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Nouveau ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire tourne la page des quotas laitiers

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Les observateurs attendaient Luc Chatel ou Michel Mercier… et ce fut Bruno Le Maire. L’ex-secrétaire d’État aux Affaires européennes, élu député de la circonscription d’Evreux (Eure), devient le nouveau titulaire d’un ministère qui s’intitule dorénavant « ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche ». Bruno Le Maire, longtemps haut fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères, devra faire preuve de toute son expérience internationale pour négocier la future réforme de la Pac. Artisan du rapprochement récent entre la France et l’Allemagne, il compte miser sur cette alliance dans la perspective de l’après-2013. C’est, en somme, un diplomate qui succède à l’autre diplomate qu’est Michel Barnier. La sensibilité sera, sans doute, différente. Sur le dossier de la crise laitière, Bruno Le Maire a, dès son deuxième jour de fonction, laissé entendre qu’il fallait accepter de tourner la page des quotas. Les syndicats de tous horizons lui demandent, en tout cas, de prendre dès maintenant la mesure des crises en cours et des remèdes à y apporter.

La petite phrase n’a échappé à personne en mesure de l’entendre, à l’occasion de la passation de pouvoir entre Michel Barnier et le nouveau ministre de l’Agriculture, le 24 juin&nsbp;: « Vous nous avez tracé le chemin », lançait Bruno Le Maire en forme d’hommage à son prédécesseur, tout en ajoutant&nsbp;: « Nous suivrons le nôtre ». La preuve, dès le lendemain. Alors que Michel Barnier ne se résignait pas totalement à la suppression à venir des quotas laitiers (« Je souhaite qu’au niveau européen, on garde des outils de maîtrise de la production, y compris les quotas » déclarait-il encore le 17 avril), Bruno Le Maire a semblé tourner la page, s’adressant au Sénat, comme à la presse à l’issue d’une rencontre avec la commissaire européenne Mariann Fischer Boel.

Ne pas se payer de mots
« Avec les quotas laitiers il ne faut pas se payer de mots », déclarait le nouveau ministre de l’Agriculture. « L’important, c’est que les producteurs aient une bonne visibilité du marché et les quotas n’en sont pas le meilleur moyen », a-t-il insisté. La meilleure preuve, selon lui, c’est que les prix chutent alors qu’on est en dessous du quota, tant français qu’européen. Certaines études – que le ministre n’a pas citées – montreraient qu’il faudrait au moins une réduction du quota européen de 7 % pour avoir un impact sur le prix. Une décision évidemment impossible à faire accepter par bon nombre de pays. Devant les sénateurs, en réponse aux questions d’actualité, le nouveau ministre avait expliqué sa position quant au dossier laitier : « La question n’est pas celle de l’offre mais de la demande. Il ne s’agit pas de maintenir ou non les quotas laitiers mais de savoir si nous les remplissons. Or, tel n’est pas le cas ». Concernant le maintien ou non de cet outil, « je n’aime pas livrer des batailles inutiles ou perdues d’avance ». « Ne nous focalisons donc pas sur cette question des quotas, débat plus théologique que pratique », concluait Bruno Le Maire.

Une régulation nécessaire
Bruno Le Maire comme Mariann Fischer Boel n’affirmaient pas moins qu’il faut des règles, voire une régulation du marché. « Nous ne donnons pas la même définition à ces mots, remarquait la commissaire européenne, mais nous allons nous revoir là-dessus ». « Je ne crois pas à la liberté absolue du marché », insistait pour sa part Bruno Le Maire. Et de préconiser, à l’échelle nationale, « des relations améliorées entre producteurs agricoles et industriels ». Dans la foulée, Bruno Le Maire s’engageait à travailler à une plus grande transparence sur les prix et les marges au sein des grandes surfaces de distribution. « Il faut savoir où va l’argent » clamait-il. Un propos repris par Mariann Fischer Boel s’étonnant que, lors de la flambée des prix, ceux-ci aient augmenté de 17 % au détail alors qu’ils n’ont baissé que de 2 % lors du reflux des prix agricoles.

Rapport le 22 juillet sur la régulation
Voulant montrer qu’elle avait bien conscience de la crise laitière, la commissaire s’est engagée à présenter dès le 22 juillet le rapport sur la régulation que lui ont demandé la semaine précédente les chefs d’État et de gouvernement européens. Sa recette devrait tourner autour des mesures classiques du type stockage privé, intervention publique, subventions à l’export. « Le conseil européen nous a demandé de rester fidèles au bilan de santé de la Pac » insistait-elle. « Attention à ne pas prendre de décision qui suscite de décision négative », faisait aussi remarquer le ministre de l’agriculture. Son premier baptême du feu devait se présenter dès le 26 juin, à l’occasion d’une rencontre avec des producteurs de lait de Seine-Maritime. Mais il ira aussi, bientôt, en Allemagne « pour mener une stratégie d’alliance sur le dossier de la régulation des produits laitiers. »

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