L’interprofession du champagne a fixé le rendement commercialisable à un plafond en forte baisse par rapport aux autres années. Elle a pris des mesures inédites d’étalement dans le temps du paiement du raisin et du tirage des bouteilles.
L’interprofession du champagne a décidé de fixer le rendement maximal commercialisable au titre de 2020 à 8 000 kg de raisin par hectare, en forte baisse par rapport aux autres années, qui voient un plafond la plupart du temps supérieur à 10 000 kg. C’est ce qu’a annoncé le Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC) le 18 août, à l’issue d’âpres négociations entre vignerons et négociants.
Outre ce plafond le plus bas depuis quarante-cinq ans, ces négociations se caractérisent par leur aboutissement très tardif. Traditionnellement, viticulteurs et négociants définissent en juillet les conditions de la vendange, notamment le niveau du rendement maximal commercialisable. Or, les deux familles professionnelles sont parvenues à un accord in extremis, la veille du démarrage de la vendange en Champagne. Lors de la discussion, le négoce partait de niveaux nettement plus bas : 4 000 kg, signale-t-on au Syndicat des vignerons de Champagne.
Le SGV estime, sur la base d’une expertise réalisée par un cabinet, que le point mort des viticulteurs, c’est-à-dire le rendement commercialisable au-dessous duquel l’exploitation entre en situation de fragilité économique, est de 8 500 kg par hectare. Le rendement maximal autorisé est le plus bas depuis 1975, quand il était de 7 500 kg de raisin par hectare. En 2020, le potentiel de la vigne serait de 12 000 kg/ha. Cela signifie que les viticulteurs devront, en moyenne, laisser 4 000 kg de raisin tomber à terre.
Etalement du paiement du raisin
Si cette vendange 2020 est caractérisée par un niveau exceptionnellement bas du rendement commercialisable, sa singularité est la mesure d’étalement de la commercialisation du champagne. « La fixation du rendement à un niveau plus ou moins élevé est une mécanique usuelle dans notre vignoble. En revanche, le décalage du paiement du raisin et du tirage des bouteilles est inédit », souligne Thibaut Le Mailloux, porte-parole du CIVC.
Après chaque vendange, le raisin est payé aux seize mille sept cents viticulteurs qui vendent leur raisin aux négociants, selon un calendrier habituel. Le paiement s’effectue en quatre tranches : une au 5 décembre de l’année de la vendange, une au 5 mars de l’année suivante, une au 5 juin et une au 5 septembre de cette année n+1. Or, pour la vendange 2020, le raisin sera payé complètement sur les trois premières tranches, soit 2 000 kg par tranche, mais sur la dernière tranche, celle de septembre 2021, les viticulteurs ne seront payés que sur 1 000 kg, sauf si la commercialisation du champagne s’améliore. Le versement du solde, correspondant aux 1 000 kg « flottants », aura lieu quand la situation se sera améliorée.
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« L’état du marché est très grave »
La date du tirage des bouteilles est, quant à elle, incertaine. La mise en bouteilles ne démarre chaque année que le 1er janvier suivant la vendange, puis au moins dix-huit mois doivent s’écouler pour que la prise de mousse et le vieillissement du vin sur lit s’effectue. Vraisemblablement, la commercialisation des bouteilles sera différée pour ne pas encombrer les marchés. La date de commercialisation des bouteilles s’imposera tant aux négociants qu’aux cinq mille vignerons qui vinifient leur raisin.
« Nous n’aimons pas parler de catastrophe, mais l’état du marché est très grave : -30 % de ventes de champagne sur le premier semestre, comparé au premier semestre de 2019. Du jamais vu », s’exclame Thibaut Le Mailloux. « La chute est deux fois plus forte que lors de la crise (pétrolière, NDLR) de 1974, où les ventes avaient plongé de 15 % », ajoute-t-il.
Les professionnels du champagne attendent avec anxiété le comportement des ventes au second semestre, décisif pour le résultat de l’année. « C’est sur les quatre derniers mois de l’année que se vend la moitié des volumes annuels », rappelle Thibaut Le Mailloux.
La chute est deux fois plus forte que celle de 1974