Ce n’est pas un hasard si Bruno Le Maire, ministre de l’économie et Michel Nalet, porte-parole du groupe Lactalis, ont tous les deux entamé leur conférence de presse, le 11 janvier, par une chronologie des faits. En effet, elle prend toute son importance afin de comprendre qui porte les responsabilités dans cette affaire de contamination des produits infantiles par des salmonelles dans l’usine de Craon. Agra Presse a repris leurs éléments en croisant avec les documents publics (arrêtés, communiqués de presse, site internet).
– Janvier à mai 2005 : 146 cas de salmonelle de type Agona détectés chez des nourrissons. Des produits infantiles contaminés, issus de l’usine de Craon du groupe Celia en sont à l’origine. Il s’agit de la première épidémie documentée d’infection à Salmonella enterica à sérotype Agona en France, selon une publication du 5 septembre 2006 du Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l’Institut de veille sanitaire.
– Été 2006 : rachat par Lactalis du groupe Celia et de l’usine de Craon
– Premier semestre 2017 : travaux dans l’usine de Craon. Un cas de salmonellose chez un nourrisson en avril, détecté a posteriori.
– 23 et 24 août 2017 : détection de salmonelle de type Agona dans l’usine de Craon lors d’un contrôle interne de Lactalis. Pas d’alerte car les salmonelles ne sont pas détectées dans les produits infantiles.
– 5 septembre 2017 : inspection de l’usine de Craon par les services vétérinaires de la Mayenne. Pas de détection de salmonelles
– 5 novembre 2017 : nouvelle détection de salmonelle de type Agona dans l’usine de Craon lors d’un contrôle interne de Lactalis. Toujours pas d’alerte car les salmonelles ne sont pas détectées dans les produits infantiles.
– 1er décembre 2017 : l’Agence nationale de santé publique alerte le gouvernement sur un nombre anormalement élevé de salmonelle de type Agona chez des nourrissons. Huit cas ont été détectés en huit jours. Les nourrissons ont en commun d’avoir consommé des produits infantiles issus de l’usine de Craon. Lactalis est prévenue le soir même.
– 2 décembre 2017 : les services de la préfecture de Mayenne alertent Lactalis. Vingt nourrissons sont atteints de salmonellose dans huit régions différentes. La DGCCRF alerte la presse du retrait de 12 lots de laits infantiles, « en lien avec l’entreprise ».
– 3 décembre : Lactalis annonce le retrait de 12 lots de laits infantiles et évoque « l’alerte de suspicion de 3 laits infantiles qui seraient mis en cause dans des cas de salmonellose ». Lactalis met en place un numéro vert « dès le 2 décembre » et reçoit 13 000 appels dès le premier jour.
– 4 décembre : prélèvement pour détecter des salmonelles dans l’usine par le service départemental de protection de la population de la Mayenne. Lactalis lance des autocontrôles renforcés sur les tours de séchage de l’usine 1 et 2. La DGCCRF alerte les pays tiers.
– 7 et 8 décembre : résultats des prélèvements dans l’usine affichant la présence de salmonelle de type Agona sur du matériel de nettoyage. Lactalis confirme par un courriel du 8 décembre la suspicion de salmonelle lors de ses autocontrôles. Bruno Le Maire donne jusqu’à 22 heures à Lactalis pour obtenir une prise de décision quant à un nouveau retrait de lots. L’usine de Craon est fermée le 8 décembre.
– 9 décembre : Emmanuel Besnier, p.-d.g. de Lactalis, est convoqué par le gouvernement. « Faute de réponse satisfaisante » de la part de Lactalis, Bruno Le Maire publie un arrêté « portant suspension de l’exportation et de la mise sur le marché de certains produits d’alimentation infantile fabriqué par la société Célia-laiterie de Craon », publié au Journal officiel du 11 décembre. Cette fois, 620 lots sont retirés du marché. La préfecture de la Mayenne prend également un arrêté le 9 décembre, publié le 29 décembre sur le recueil des actes administratifs de la préfecture.
– 10 décembre : la DGCCRF et le ministère de la Santé publient un communiqué de presse expliquant le retrait des produits infantiles « considérant que les mesures prises par l’entreprise n’étaient pas de nature à maîtriser le risque de contamination ». Lactalis communique et confirme une « cause probable de contamination survenue sur une de nos tours de séchage dans la période du 1er au 6 mai 2017 ».
– 11 et 13 décembre : analyse « des dizaines de milliers de lignes des documents fournis par Lactalis », selon Bruno Le Maire. « Des incohérences apparaissent dans la liste des lots manquants », a-t-il fait remarquer.
– 13 décembre : Lactalis identifie 5 lots supplémentaires à retirer du marché.
– 18 décembre : « Lactalis a procédé le 13 décembre dernier au retrait-rappel de cinq nouveaux produits sur son site de Craon », écrit la DGCCRF sur son site internet. Et de préciser : « Ces cinq lots n’apparaissaient pas, alors qu’ils auraient dû y figurer, dans les fichiers transmis par Lactalis, fichier sur le fondement duquel a été pris l’arrêté ministériel de retrait-rappel ».
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– 19 décembre : Lactalis décide de procéder à un nouveau rappel.
– 20 décembre : 35 nourrissons ont été atteints de salmonellose dans 10 régions.
– 21 décembre : Lactalis rappelle la totalité des produits infantiles et nutritionnels fabriqués ou conditionnés dans l’usine de Craon depuis le 15 février 2017. Et 720 lots supplémentaires sont rappelés.
– 26 décembre : Enquête ouverte par le parquet de Paris pour « blessures involontaires » et « mise en danger de la vie d’autrui », « tromperie aggravée par le danger pour la santé humaine » et « inexécution d’une procédure de retrait ou de rappel d’un produit » préjudiciable à la santé.
– 4 janvier 2018 : un article du Canard enchaîné s’interroge sur la non-détection des salmonelles par les services vétérinaires le 5 septembre. Le ministère de l’Agriculture justifie cette non-détection par un contrôle sur l’atelier de production de céréales de l’usine et non sur l’atelier de déshydratation du lait.
– 5 janvier : un article de la Voix du Nord dénonce la vente de produits infantiles Lactalis, pourtant théoriquement retirés du marché, par un magasin de E. Leclerc.
– 8 janvier : l’institut Pasteur confirme que la salmonelle présente chez les nourrissons serait de même type que celle déjà présente dans l’usine en 2005.
– 9 janvier : Michel-Edouard Leclerc avoue « un bug » dans le retrait des produits infantiles et annonce 984 boîtes vendues par ses magasins
– 10 janvier : Carrefour reconnaît la vente de 434 produits infantiles, normalement interdits à la vente, Système U de 384 produits, Auchan de 52, Cora de 72 et Casino de 352. Le Canard enchaîné, preuve à l’appui, montre que le contrôle du 5 septembre aurait dû porter sur l’atelier laitier et que les locaux inspectés ont été ceux des céréales.
- 11 janvier : Bruno Le Maire et Stéphane Travert convoquent les distributeurs. Un contrôle électronique en caisse sera effectué systématiquement pour retirer de la consommation les produits infantiles « suspects », à l’avenir.
– 12 janvier : Bruno Le Maire reçoit la direction de Lactalis