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Céréales : le marché français s’alourdit

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À l’exception du blé dur, les prévisions de stocks français s’alourdissent depuis un mois, surtout en orge, face à expéditions nationales 2024-2025 de céréales revues à la baisse et une consommation de la nutrition animale française plus faible qu’attendu pour le moment en orge et en maïs.

Le marché français des céréales s’alourdit encore. Dans ses bilans de janvier, FranceAgriMer (FAM) a de nouveau relevé ses projections de stocks de fin de campagne 2024-2025 en blé tendre, en orge et en maïs. Les raisons principales sont les exportations en berne, et une consommation du secteur de la nutrition animale hexagonale moins importante que prévu, ont expliqué les experts de l’organisme public, lors d’une conférence de presse suivant le conseil spécialisé Grandes cultures le 15 janvier.

La palme revient à l’orge. En effet, les stocks nationaux de cette fin de campagne 2024-2025 sont pour le moment attendus à « un plus haut depuis 2008-2009 », alerte Habasse Diagouraga, chargé d’études économiques sur les céréales. FAM les a relevés de près de 240 000 t entre décembre et janvier, à 1,614 Mt. Ceci en raison du décrochage des exports vers les pays hors UE de 200 000 t (à 1,9 Mt). Le manque d’intérêt chinois se confirme, obligeant l’institution à revoir significativement ses chiffres. Ajoutons à cela un recul espéré de la consommation des fabricants d’aliments pour animaux (FAB) sur la même période de 50 000 t, pour tomber à 1,1 Mt.

Des stocks de maïs proches des 3 Mt

Les réserves de maïs ont, elles aussi, été sensiblement corrigées à la hausse, de 120 000 t environ, pour atteindre 2,799 Mt. Les exports vers les pays de l’UE ainsi que la demande des fabricants d’aliments du bétail (Fab) ont été rabotés de près de 50 000 t chacun entre décembre et janvier, pour tomber à respectivement 4,022 Mt et 3,15 Mt. Néanmoins, « il faut rester prudent quant à ces chiffres, tempère Habasse Diagouraga. L’intérêt pour le maïs de la part des Fab pourrait être relevé lors des prochains bilans, du fait de la récolte hexagonale tardive. Cela ne se voit peut-être pas tout de suite dans les chiffres de mise en œuvre, mais les industriels sont susceptibles de se tourner davantage par la suite vers la graine jaune ».

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Du côté des taux de mycotoxine, plus élevés que d’habitude cette année, les analystes sont restés rassurants : « Certes, il y a plus de mycotoxines en 2024-2025 par rapport à 2023-2024, et seule la moitié des analyses environ nous sont parvenues pour l’instant. Mais il n’y a rien d’alarmant et nous sommes plutôt rassurés par les résultats, car les taux sont au-dessous des seuils légaux », s’exprime Benoît Piètrement, président du conseil spécialisé Grandes cultures de FAM.

Le marché du blé dur se tend

En blé tendre, les stocks prévisionnels de fin de l’actuelle campagne ont également été relevés entre décembre et janvier, mais dans des proportions bien moindres. Ils passent de 2,869 Mt à 2,896 Mt, un niveau confortable malgré la mauvaise récolte.

En revanche, le marché du blé dur a suivi une tendance inverse à celui du blé tendre, du maïs et de l’orge. FAM a abaissé ses prévisions de stocks de fin de campagne de 37 000 t entre décembre et janvier, pour s’afficher à 106 000 t. Ceci fait suite au relèvement de la consommation par les industriels français, qui passe de 566 000 t à 632 000 t. « Cette correction est essentiellement due au fait que nous nous attendons à une consommation de la part des FAB hexagonaux bien plus importante, pointe Habasse Diagouraga. Au vu des mauvaises qualités collectées et des faibles poids spécifiques (PS), il y aura des déclassements. Ainsi, les utilisations passeraient de 1 000 t en 2023-2024 à 20 000 t environ cette année. Cela ne se traduit pas encore dans les chiffres actuels, puisque seules 56 t auraient été consommées par l’industrie entre juillet et novembre 2024. Mais les experts nous disent que la demande devrait s’accélérer prochainement ». Notons que FAM a abaissé ses projections d’exports vers les pays tiers, passant de 90 000 t à 60 000 t, compte tenu de l’intense concurrence internationale, émanant, entre autres, du Canada mais aussi de la Turquie.

Des stocks d’orge au plus haut depuis 2008-2009