Abonné

Carbone : les grandes cultures avancent, en attendant le cadre européen

- - 4 min

Après l’élevage bovin, un premier projet en grandes cultures a obtenu le label Bas carbone. D’autres productions devraient bientôt suivre, mais offre comme demande demeurent timides sur ce jeune marché. Pour débloquer des volumes plus importants, les start-up spécialisées misent sur le texte européen à venir, qui pourrait apporter une évolution du statut fiscal du crédit.

Pour la première fois, le 9 janvier, une exploitation de grandes cultures a obtenu le label Bas carbone officiel du gouvernement, apprennent nos confrères de Référence Agro. Accompagné par la start-up Carbon Farmers, le projet concerne une ferme de 344 hectares dans la Marne, à qui la Dreal Grand Est a donné son aval pour la réduction et le stockage de 1 600 t de carbone au total. Le groupe La Poste achètera la moitié des crédits vendus à 47 €/t, dont 75 % reviendront à l’exploitant selon Référence Agro.

D’autres annonces pourraient suivre en grandes cultures dans les prochaines semaines, notamment de la part d’une autre start-up, Stock C02. De même, plusieurs nouvelles méthodes devraient également être publiées dans les prochains mois, notamment en vigne, en fruitiers, ou encore en porc. « Tous ceux qui n’ont pas encore de méthode dédiée mais qui veulent prouver la validité de leurs projets peuvent aussi faire appel aux cadres internationaux comme le Golds Standard », rappelle Anaël Bibard, président de la Climate Agriculture Alliance (CAA), le collectif fondé par des start-up franco-belges du carbone agricole.

Au total, selon lui, 5 000 exploitations en France seraient actuellement engagées dans des programmes bas carbone, un chiffre comprenant à la fois les projets du label gouvernemental et les initiatives privées comme Soil Capital. « L’offre progresse encore de manière limitée, et n’entraîne pas encore de très forte pression sur le marché », analyse Anaël Bibard, également fondateur de la start-up Farm Leap. Car côté acheteurs également, l’heure resterait à la prudence. « L’Ukraine a mis un coup de frein, mais les nouvelles deviennent plutôt bonnes », détaille Anaël Bibard, évoquant les engagements de groupes comme La Poste ou Kering.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Vers une offre européenne de crédits

Alors que Bruxelles constitue un groupe d’experts pour affiner les textes secondaires du futur cadre européen de certification carbone, les jeunes entreprises de la CAA misent sur ce texte pour débloquer le marché. « Le texte devra répondre aux besoins des acteurs qui peuvent se positionner sur des volumes significatifs de crédits, en levant les freins qui n’ont pas de conséquence sur la qualité des crédits », estime Anaël Bibard. La plateforme, pour l’heure, ne défend pas de mesures précises, mais espère « que toutes les hypothèses de réflexion seront ouvertes ».

A lire aussi : Certification des absorptions de carbone : une ébauche de cadre

La start-up souhaiterait notamment évoquer « la problématique fiscale », alors que les crédits représentent pour l’heure des charges incessibles. « Il y a plusieurs options possibles, dont la transformation des crédits en actifs traçables. On pourrait aussi imaginer rémunérer l’émetteur initial lors d’un transfert du crédit », propose Anaël Bibard. Autre priorité de l’écosystème du carbone français : « Garder l’équilibre entre les preuves exigées et l’applicabilité. » « Les coûts directs de mise en place des projets sont déjà supérieurs aux revenus tirés des crédits », rappelle Anaël Bibard.

Les jeunes entreprises savent toutefois qu’il faudra s’armer de patience. Si le lancement de la consultation des experts aura lieu « au premier trimestre », les décisions ne sont pas attendues avant l’été. Le cadre européen ne devrait donc être opérationnel que d’ici 2024 ou 2025 selon les estimations des fonctionnaires européens. « S’il est équilibré, ce cadre donnera accès aux acheteurs à des valeurs plus larges, plus adaptées aux besoins de certains acheteurs », espère Anaël Bibard.

« Les coûts de mise en place des projets restent supérieurs aux revenus tirés des crédits »