Malgré la fin du phosmet, le ministère de l’Agriculture a fait paraître de premières prévisions rassurantes sur la production de cerises au 1er juin. La pression de Drosophila suzukii apparaît plutôt maîtrisée sur le début de récolte, mais pourrait s’accroître avec les pluies et les chaleurs.
Selon une note du ministère de l’Agriculture parue le 15 juin, la récolte de cerises 2023 était annoncée au 1er juin en légère baisse sur un an (-5 %) à 36 900 tonnes, mais en hausse par rapport à la moyenne quinquennale (+21 %), et supérieure aux années 2018, 2019 et 2020 – l’année 2021 avait été catastrophique, grevée par le gel (environ 13 000 tonnes).
En somme, la récolte semble se tenir malgré l’interdiction du phosmet, annoncée courant 2022. Cet insecticide est utilisé pour lutter contre Drosophila suzukii, à l’instar du diméthoate interdit quelques années plus tôt. Cette année, la production est jusqu’ici contrainte par les intempéries de mai, qui ont affecté les variétés précoces, et par des surfaces en baisse de 2 %, commente le ministère.
Mais ce qui est vrai au 1er juin ne le sera peut-être plus au 30, préviennent les professionnels. « Sur le début de la récolte, qui a commencé le 10 mai, les impacts ont été à peu près maîtrisés, sauf dans certaines parties du sud de la France, rapporte Aurélien Soubeyrand, président du conseil spécialisé Fruits et légumes de FranceAgriMer. Mais nous sommes inquiets sur la récolte en cours et les [variétés] plus tardives. Il a plu ces dernières semaines dans le Sud, et nous retrouvons du soleil et des températures élevées. Or, la population [de mouches] est déjà très présente. »
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Des filets, mais pas partout
Parmi les bassins qui récolteront dans les prochaines semaines figurent le nord de l’Ardèche ou les Monts du Lyonnais, cite-t-il. Dans cette dernière région, les vergers ont fait l’objet « d’investissements massifs » en filets de protection, mais qui ne couvrent pas l’entièreté des surfaces. Tous les producteurs n’ont pas eu les moyens d’investir, et les productions en pente et en terrasse ne sont pas équipables selon lui.
En Ardèche, la présidente de la FDSEA, Christel Cesana, déplore 50 % de pertes sur son exploitation où s’achève la récolte, et deux tiers chez son expéditeur. Elle rappelle que « les piqûres peuvent intervenir du jour au lendemain quand les températures sont propices ».
Les producteurs avaient manifesté en janvier contre cette interdiction, craignant une « baisse drastique » de la récolte. Courant mai, le ministère de l’Agriculture a présenté un plan de soutien à la filière, et fait interdire l’importation de cerises en provenance de pays où les arboriculteurs peuvent utiliser du phosmet. Une note de la direction de l’Office français de la biodiversité (OFB), datée du 20 avril, demandait également aux inspecteurs de l’environnement s’abstenir de contrôler les arboriculteurs dans le cadre de leur mission de protection des pollinisateurs.