Les producteurs bio estiment que l’expertise de l’Anses sur le cadmium porte « un préjudice important à la filière » en mettant sur un pied d’égalité l’agriculture bio et l'agriculture conventionnelle, alors que la règlementation bio est plus restrictive et que les producteurs bio français utilisent très peu d’engrais minéraux phosphatés. Ils demandent la publication d’un « addendum ».
Dans un courrier adressé au directeur général par intérim de l’Anses, daté du 30 mars, la Fnab (producteurs bio) demande la publication d’un « addendum » pour corriger « certaines erreurs et imprécisions » concernant l’agriculture biologique, dans les travaux sur le cadmium publiés le 25 mars. Dans son expertise identifiant les leviers pour diminuer l’imprégnation de la population au cadmium via l’alimentation, l’Anses estime que l’agriculture biologique « est potentiellement tout aussi impactée que l’agriculture conventionnelle par la présence de cadmium ».
Face à cette affirmation, la Fnab dénonce « un préjudice important » pour la filière biologique. « Nous regrettons que cette communication puisse laisser croire au consommateur que le mode de production biologique n'offre pas de garanties supérieures, alors même que notre filière a déjà mis en œuvre un certain nombre des leviers que vous préconisez dans l’expertise : la non-utilisation de phosphates miniers, le recours aux matières organiques et l’application de seuils renforcés », expose la fédération de producteurs bio.
Réglementation plus stricte
Dans sa liste de griefs, la Fnab rappelle tout d’abord que la réglementation bio sur la teneur en cadmium dans les engrais est « plus stricte » que le cadre applicable à l’agriculture conventionnelle.
En effet, le règlement bio 2021/65 demande expressément qu’à partir de juillet 2022, les engrais minéraux phosphatés autorisés en AB (phosphate naturel tendre, phosphate aluminocalcique, NDLR) respectent la teneur maximale de 60 mg de cadmium/kg de pentoxyde de phosphore (P2O5), fixée dans le règlement 2019/2009 sur l’harmonisation de la règlementation des fertilisants sur le marché européen. Or, pour les engrais minéraux phosphatés utilisés en conventionnel, la conformité au règlement 2019/2009 « n’est pas obligatoire », comme le fait remarquer l’Anses dans son expertise, et la teneur maximale en cadmium peut atteindre 90 mg/kg de P2O5 en vertu du droit national.
De plus, le règlement bio 2021/65 impose une concentration maximale de cadmium de 0,7 mg/kg de matière sèche de composts de biodéchets, contre 3 mg/kg en agriculture conventionnelle, conformément à la norme française NF U 44-051 sur les amendements organiques.
Surtout, la Fnab regrette que l’Anses reprenne la conclusion d’une revue de littérature scientifique internationale (Rempelos et al., 2022), selon laquelle il n’y a « pas de différences significatives » de contamination entre l’agriculture biologique et conventionnelle en conditions réelles, sans doute parce que « le phosphate naturel tendre est utilisé dans de nombreuses exploitations en AB », rapporte l’expertise.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Or, la Fnab affirme que les agriculteurs bio français utilisent très peu les engrais minéraux phosphatés. « Sur tous les apports d’engrais que l’on met dans nos champs, les engrais phosphatés représentent 0,02 %. Cela signifie que nous n’en utilisons pas. Si l’on en trouve dans nos champs, c’est la signature du passé. Ce n’est pas le cahier des charges bio qui a contaminé les sols français, puisque, de toute façon, nous apportons les sources de phosphore de façon alternative », assène le coprésident de la FNAB, Olivier Chaloche, interrogé par Agra Presse.
D’après un article du journal Le Monde publié le 30 mars (article payant), les travaux menés par Arvalis dans le cadre du projet Phosphobio, achevé en 2024, confirment que le phosphate naturel « semble quasiment pas utilisé par les agriculteurs bio français ».
L’Anses répond
Enfin la Fnab déplore que « plusieurs études, certaines citées dans l’expertise, qui concluent à une moindre imprégnation des productions bio au cadmium » ne permettent pas de conclure à « un avantage du bio par rapport au conventionnel ». « Nous aimerions comprendre pour quelles raisons », indique la Fnab dans son courrier.
Interrogée par Le Monde, l’Anses explique que son expertise sur le cadmium « ne visait pas une comparaison des pratiques spécifiques en agriculture biologique et conventionnelle, mais à identifier les leviers en agriculture pour maîtriser durablement la pollution diffuse en cadmium ». L’agence sanitaire ajoute que « certaines informations sur la qualité du sol ne sont pas nécessairement connues par les agriculteurs : le fond géochimique naturel, certaines pollutions anciennes… ».
LM