administratif de Grenoble a pris la décision de suspendre l’arrêté du préfet de Haute-Savoie autorisant jusqu’à 170 abattages indiscriminés de bouquetins dans le massif du Bargy après la découverte d’un cas de brucellose bovine en novembre 2021. Il avait été saisi par un recours collectif déposé par des ONG environnementales (1), dont FNE Auvergne Rhône-Alpes et FNE Haute-Savoie.

Une « trahison » de la part des ONG

La question des abattages de bouquins cristallise les tensions entre le monde agricole et les défenseurs de l’environnement en Haute-Savoie. Rappelant que FNE respecte « strictement l’Etat de droit » dans ce dossier, Arnaud Schwartz souligne que « tirer sur les bouquetins augmente le risque de propager la brucellose à d’autres massifs ». De son côté, l’avocat de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), Sébastien Mabile, juge que la gendarmerie devrait « s’intéresser davantage à cet "écolo-bashing" vraiment inquiétant » au lieu de se focaliser sur les intrusions dans les fermes avec la cellule Déméter.

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Dans un communiqué du 18 mai, la FDSEA des Savoie, les Jeunes agriculteurs de Haute-Savoie et Savoie, et la chambre d’agriculture de Savoie-Mont Blanc estiment, quant à eux, que les ONG « font preuve de trahison » en s’opposant à ces abattages. Elles déclarent que « la justice rendue méconnaît totalement la situation d’urgence sanitaire sur le massif du Bargy », rappelant que la brucellose présente « un véritable risque » pour la santé humaine et celle des animaux d’élevage. Les syndicats et la chambre d’agriculture annoncent qu’ils s’opposeront à tout abattage de vache en cas de brucellose bovine, afin qu’il y ait « une équité de traitement » entre les bouquetins et les bovins.

Ils s’opposeront à tout abattage de vache