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Aide alimentaire Bruxelles redoute le retour des « émeutes de la faim » en Haïti

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L’ampleur du désastre qui a frappé l’ouest et le sud de l’île d’Haïti, le 12 janvier, est comparable au tsunami du Sud-Est asiatique de décembre 2004. Le séisme de très forte intensité constitue un drame alimentaire pour ce pays dont 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et, une partie d’entre elle – environ 2 millions de personnes –, souffre, déjà en temps normal, de malnutrition. Avant le tremblement de terre, l’agriculture haïtienne se remettait à peine d’une série de violents cyclones.

Une première aide d’urgence de 30 millions d’euros a été mobilisée par l’Union européenne pour venir en aide aux plus de trois millions de personnes sinistrées en Haïti. Quelque 130 millions d’euros pour enclencher le processus de reconstruction suivront. Ces sommes s’ajoutent aux enveloppes débloquées individuellement par les Etats membres de l’UE. Soit au total près d’un demi-milliard d’euros.
Les premiers fonds permettent d’ores et déjà de procéder à des achats de nourriture afin de subvenir aux besoins de la population haïtienne. Selon les premières estimations de l’ONU, sur les 575 millions de dollars d’aide d’urgence nécessaires pour faire face à cette crise, 246 millions devraient être destinés à l’alimentation.

La malnutrition, un problème permanent dans l’île
La situation est d’autant plus tendue aujourd’hui que les experts internationaux évaluent à environ 2 millions le nombre de personnes qui, en Haïti, vivent de façon endémique dans l’insécurité alimentaire. C’est « le plus haut niveau de malnutrition des pays de l’hémisphère occidental », rappelle Jacques Diouf, le directeur général de la FAO. L’île avait d’ailleurs été au cœur de la flambée de violence observée dans le monde, au printemps 2008, au moment de l’explosion des cours des matières premières agricoles. D’où la crainte de voir éclater à nouveau de véritables « émeutes de la faim », préviennent les commissaires Asthon (Affaires étrangères) et De Gucht (aide au développement), dans une note adressée à leurs homologues de la Commission européenne.
Les priorités des responsables européens, suite au Conseil extraordinaire des ministres des affaires étrangères des Vingt-sept sur la situation en Haïti du 18 janvier, sont les suivantes :
– acheminer sur place les besoins de première nécessité ;
– reconstruire ou construire les infrastructures de base de l’Etat ;
– planifier la reconstruction du pays ;
– mobiliser les moyens financiers nécessaires.
Il n’est à ce stade pas question de prélever des matières premières dans les stocks agricoles européens, peu fournis et difficilement mobilisables rapidement, la ministre espagnole de l’agriculture, Elena Espinosa ayant contredit, en marge du Conseil agricole du 18 janvier, les propos qui lui étaient attribués par les agences de presse à ce sujet. Les ministres des affaires étrangères reviendront sur les problèmes en Haïti lors d’une nouvelle réunion le 25 janvier.

Mobilisation de la FAO d’ici les semis de printemps
A plus long terme, l’ONU a lancé un appel de fonds à hauteur de 23 millions d’euros pour venir en aide au secteur agricole haïtien. L’agriculture de ce pays était déjà dans un processus de reconstruction, notamment avec le développement de semences d’haricots, de maïs et de sorgho de meilleure qualité. Le « plan semencier » de la FAO de 10,2 millions de dollars avait permis, selon l’organisation basée à Rome, de relever la production vivrière de l’île de façon conséquente.
Dorénavant, « il est urgent de restaurer les infrastructures agricoles à petite échelle », estime la FAO, « afin que les effets dévastateurs du tremblement de terre n’aggravent pas la faim dans la capitale et ailleurs ». « Il est également urgent de créer des projets d’agriculture urbaine en vue de prodiguer nourriture, espoir et soins aux victimes », indique le directeur général de l’organisation qui estime que les capacités de stockage et d’irrigation ont été sérieusement affectées par le séisme. La FAO entend se mobiliser d’ici au mois de mars, qui marque le redémarrage de la saison agricole dans l’île. « La priorité est d’approvisionner les agriculteurs en semences, engrais, aliments du bétail et vaccins pour animaux ainsi qu’en outils agricoles », précise M. Diouf.

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