Pour promouvoir la lutte non chimique contre les campagnols terrestres, le Parc naturel régional (PNR) de l’Aubrac a lancé en 2022 un programme de piégeage sur 4000 hectares. Devant l’engouement des éleveurs, le projet a pris de l’ampleur en 2024.
Une cinquantaine d’élevages du sud du Massif central, exploitant 4 200 ha de prairies, participent au programme de piégeage des campagnols terrestres lancé en 2022 par le Parc naturel régional (PNR) de l’Aubrac, apprend-on dans un dossier de presse. Ce dispositif alternatif à la lutte chimique repose sur une surveillance assurée par les éleveurs adhérents, qui déclenche l’intervention des piégeurs salariés (deux à plein temps et un à mi-temps). Ceux-ci sont employés par trois Cuma aveyronnaises : celle de Sainte-Geneviève et Cantoin, pionnière depuis 2022, rejointe en 2024 par celles de Soulages-Montpeyroux et d’Alpuech-La Terrisse. Une extension qui a permis d’agrandir le territoire couvert sans laisser de parcelles non protégées.
La démarche est inspirée de celle menée depuis 2015 dans l’impluvium de Volvic (Puy-de-Dôme), où elle a « porté ses fruits », note Ugolin Bourbon-Denis, chargé de mission au PNR de l’Aubrac. « Habituellement, les phases de très haute densité reviennent tous les quatre à huit ans. Or, à Volvic, la dernière pullulation remonte à 2011. » D’après des chiffres publiés en 2023, les résultats autour de Volvic sont encourageants : une densité de campagnols divisée de moitié en cinq ans, des surfaces piégées décuplées et un coût résiduel très abaissé (réduit à 3 €/ha après subvention). Au-delà du piégeage, d’autres leviers sont actionnés : travail du sol pour détruire les galeries, gestion du couvert végétal, entretien des abords de parcelles, etc.
Favoriser les prédateurs des rongeurs
Sur le plateau de l’Aubrac, M. Bourbon-Denis reste toutefois « humble » sur les résultats, sachant qu’aucune phase de pullulation – qui permettrait de juger de l’efficacité de la lutte – n’est survenue depuis le lancement du projet. Le principe même du piégeage consiste à freiner l’augmentation de la population de rongeurs pour éviter l’emballement. En phase de multiplication, « un couple de campagnols terrestres peut engendrer jusqu’à 80 individus en fin de saison », rappelle l’expert. Avec à la clé un effondrement de la production fourragère dans les prairies touchées, doublé de problèmes sanitaires (présence de terre dans le foin).
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Le PNR prévoit de tirer un bilan de son projet fin 2025. Plus de deux ans après le démarrage, « les éleveurs sont très satisfaits du service », affirme Ugolin Bourbon-Denis, notant une baisse « très nette » des populations de taupes. Les piégeurs interviennent aussi sur les taupes, car les campagnols utilisent les galeries qu’elles creusent pour se déplacer à l’abri des prédateurs. Le programme prévoit d’ailleurs de favoriser les prédateurs des rongeurs, en « limitant, voire en arrêtant de tuer les renards » ou en installant des perchoirs à rapaces. Ces carnivores sont nécessaires pour espérer réguler les populations de rongeurs, mais « à eux seuls, ils ne parviennent pas à bloquer l’alternance des cycles de haute densité et basse densité », note Ugolin Bourbon-Denis.
Appel aux acteurs locaux
Au niveau national, la méthode la plus utilisée reste la lutte chimique, via l’enfouissement d’appâts contenant du phosphure de zinc (Ratron GW). Une méthode qui « rend les éleveurs dépendants de molécules chimiques onéreuses », souligne Ugolin Bourbon-Denis. Autre possibilité : la fumigation de phosphine (PH3) dans les galeries. Pour le projet mené dans l’Aubrac, « nous avons choisi la lutte non chimique, avec possibilité d’utiliser la phosphine sur les taupes si besoin », rappelle M. Bourbon-Denis. « Depuis trois ans, on arrive globalement à s’en passer, seules trois exploitations y ont eu recours. »
Côté financement, la première phase du projet a bénéficié de 90 000 € d’aides (80 % région Occitanie, 20 % PNR Aubrac), et la seconde est soutenue par le Fonds vert de l’État et l’agence de l’eau Adour-Garonne. Après ce « coup de pouce » initial, le PNR espère maintenant que « des acteurs locaux se saisissent de ce sujet ». Au niveau national, le FMSE (fonds professionnel) gère un programme de lutte (avec les FDGDON) : les éleveurs s’engageant dans ces contrats peuvent se faire rembourser 75 % des frais dépensés. « On n’entend pas régler le problème des campagnols à l’échelle de l’Aubrac, résume Ugolin Bourbon-Denis. Mais on espère réussir à montrer aux éleveurs que, en s’organisant collectivement, il est possible de ramener les dégâts à un niveau supportable ».