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Embargo russe Bruxelles propose une aide pour les pays baltes

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Souhaitant faire fonctionner la solidarité communautaire, la Commission européenne a décidé de mettre sur la table la question des aides compensatoire aux États membres les plus touchés par l'embargo russe sur les produits agroalimentaires de l'UE. Mais les fonds manquent et le dispositif, s'il devait recevoir le feu vert des États membres, sera de toute façon limité.

LE commissaire européen Dacian Ciolos a proposé aux ministres de l'agriculture des Vingt-huit, réunis le 13 octobre à Luxembourg, le déblocage d'aides compensatoires directes pour soutenir les producteurs laitiers des pays baltes et éventuellement de la Finlande qui sont particulièrement touchés par l'embargo russe sur les produits alimentaires de l'UE. Les contours de ce dispositif sont encore vagues et la lettre rectificative au budget 2015 finalisée le 15 octobre (1) a confirmé que les marges budgétaires étaient restreintes. Les montants alloués seront de toute façon « limités », a prévenu le commissaire à l'agriculture. Cette proposition de « solidarité communautaire » a été plutôt bien accueillie par les États membres qui en rediscuteront au niveau des experts dans le cadre du Comité spécial agricole du 20 octobre. Les services agricoles de la Commission devraient présenter un plan plus détaillé. Mais pour qu'une proposition formelle soit mise sur la table il faudra le feu vert des États membres. L'Allemagne s'est déjà montrée circonspecte, indiquant qu'il faudrait voir la proposition de la Commission dans les détails pour y apporter son soutien. Sans s'opposer à cette proposition, la France a réaffirmé qu'elle souhaitait privilégier les mesures de marché plutôt que ce type d'aides directes moins efficaces selon elle. Et la Pologne a de nouveau demandé à pouvoir être incluse dans ce dispositif.

Part des exportations et baisse des prix

« Les agriculteurs des États membres limitrophes de la Russie qui exportaient une part très importante de leur production laitière nationale connaissent une situation différente de celle des autres États membres », a expliqué Dacian Ciolos pour justifier son choix de ne venir en aide qu'à quatre États membres. Pour les pays baltes et la Finlande, les exportations vers la Russie représentent 15% de la production agricole alors que pour les autres pays de l'UE cette proportion ne dépasse pas les 5%. Leur dépendance est donc beaucoup plus forte et il leur est plus difficile de réorienter rapidement leurs exports vers d'autres destinations. De plus, c'est dans les pays baltes que l'on constate les chutes de prix des produits laitiers les plus sévères (de plus de 20% ce qui les rapproche voire les fait passer en dessous des prix d'intervention). « Il y a un risque de voir certains producteurs faire faillite dans les 6 prochains mois », a précisé le commissaire.

Deux critères principaux devraient servir à déterminer les pays qui pourront bénéficier d'une aide : leur dépendance aux exportations vers la Russie et la baisse des prix sur leur marché intérieur. Ce deuxième point pourrait exclure la Finlande du dispositif. En compensation, Helsinki pourrait disposer de marges pour accorder des aides d'État à ses producteurs laitiers.

Réduire la production porcine

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Mais le secteur laitier n'est pas le seul touché par l'embargo russe. Malgré les deux plans d'aide mis en place par Bruxelles (2), la filière fruits et légumes reste confrontée à des difficultés. Les Pays-Bas ont donc demandé pour leurs producteurs de tomates l'activation de l'article 222 de l'OCM unique qui permet de déroger, pendant un certain temps, aux règles de la concurrence.

Enfin, Dacian Ciolos a fait un point sur la situation du marché de la viande porcine.

« La situation s'est dégradée ces dernières semaines, d'une part suivant la réduction saisonnière des prix, mais surtout en raison d'une augmentation de l'offre après deux ans de réduction des abattages. La situation des prix élevés des deux dernières années et la réduction des coûts des aliments pour animaux ont certainement généré l'incitation à augmenter la production », a analysé le commissaire. De plus, la réduction des prix des céréales évite une dégradation majeure en termes de marges. Dans ce contexte Bruxelles estime que l'urgence est à un ajustement de la production au niveau effectif de la demande. La situation du marché pour la viande bovine et pour la volaille semble plus stable.

(1) Voir même numéro

(2) Voir n° 3465 du 06/10/2014