Le vignoble de Champagne fait face à une vendange inférieure à la moyenne et en même temps à un effritement de son marché en raison de l’atonie de l’économie française, a indiqué le 18 octobre le président du Syndicat général des vignerons de Champagne (SGV), Maxime Toubart, au Viteff, le salon des techniques des vins effervescents. Au-delà de ces adversités, « le problème numéro un » est celui des démarches administratives qui s’imposent aux vignerons qui veulent embaucher des saisonniers.
Le vignoble de Champagne fait face à une vendange inférieure à la moyenne, un peu à cause du gel du printemps, beaucoup en raison de la pourriture du raisin parce qu’il a trop plu depuis le 15 août, a indiqué le 18 octobre le président du SGV au Viteff, qui s’est déroulé du 17 au 20 octobre à Épernay. « Il est tombé 300 mm d’eau en un mois, le vignoble a d’importants foyers de pourriture qui ont obligé les vignerons à trier, et à jeter jusqu’à 25-30 % de leur récolte ». La production utilisable sera donc d’un niveau faible : 9 000 kg par hectare, contre 10 500 à 11 000 kg en année moyenne. Mais, grâce au tri, la qualité ne sera pas affectée, a précisé Maxime Toubart.
Une éclaircie, surtout à l’export
Cette situation risque de renchérir le champagne, à un moment où son principal débouché, le marché intérieur (80 % des ventes), s’est déjà érodé de 2 % en 2016-2017 (juillet-juin). Les ventes sur l’UE ont régressé de 2,3 % pendant le même temps. Seul le « grand export » (États-Unis et Asie) a progressé sous l’effet de la croissance du PIB de ces économies. « Nous savons d’expérience que l’activité du marché est liée à l’évolution du PIB, nous le voyons avec la progression des ventes aux États-Unis et en Asie, et a contrario avec la chute des ventes au Royaume-Uni », a commenté le président du SGV. Et donc finalement, « le marché français ne se détourne pas fondamentalement du champagne, les ventes réagissent surtout à une conjoncture économique morose ».
Le premier semestre de l’année s’est bien passé pour le champagne avec une augmentation de 3,4 % des ventes de bouteilles, a précisé le SGV. Cela grâce à la tonicité du grand export (+ 14,4 %). Malgré le recul important du marché britannique (-30 %), les ventes sur l’UE se sont inscrites en légère hausse (+ 1,6 %) grâce notamment à l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, l’Espagne et les pays du nord de l’Europe. Ces chiffres positifs s’inscrivent dans un contexte économique plus favorable que les années passées. « Il semble en effet que l’embellie annoncée se confirme et s’affirme, au niveau mondial, européen et français ».
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Le SGV mentionne une croissance « notable pour les coopératives (+ 2,8 %), mais les vignerons (c’est-à-dire le champagne produit par des vignerons indépendants) restent en repli (- 3,2 %) ». À noter toutefois que ceux-ci « développent l’exportation avec efficacité (+ 6,1 % sur les marchés européens et + 16,1 % au grand export) ». À ce propos, le syndicat prépare un nouveau logo mettant en avant les « champagnes de vignerons », donc produits par des vignerons en tant que tels et non à travers les coopératives ni à travers les maisons de champagne à qui ils livrent le raisin. Il sera dévoilé en février. En outre, il prépare une campagne de communication sur le champagne, qui aura lieu au printemps.
« Nous savons d’expérience que l’activité du marché est liée à l’évolution du PIB »
Réduction des pesticides et emploi de la main-d’œuvre, une équation à résoudre
Le Syndicat général des vignerons de Champagne (SGV) a comme ambition la réduction des pesticides, notamment des désherbants chimiques. « Ce n’est pas impossible, mais cela nécessite du temps, de la R & D et de la main-d’œuvre." Or, c’est là que le bât blesse. Pour le président du SGV, le principal souci à lever est déjà que les vignerons « puissent pleinement se consacrer à leur vignoble et ne pas avoir à gérer 14 démarches administratives pour une semaine d’embauche d’un saisonnier ». De plus, pour une embauche sur août et septembre, il faut deux fiches de paye. « Des vignerons ont préféré ne pas embaucher en août pour éviter des formalités », a-t-il cité. Du coup, les embauches se font à travers le travail détaché de Polonais, Russes, Biélorusses et Turcs, pour éviter les formalités et les charges sociales. Pourtant, « du préfet au Premier ministre en passant par le ministre de l’Agriculture et la Direccte, tout le monde nous comprend, mais rien ne change », s’est-il exclamé. Ce problème « pourrit la vie des vignerons. Il arrive un moment où il faut que ça descende de la tête aux bras », a-t-il conclu.