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Guillaume Garot et Dominique Potier, députés « Certains modes de production fabriquent du risque »

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Guillaume Garot, député de la Mayenne et ancien ministre délégué à l’Agroalimentaire, et Dominique Potier, député de Meurthe-et-Moselle, ont signé, aux côtés de plusieurs élus socialistes, une tribune dans le quotidien Libération, en présentant leurs pistes « pour une agriculture et une alimentation du XXIe siècle » à l’issue de la crise du coronavirus. Ils détaillent pour Agra Presse les transformations qu’ils envisagent demain dans le secteur.

Qu’est-ce que le coronavirus nous montre, selon vous, de notre secteur alimentaire ?

Dominique Potier : Le coronavirus a créé une prise de conscience dans notre pays : la chaîne alimentaire a tenu grâce au courage des paysans, des transformateurs, des caissières et des magasiniers. Mais on a découvert par là même l’extrême dépendance de notre alimentation à notre interdépendance planétaire.

Guillaume Garot : Ce qui est clair également, c’est qu’il y a un lien entre le recul de la biodiversité, par la déforestation et les pratiques hyperintensives, et la diffusion des virus. Nous avons donc le devoir de restaurer cette biodiversité, en transformant nos façons de produire et de consommer.

En quoi l’agroécologie, comme vous le défendez dans la tribune, peut être au service de la santé ?

DP : Il y a des modes de production qui fabriquent du risque, en fragilisant la capacité de résilience des écosystèmes. C’est le cas de la déforestation provoquée par l’importation de protéines pour l’alimentation animale. A contrario, une autonomie européenne en protéines végétales diminue notre dépendance aux pesticides. Nous devons produire en même temps de la nourriture, de la nature et de la santé ! L’approche One Health - une seule santé - développée par la FAO, l’OMC et l’OIE, mise justement sur ces liens entre écologie et santé, pour mieux les valoriser.

GG : Pour lutter contre certaines pathologies, comme l’obésité, nous devons également travailler sur l’éducation des consommateurs, et sur la qualité de l’offre alimentaire. Des progrès ont été faits par les industriels depuis des années, mais il faut aller plus loin pour réduire le sucre, le sel, le gras ou les additifs dans notre alimentation. Ce pourrait être l’objet d’un Contrat national alimentaire, signé entre la puissance publique et tous ceux qui produisent l’alimentation, pour amplifier et partager ces objectifs.

Vous affirmez dans la tribune que l’agriculture « n’est pas une marchandise comme les autres ». Quels doivent être les contours des nouveaux traités commerciaux que vous défendez ?

DP : Il n’est pas sérieux de négocier notre élevage contre des voitures. Dans ce sens, le Ceta est un traité de vieille génération, et le Mercosur est totalement hors sujet. Nous défendons l’idée d’une exception pour l’agriculture et l’alimentation. Nous devons bâtir des traités qui permettront à l’agriculture de chaque pays de contribuer à la sécurité alimentaire locale et globale.

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GG : Cette idée d’exception pourrait être prolongée au niveau national. Car la crise a également montré la fragilité de certaines catégories de populations, celle des sans domiciles, et celle des familles modestes, dont les enfants ont été privés des repas quotidiens de la restauration scolaire. Des bons alimentaires pourraient être créés durant la crise pour aider ces familles à accéder à une meilleure alimentation.

La relocalisation de l’alimentation est une autre piste envisagée par de nombreux observateurs. Quelles politiques seraient au service de cet enjeu ?

GG : Avec Stéphane Le Foll, en 2014 nous avons lancé les Projets Alimentaires Territoriaux, les PAT. Aujourd’hui, cet outil n’est pas encore bien compris, ni développé, mais je crois que le moment est justement venu d’une nouvelle génération de PAT, densifiés et généralisés à l’échelle du pays, avec de nouveaux moyens. Car la crise, si elle a montré l’intérêt des consommateurs pour les circuits courts, a aussi souligné la fragilité de la production locale lorsqu’elle est privée de débouchés. Les PAT sont, en ce sens, un moyen de mettre tous les acteurs, producteurs, consommateurs, élus et associations, autour de la table, pour construire des politiques locales d’alimentation.

DP : Pour consolider notre souveraineté, développer l’agroécologie, et retrouver de la valeur ajoutée dans les exploitations, il faut aussi installer de nouveaux agriculteurs. Et pour renouveler cette génération, le meilleur investissement que pourrait faire un gouvernement est une grande politique de justice foncière.

Au-delà de l’agroécologie, et d’un commerce international plus équitable, votre tribune insiste également sur l’importance d’une politique agricole européenne rénovée. Quelles en seraient pour vous les priorités ?

DP : Si l’on veut préserver le secteur agricole, il faut une régulation des marchés, notamment sur le lait et la viande. Quels que soient les outils, nous avons besoin, de façon contracyclique, de corriger les effets du marché. Le Green deal européen, qui a pour objectif la neutralité climatique en 2050 dans le cadre d’une transition juste, ne doit pas trahir ce qui est un authentique espoir pour les agriculteurs et les citoyens européens.

GG : La prochaine PAC doit jouer un rôle dans la protection de l’environnement et de la biodiversité. Le débat sur la sortie des pesticides notamment, doit être posé en Europe, et la France peut s’en faire la voix, même si c’est un objectif de long terme. Alors que nos agriculteurs ont continué de produire durant la crise, il faudra donc demain valoriser tous les autres services qu’ils peuvent rendre, en matière d’environnement et de santé.