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Butler en renfort de France Champignon : la survie assurée ?

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Le financier Butler prend le contrôle de France Champignon, l’acteur principal avec plus de 80 % du marché, de l’industrie du champignon de couche. Fruit de la fusion entre Royal Champignon et Champi-Jandou en 1997, l’entreprise connaît des difficultés financières depuis lors. En 2002, les banques ont réclamé qu’elle s’adosse à un actionnaire. C’est chose faite. Butler prend le contrôle de 80 % de la SA France Champignon et prévoit d’y injecter 70 millions d’euros. Une solution qui satisfait les banques, mais dont les modalités, notamment sociales, ne sont pas encore connues.

Le rachat par Butler de France Champi-gnon marque le dénouement de longues années de doutes. Mais le début de quoi ? Le financier prévoit d’investir 70 millions d’euros sur cinq ans dans l’entreprise, pour moitié dans la modernisation de la production agricole (changement de mode de culture et passage des caves vers des maisons de culture spécifiques), et pour moitié dans l’outil industriel et la commercialisation. Depuis 1997, France Champignon, qui a laissé 250 millions d’euros de chiffre d’affaires et est un acteur largement majoritaire de l’industrie française du champignon de Paris, connaît des difficultés financières. L’entreprise est placée depuis cinq ans sous protocole CIRI (Comité interministériel de restructuration industrielle). Le Comité interministériel des restructurations industrielles a pour rôle de favoriser la restructuration des entreprises en difficulté. Les entreprises bénéficiaires sont celles dont l’effectif est supérieur à 400 salariés, et dont la disparition serait fortement préjudiciable à l’économie nationale. Concrètement, le CIRI finance des audits et sert de médiateur bancaire, les banques n’acceptant de la financer qu’à court terme, et pas suffisamment au regard des investissements nécessaires à sa mise à niveau face aux concurrents hollandais, polonais, espagnols ou chinois, aux coûts de production moins élevés.

Les banques satisfaites

Les actionnaires de France Champignon, tous coopérateurs, sont atomisés et difficilement identifiables, ce qui inquiétait les banques, désireuses de négocier avec un actionnaire plus « visible ». D’autant que le groupe avait un besoin urgent de moyens financiers pour se moderniser et ainsi élever sa productivité et réduire ses problèmes de coûts. Ce sont donc les banques qui lui ont demandé, en janvier 2002, de s’adosser à un actionnaire solide. Le groupe a d’abord fait appel à Bonduelle. Celui-ci devait créer des synergies avec France Champignon et n’avait pas besoin d’un siège central propre. Le plan de l’industriel du légume prévoyait « la diminution des effectifs du siège de Bagneux et son transfert sur un des sites de production », et « la suppression des surcapacités actuelles de l’outil industriel par la concentration de la production sur deux des quatre sites de fabrication existants (Doué et Beaufort) ». Il ne reprenait pas les usines françaises, même s’il conseillait au groupe d’en fermer deux, mais seulement la filiale polonaise, la marque Royal Champignon et la commercialisation de la production. Des solutions avaient été envisagées pour diminuer l’impact social de ces mesures, qui impliquaient la perte de 146 emplois. Mais les actionnaires ne se sont pas mis d’accord et en outre, cette proposition a déclenché d’énormes vagues de protestation. Bonduelle s’est donc retiré, pour ne pas « endosser la responsabilité des difficultés d’une filière dont il n’(était) pas acteur » et ne pas y laisser des plumes en terme d’image de marque.

Réduction des capacités

A la même époque, déjà candidat, la proposition de Butler avait été refusée, mais après l’échec des négociations avec Bonduelle, les actionnaires ont à nouveau fait appel à ce fonds d’investissement. Les négociations ont duré plus de six mois, laissant le sort de cet énorme groupe qui emploie 3 000 personnes en suspens. Mais le 18 mars, Butler Capital et France Champignon ont annoncé « la finalisation de la prise de contrôle ». Selon Laurent Parquet, associé de Butler, France Champignon a désormais « dix ans de retard » par rapport à ses concurrents étrangers qui en ont profité pour se moderniser, avec la mise en place de maisons de culture, et pour prendre des places sur le marché français du champignon frais. S’il est entendu pour tous, anciens et nouveaux actionnaires, dirigeants actuels, que les capacités de production doivent être réduites, la question des modalités de cette réduction se pose. Sur ce sujet, Bernard Puraye, directeur général de France Champignon, indique : « Nous sommes désormais face à deux possibilités : soit nous réduisons les capacités dans chacun des quatre sites de transformation, soit nous fermons un site de production de conserves ». Pour l’heure aucune décision n’a été prise.

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Secret d’Etat

Le secteur du champignon de Paris est entouré de bien des mystères. La France produirait chaque année 200 000 tonnes de champignons de Paris, dont 45 000 tonnes destinées au marché du frais. Mais ces chiffres ne sont pas confirmés, les statistiques du secteur étant gardées comme un secret d’Etat. L’Association nationale interprofessionnelle du champignon de couche ne dévoile pas ses chiffres, et le SCEES ne peut fournir de statistiques sur la filière, n’étant habilité à le faire pour les seules filières comptant plus de huit acteurs et dont aucun ne représente plus de 80 % des parts. En outre, les rares PME du secteur restent dans leur ensemble muettes sur le sujet. Les chiffres de la consommation ne sont pas davantage connus, mais la tendance semble stable, avec une augmentation de la consommation de champignons frais, au détriment de la consommation des conserves, l’ensemble des aliments appertisés ayant essuyé un repli. France Champignon a donc pour ambition de doubler la part des champignons frais dans son activité. Aujourd’hui ils représentent 10 % des ventes, le reste étant réalisé par la conserve à 70 %, et le surgelé, 20 %. L’exportation représente 35 % des ventes du groupe.

Pour Laurent Parquet, France Champignon est « une tête de pont de Butler dans le monde du légume ». Le but des financiers étant de valoriser les entreprises pour les revendre avec profit, l’on peut se demander : si la pérennité de France Champignon, une entreprise qui emploie 3000 salariés, est assurée, à quel prix le sera-t-elle ?