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Céréales ukrainiennes : pressions pour élargir les mesures de sauvegarde de l’UE

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Alors que la contestation agricole à la frontière entre la Pologne et l’Ukraine ne faiblit pas, les colégislateurs entament leurs travaux dans l’optique de valider la prolongation des mesures commerciales autonomes dont les systèmes de sauvegarde proposés ne convainquent pas certaines organisations professionnelles agricoles, qui réclament davantage, notamment pour les céréales.

Les institutions européennes sont toujours à la recherche du juste équilibre entre le nécessaire soutien à l’Ukraine dans son effort de guerre et la protection du marché commun agricole qui subit les conséquences du conflit. C’est avec cet équilibre en ligne de mire que le Conseil de l’UE et le Parlement européen entamaient le 15 février, leurs travaux en vue de l’adoption de la prolongation jusqu’en juin 2025 des mesures commerciales autonomes. « Nous sommes pleinement conscients des effets perturbateurs de l’augmentation des importations en provenance d’Ukraine sur quelques États membres », a déclaré le 12 février le vice-président exécutif de la Commission européenne au Commerce international, Valdis Dombrovskis, devant les eurodéputés de la commission de l’Agriculture. Lors de la présentation des priorités de sa présidence du Conseil de l’UE qui a eu lieu le même jour, David Clarinval, ministre fédéral belge de l’Agriculture, a reconnu que les mesures de sauvegarde spécifiques proposées pour certains secteurs sont « des signaux positifs » mais qu’elles ne vont pas assez loin et « sans doute faudra-t-il en reparler ». Le sujet était d’ailleurs à l’agenda des experts des États membres lors du Comité de la politique commerciale du 15 février, instance préparatoire du processus décisionnel du Conseil de l’UE, alors que la commission du Commerce international du Parlement européen, compétente au fond sur ce dossier, doit examiner lors de la réunion du 19 février, le projet de rapport préparé par Sandra Kalniete (droite, Lettonie).

Sauvegarde agricole

Dans ce contexte, certaines organisations agricoles européennes – une coalition d’associations sectorielles autour du Copa-Cogeca – réclament dans une lettre conjointe datée du 9 février, un élargissement du champ d’application du « frein d’urgence » aux secteurs des céréales et des oléagineux, une prise en compte des années 2021-2022 comme période de référence, un délai de déclenchement des mesures de sauvegarde automatiques ne dépassant pas dix jours et un système garantissant la destination des importations ukrainiennes. De plus, pour la confédération européenne des producteurs de betteraves sucrières (CIBE), qui a publié un communiqué le 13 février, la mesure de « frein d’urgence » arrive trop tard et « rien n’est proposé pour résoudre le problème urgent des importations de 2024 qui ont déjà une forte incidence sur le marché et le prix du sucre de l’UE ». La CIBE appelle donc les colégislateurs « à rapidement trouver des solutions », en activant notamment la clause de sauvegarde prévue par l’actuel règlement sur les mesures commerciales autonomes.

Lire aussi : Ukraine : Bruxelles propose des mesures de sauvegarde agricoles

De leur côté, les producteurs français de céréales (AGPB), s’ils maintiennent leur solidarité vis-à-vis de l’Ukraine, militent également pour que leurs produits soient intégrés dans le système de « frein d’urgence ». Interrogé par Agra, le président de l’AGPB, Éric Thirouin, souligne « le besoin de mesures fortes » et appelle la France à maintenir une position ferme sur ce sujet au Conseil de l’UE. Et d’ajouter que « les volumes d’importations d’avant-guerre ont été multipliés jusqu’à 20 entre 2021 et 2023 », entraînant une distorsion de marché insoutenable dans un contexte économique dégradé pour les producteurs. Pour lui, il est nécessaire de restaurer les contingents tarifaires mais aussi de réfléchir aux solutions sur le long terme.

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Tensions frontalières

En parallèle des discussions bruxelloises, le mouvement de protestation des agriculteurs polonais à la frontière avec l’Ukraine a s’est durci le 11 février lorsqu’une cargaison de céréales ukrainiennes à destination de l’UE a été déversée sur la route par des manifestants. Face au tollé suscité par cet événement en Ukraine où les dirigeants politiques ont fermement condamné l’incident dénonçant une destruction délibérée, Czeslaw Sikierski, le ministre polonais de l’Agriculture, a joué l’apaisement et a présenté ses excuses. « Au nom des agriculteurs polonais, je m’excuse pour un tel acte de désespoir et demande de la compréhension pour leur situation extrêmement difficile », a-t-il indiqué dans un communiqué publié le 12 février. Cet incident intervient alors que les blocages à la frontière polono-ukrainienne ont repris le 9 février pour dénoncer « la surabondance de produits en provenance d’Ukraine » et que Varsovie envisage d’imposer de nouvelles interdictions unilatérales d’importation de produits agricoles en provenance d’Ukraine, ce que la Commission européenne ne souhaite pas.

Bruxelles valide deux aides d’État roumaines

La Commission européenne a approuvé le 9 février deux aides d’État roumaines visant à soutenir les agriculteurs dans le contexte de la guerre en Ukraine. La première, de près de 241 M€, est destinée à certaines productions végétales, en particulier céréales d’hiver et colza ; la seconde, d’environ 56 M€, est ciblée vers les secteurs du porc et de la volaille. Les deux régimes, adoptés en vertu du cadre temporaire pour les aides d’État en période de crise et de transition, consisteront en des montants limités d’aide (maximum 280 000 € par bénéficiaire) sous forme de subventions directes qui devront être accordées aux producteurs risquant de perdre leurs liquidités en raison des difficultés du marché agricole provoquées par la guerre au plus tard le 30 juin. Cette décision de Bruxelles intervient alors que Bucarest a connu entre janvier et février, comme d’autres pays en Europe, une vague de contestations de son secteur agricole qui a mené des actions coup de poing et des opérations escargot en périphérie des grandes agglomérations roumaines.