Abonné

Arnaud Rousseau, président de la FNSEA « Ces élections sont un moment de responsabilité pour les agriculteurs »

- - 6 min

Alors que les élections des chambres d’agriculture se tiendront du 7 au 31 janvier 2025, les syndicats majoritaires ont donné le top départ de leur campagne le 4 décembre, quelques jours avant de repartir en manifestations.

Le 4 décembre en Dordogne, la FNSEA et les JA ont lancé leur campagne pour les élections des chambres d’agriculture. Quels messages y avez-vous portés ?

J’ai lancé un double message, celui de notre projet de fond sur « le goût d’entreprendre en agriculture » et celui de la nécessité de créer une dynamique collective. Car, du 7 au 31 janvier, nous n’élirons pas seulement le collège des chefs d’exploitation, mais aussi ceux des coopératives, des anciens exploitants, etc. Quant au « goût d’entreprendre en agriculture », c’est le cœur de notre action, au-delà de ces élections : comment faire pour que, quel que soit leur système d’exploitation, leur production, leur terroir ou la taille de leur ferme, les agriculteurs adoptent une vision de développement par leurs projets. Aujourd’hui, on a le sentiment que tout est fait pour décourager le goût d’entreprendre, entre la pression insupportable sur les revenus, le délire administratif et bureaucratique, ou encore les sujets sur la dignité du métier comme les retraites, l’attractivité. Le tout dans un contexte politique anxiogène, avec une incapacité chronique à apporter des réponses aux agriculteurs.

Comment va se dérouler cette campagne des élections ? Allez-vous accorder une attention particulière au Sud-Ouest ?

Je tiens à rappeler que ces élections, ce sont d’abord celles des chambres départementales, et que donc il appartient à chaque département de construire son propre projet. Ce qui n’empêchera pas les élus nationaux de venir dans les départements pour éclairer la réalité du travail réalisé depuis six ans. Nous n’accordons pas d’attention particulière à une région plus qu’à une autre, car elles sont toutes importantes à nos yeux, même si nous sommes particulièrement conscients que c’est dans le Sud-Ouest que l’on trouve les situations les plus critiques.

Cette campagne démarre alors que vous repartez en manifestations. Ne craignez-vous pas ce que cela brouille les pistes entre crise agricole et élections professionnelles ?

Il y a plusieurs semaines, nous avions indiqué que notre mouvement comprendrait trois temps. Notre troisième temps de mobilisation porte sur le revenu agricole. Or, ce sujet des prix et de la compétitivité enjambe les crises agricoles. Quand on parle des lois Egalim, de respect de la matière première agricole, ce sont des sujets qui seront encore là après les élections des chambres.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Coordination rurale
Suivi
Suivre
élections
Suivi
Suivre

Au début de l’automne, la FNSEA et les JA semblaient vouloir lancer leur campagne plus tard. Avez-vous accéléré votre calendrier ?

Non, nous n’avons pas accéléré. L’université d’hiver des JA était prévue de longue date. Même si, sincèrement, nous espérions que la crise serait soldée avant. Cette date est logique. Les opérations de vote vont débuter aux alentours du 15 décembre. Si on retire les 15 jours de la trêve de Noël, cela nous laisse un bon mois de campagne pour présenter les réponses que l’on veut apporter et le projet que nous portons pour le collectif, mais aussi pour décider les agriculteurs à aller voter.

Comment comptez-vous vous démarquer de la Coordination rurale, qui met une forte pression sur le terrain ces dernières semaines ?

L’offre est très simple pour les agriculteurs. Nous, nous n’avons jamais appelé au chaos. Nous, nous n’avons jamais appelé à affamer les Français. Nous ne sommes pas simplement des adeptes des coups de com’. Une campagne, ça ne démarre pas seulement un mois avant les élections, c’est un travail de longue haleine. Demander des prix, comme le demande la CR ? Je ne connais pas d’agriculteur qui ne veuille pas de prix. Mais j’attends encore de découvrir leur projet. Quant à la Confédération paysanne, nous connaissons son projet depuis longtemps ; nous ne le partageons pas, mais nous le respectons. En résumé, ces élections sont un moment de responsabilité pour les agriculteurs. Céder aux sirènes de la démagogie et du chaos, c’est obérer notre capacité à trouver des solutions. D’ailleurs, les quelques chambres à avoir basculé chez la CR n’ont pas offert d’alternatives formidables aux agriculteurs. Dans la Vienne, les forces vives de la chambre se sont vidées, y compris les collaborateurs.

Quelle est votre position sur le modèle économique des chambres d’agriculture ?

Les chambres reposent sur deux sources de financement : l’impôt (la TATFNB (1), NDLR) et les services. Je suis très favorable au développement des services, mais il faut qu’ils correspondent à ce que cherchent les agriculteurs. Concernant l’impôt, je suis favorable à ce que le taux de l’impôt dévolu aux chambres soit très corrélé à celui qui est dévolu aux collectivités. Autrement dit, il ne faut pas que les chambres soient traitées différemment des collectivités. Pour nous, le rôle central des chambres, c’est le transfert des compétences aux agriculteurs. Face aux défis du réchauffement climatique, de la préservation de la biodiversité, du maintien des marges ou encore de la construction des filières, les chambres ont un rôle essentiel de transfert des compétences, des savoirs et des technologies. Cela demande de répondre au double enjeu de leur modèle économique et de leur reconnaissance par le monde agricole.

« Le sujet des prix et de la compétitivité enjambe les crises agricoles »

« Je suis très favorable au développement des services » par les chambres