Des chercheurs du Cirad ont étudié la présence de chlordécone dans sept espèces d’invertébrés, présents dans les sols contaminés de Martinique. Leurs travaux, publiés en septembre dans le journal Environnemental Pollution, font apparaître des taux de concentration « très élevés » chez les vers de terre, avec une contamination « dix à vingt fois supérieure » à celle du sol dans lequel ils évoluent.
Ces résultats s’expliqueraient par le fait que les vers de terre sont détritivores et dépourvus d’exosquelette. En comparaison, le mille-pattes, détritivore mais doté d’un exosquelette, présente une contamination « presque cinq fois supérieure » à celle du sol. Quand l’escargot, dépourvu d’exosquelette mais herbivore, présente « des concentrations quinze fois inférieures au milieu ».
Cette sensibilité du ver de terre à la chlordécone fait dire aux scientifiques que l’invertébré pourrait servir de bioindicateur de contamination des sols. « Réaliser des dosages dans les vers de terre permettrait de détecter la chlordécone dans les sols peu pollués. C’est une piste de recherche qui est actuellement explorée dans le cadre du projet Chlor2nou », indique l’écologue Mathieu Coulis, cité dans un article sur le site web du Cirad.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
L’étude pose aussi la question de la « bioamplification », c’est-à-dire de l’accumulation de chlordécone au fil de la chaîne alimentaire. Pour appréhender ce phénomène, les chercheurs ont effectué un « premier dosage » de chlordécone sur des lézards endémiques (Dactyloa roquet). « Leur contamination moyenne se révèle neuf fois supérieure au milieu, et supérieure aux proies qu’ils consomment, confirmant l’hypothèse de bioamplification », indique le Cirad.
Ce résultat pose lui-même une autre question : quid du transfert de chlordécone en dehors des zones initialement contaminées, par le mouvement de faune sauvage.