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Poulet chloré Bruxelles persiste malgré l’opposition quasi unanime des Européens

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En dépit de l’hostilité des ministres européens de l’Agriculture à la réouverture des frontières de l’Union au poulet chloré américain, la Commission de Bruxelles a présenté, le 28 mai, un projet en ce sens. Pour donner satisfaction aux Etats-Unis, tout en offrant des garanties sanitaires aux Etats membres de l’UE, la commissaire européenne à la santé, Androulla Vassiliou, a assorti son projet d’une série de restrictions, notamment en matière d’étiquetage.

Les producteurs des pays tiers, comme ceux de l’Union européenne, pourraient utiliser quatre substances de désinfection, selon le texte sur la décontamination des carcasses de poulet proposé le 28 mai par la Commission de Bruxelles : le dioxyde de chlore, le chlorure de sodium acidifié, le phosphate trisodique et les acides peroxydés. L’autorisation ne serait valable que deux ans, période durant laquelle des recherches scientifiques sur cette méthode seraient menées, et ne s’appliquerait qu’aux poulets entiers qui devraient, ensuite, être sérieusement rincés à l’eau potable.

De plus, l’industrie avicole serait tenue de ne pas contaminer l’environnement en se débarrassant d’effluents chlorés. A ce titre, de nouvelles normes de qualité de l’eau rejetée par les sites industriels seraient fixées. Les professionnels devraient en permanence s’assurer de l’absence de traces de chlore tant sur les volailles que dans l’environnement de leurs usines.

Etiquetage « décontamination chimique »

Mais surtout, les opérateurs seraient obligés d’apposer la mention « décontamination chimique » ou « traité avec des substances antimicrobiennes » sur l’emballage de la viande de volaille. Cette clause a été négociée d’arrache-pied par Androulla Vassiliou auprès de son collègue Gunter Verheugen. Le commissaire aux entreprises voulait en effet retirer du projet toute clause risquant de fâcher Washington. Depuis des mois, ce dernier multiple les efforts pour satisfaire les Etats-Unis. En début d’année, il expliquait dans un courrier adressé au président de la Commission de Bruxelles, José Manuel Barroso, pourquoi l’Europe doit tirer un trait sur ce vieux contentieux avant le sommet UE/Etats-Unis du mois de juin.

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« Un sujet test pour les Etats-Unis »

« La priorité des priorités des Etats-Unis reste la question du poulet », écrivait-il dans sa lettre. Washington en fait « un sujet test pour savoir si nous sommes sérieusement pro-Américains (…) Pour moi, il est clair que nous, au sein de la Commission, devons tout faire pour accélérer les progrès sur ce dossier », poursuivait-il. Günter Verheugen allait même jusqu’à suggérer à José Manuel Barroso de se « préparer à trouver des solutions alternatives au cas où les experts scientifiques rendraient un avis mitigé ou négatif ».

Proposition « inacceptable »

En tout état de cause, malgré la détermination du commissaire allemand, le projet de la Commission aura le plus grand mal à décrocher l’accord des Etats membres de l’UE. Au cours du dernier tour de table, organisé à la demande de la France, en Conseil agricole, le 19 mai dernier, pas moins de vingt-et-une délégations s’étaient opposées à l’autorisation de cette technique de désinfection tant elle va à contre courant de toutes les pratiques d’hygiène alimentaire imposées aux professionnels européens ces dernières années.

D’ailleurs, unions de consommateurs (Beuc), représentants européens des agriculteurs (Copa-Cogeca) et défenseurs de l’environnement se sont associés pour dénoncer l’éventuelle autorisation des poulets chlorés. Dans une lettre commune adressée à la Commission, ces organisations estiment qu’elle est tout simplement « inacceptable ».