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Distribution/Résultats Carrefour modifie à nouveau ses priorités

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Lors de la présentation de ses résultats du premier semestre 2011 (1), le groupe Carrefour a officiellement renoncé aux objectifs d’amélioration de ses résultats courants que son p.-d.g., Lars Olofsson, s’était fixés pour l’exercice 2011. Il a aussi détaillé son plan de relance élaboré cet été par Noël Prioux, promu directeur exécutif de Carrefour en France en juin dernier.

A la mi-juin, Lars Olofsson avait maintenu ses objectifs malgré « des résultats inférieurs à ses attentes en France ». Carrefour anticipait alors une chute de 23 % de son résultat opérationnel au premier semestre mais il laissait entendre qu’il redresserait la barre au second.
En réalité, avec une baisse de résultat qui atteint 40% en France sur les six premiers mois, le groupe fait son mea culpa. Au total, le résultat net des activités poursuivies part du groupe sur le semestre ressort en perte de 927 millions d’euros, contre un bénéfice de 14 millions un an plus tôt.
Le distributeur explique que son résultat net a été pénalisé par des charges exceptionnelles significatives, comme 516 M EUR de dépréciations (principalement en Italie), 244 millions de taxes de fonctionnement, 39 M de charges de restructuration, 79 M liés à son plan de transformation, 16 millions de plus-values et 22 M EUR de charges non courantes diverses.

La France, problème majeur
« Notre performance au premier semestre a été décevante », a donc reconnu le p.-d.g. Lars Olofsson devant la presse. « C’est en partie dû à la situation économique », alors que l’Europe du sud est affectée par la crise, « mais il faut constater qu’une partie de nos difficultés est aussi de notre propre fait. Nous avons essayé de faire trop, trop vite ».
La France, où le groupe génère 43 % de son résultat opérationnel pour un chiffre d’affaires total de 101 milliards d’euros, demeure son problème majeur : l’enseigne ne parvient pas à y enrayer la chute de ses ventes et l’été a été particulièrement mauvais dans l’Hexagone, ses hypermarchés et supermarchés ayant respectivement cédé, selon Kantar Worldpanel, 0,5 et 0,1 point de part de marché sur la période courant du 11 juillet au 7 août 2011, par rapport à 2010. « Ce recul est plus marqué que celui constaté depuis début 2011 », note Gaëlle Le Floch, directrice des études chez Kantar Worldpanel, soulignant que Leclerc recrute des clients Carrefour notamment grâce à ses E.Leclerc Drive. Au premier semestre, Leclerc en a tiré un tiers de sa croissance d’activité. Carrefour, lui, ne propose ce service que dans trois villes de France.
Lars Olofsson n’a pas ménagé la précédente direction France assumée jusqu’en juin par le britannique James McCann, qui a « surchargé les équipes de projets et elles ont dû faire face à de multiples priorités ». « Ce problème a été amplifié, a-t-il dit, par la décision de surcentraliser l’organisation », générant « une perte significative d’initiatives au niveau des magasins », d’où une mise en oeuvre « insatisfaisante de notre stratégie », en même temps que la concurrence s’intensifiait, dans un contexte de hausse des matières premières. Carrefour a répercuté trop vite les hausses de tarifs accordées aux fournisseurs et, par ailleurs, les hypermarchés ont connu d’importantes ruptures de stocks.

Feuille de route révisée
Le p.-d.g. de Carrefour annonce donc une nouvelle fois un changement de cap alors que le groupe était engagé dans un plan de transformation à trois ans, qui s’est traduit par de nombreux chantiers simultanés : déploiement du nouveau concept d’hypermarché européen Carrefour Planet, déménagement du siège, nouveaux systèmes informatiques, réductions de coûts...
A présent, il dit renoncer à son objectif de faire croître son résultat opérationnel courant en 2011 et table désormais sur un résultat opérationnel courant annuel en baisse d’environ 15% par rapport à l’année dernière. Et sa direction annonce la mise en place d’une nouvelle feuille de route baptisée « Reset », qui se déclinera en France par une nouvelle stratégie commerciale dans les hypermarchés et un plan d’action pour stimuler la compétitivité. Il s’agira de redonner du pouvoir aux directeurs des hypers, d’investir davantage dans les prix et moins dans les promotions, et de relancer la marque Carrefour avec l’objectif que les produits à marque propre atteignent 40% des ventes contre 25% aujourd’hui, a affirmé Noël Prioux.
En ce qui concerne les formats, le groupe dit certes toujours miser sur le déploiement du format Carrefour Planet mais il entend aussi rattraper son retard en ce qui concerne les « drive » (il prévoit d’en implanter dans 22 hypermarchés et 24 supermarchés) et l’e-commerce non alimentaire, grâce à un accord avec Pixmania qui entrera en vigueur en novembre. S’agissant de Carrefour Planet, le groupe compte toujours finir le déploiement en 2013, mais certaines ouvertures sont reportées de plusieurs mois. Au total, « Reset » devrait avoir «un impact négatif sur les ventes à court terme, pour renouer avec une croissance rentable», selon Carrefour.

1. Cf Agra alimentation n°2164-65 du 01.09.2011 p. 31

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