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Stratégie Cinq grands chantiers pour gagner les élections de 2013

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Le prochain président de la FNSEA devra porter son syndicat vers la victoire aux élections aux chambres d’agriculture en janvier 2013. Qu’il soit ou non porteur d’un projet séduisant pour l’agriculture, le verdict se fera par les urnes. Le terrain, clé d’une telle élection, quelque peu malmené depuis deux ans avec une crise agricole sans précédent, attend du concret. L’émergence de mouvements comme l’Apli chez les producteurs de lait, qui ressemble à s’y méprendre aux « débuts » de la Coordination rurale, n’est pas anodin. Dans ce contexte, les conditions de la réussite nécessitent de s’atteler à pas moins de cinq grands chantiers (réforme de la Pac, contraintes environnementales, défense du revenu, organisation des producteurs, et pluralisme syndical). Un travail exigeant et risqué.

Deux années pour gagner les élections aux chambres d’agriculture en 2013. Tel est le challenge que devra réussir le prochain président de la FNSEA et son équipe. Jean-Michel Lemétayer, qui a annoncé sa démission de la présidence de la FNSEA le 7 décembre, a été élu en mai 2001, soit quelques mois après la victoire de la FNSEA aux élections de janvier de la même année. Il a bénéficié de près de 6 ans pour mener son camp à la victoire de 2007. La « grande maison » avait même fait mieux qu’en 2001, confortant sa position de syndicat majoritaire dans le paysage agricole. Son successeur, qui a deux ans pour faire au moins aussi bien, n’aura pas le droit à l’erreur. Le risque, déjà évoqué en 2001 de voir passer la FNSEA sous la barre des 50 % est à considérer. D’autant que des syndicats « jeunes » comme la Coordination rurale s’annoncent capables de présenter des listes dans tous les départements en 2013. Quant à la Confédération paysanne, malmenée aux dernières élections après sa percée en 2001, elle voudra sa revanche. Il ne s’agira plus pour les syndicats minoritaires de se disputer les 40 % qu’ils représentent globalement mais bien prendre des voix à la FNSEA. Plus facile à dire qu’à faire. Sans doute. Mais il faudra compter avec la volonté farouche des opposants d’en découdre. « On n’a pas le choix », lançait le nouveau président de la Coordination rurale, Bernard Lannes, le 8 décembre, à deux ans de l’échéance !

En pole position

La position de leader n’offre pas que des avantages dans une élection. Ce qui est vrai en politique reste valable dans le syndicalisme. Aux manettes de la destinée de l’agriculture française depuis de nombreuses années, la FNSEA reste l’interlocuteur privilégié du pouvoir qu’il soit de droite ou… de gauche. Difficile pour les gouvernements de faire sans la FNSEA, le premier syndicat agricole français. Compliquée aussi pour la « grande maison » de défendre une position de contestation radicale face à un pouvoir qui, quelle que soit sa couleur, ne peut pas se permettre d’être radicalement « contre » la FNSEA. Ainsi imbriqué, les marges de manœuvre syndicales de la FNSEA sont minces.
C’est pourquoi la négociation pour la future Pac de 2013 est à risque pour le syndicat majoritaire. Plus que pour la Confédération paysanne ou la Coordination rurale qui ont la possibilité de se démarquer complètement, voire de rejeter en bloc cette nouvelle Pac. Ce qui ne serait pas une attitude très constructive, selon un Jean-Michel Lemétayer qui a toujours plaidé pour un syndicalisme « responsable ». Et il n’y a aucune raison pour que les fondamentaux du syndicalisme de la rue de Baume changent avec un nouveau président.

La Pac : un lourd passif

L’histoire récente a montré qu’à deux reprises, les réformes de la Pac ont provoqué des dégâts collatéraux pour « la grande maison  ». En réaction à la réforme de la Pac de 1992 , le premier blocus de Paris contre la Pac s’organise avec pour mots d’ordre « tous unis » et « des prix, pas des primes ». A l’origine de ce mouvement : une coordination qui s’est constituée deux ans plus tard comme un syndicat, la Coordination rurale. Plus récemment, en 2008, le bilan de santé de la Pac, qui ne devait être à l’origine qu’une « révision à mi-parcours » a failli faire imploser le premier syndicat agricole français. La faute à la réorientation de 1,4 milliard d’euros d’aides Pac vers des productions considérées comme durables comme l’élevage à l’herbe. En clair, la Pac par nature inégalitaire devait gagner en légitimité en ponctionnant 1,4 milliard d’aides aux « mieux » lotis, à savoir les céréaliers, pour les moins « chanceux » à savoir les éleveurs extensifs. Jean-Michel Lémétayer l’a souligné le 7 décembre : « Il n’a pas pu arbitrer le bilan de santé ». Il était compliqué de s’opposer à une réorientation des aides de la Pac, par nature fortement inégalitaires, souhaitée par un ministre… de droite. Conséquence : les céréaliers de la FNSEA ont manifesté leur désaccord devant leurs collègues syndicalistes réunis en congrès à Poitiers en 2009. Des gendarmes leur barraient l’entrée. Une situation pour le moins inédite qui a laissé des traces.

Du vert dans la Pac

Pour l’heure, la communication de la Commission européenne sur la Pac de l’après 2013 prend une couleur verte. Le verdissement de cette politique semble inéluctable pour avoir une chance de la faire perdurer. Les mots écologie et environnement sont cités 35 fois contre 2 fois pour le mot revenu et 3 fois pour la notion de prix, a compté un syndicaliste. La FNSEA jusqu’ici juge favorablement la proposition de Dacian Ciolios, le commissaire à l’Agriculture. Cette Pac encore plus verte sera difficile à vendre sur le terrain. En ces temps de crise agricole, Jean-Michel Lemétayer avait d’ailleurs demandé une « pause » dans les contraintes environnementales imposées aux agriculteurs. L’environnement étant vécu comme un « des boulets au pied » de l’agriculture française. Il avait été plus qu’entendu par Nicolas Sarkozy, qui avait lancé au salon de l’Agriculture : « L’environnement, cela commence à bien faire ! ». Le retour en arrière du chef de l’Etat ressemble à s’y méprendre à celui de la FNSEA sur un sujet toujours délicat pour la centrale syndicale. Mais, ce retour aux réalités s’est déroulé avant le début des négociations sur la future Pac. Dans cette perspective, il sera difficile pour la FNSEA qui avait participé activement au Grenelle de l’environnement, de dire non au verdissement de la Pac, s’il en va de la pérennité de cette politique qui pèse chaque année pour près de 10 milliards d’euros d’aides. La base militante du syndicat risque de ne pas apprécier. D’autant que la crise agricole de 2009 ne fait pas encore partie du passé.

Revenu : en attente de « concret »

La politique de prix rémunérateur, leitmotiv de Jean-Michel Lemétayer depuis 2001 et son premier congrès en tant que président, devra porter ses fruits. Celui qui dit « croire au concret » laisse à son successeur un énorme challenge. Les appels répétés de la FNSEA à augmenter les prix payés aux producteurs ont suscité de l’espoir sur le terrain. Les actions syndicales de blocages de sites pour obtenir quelque 60 centimes de plus sur un kilo de viande bovine ont abouti à… une revalorisation de 5 centimes. C’est mieux que rien. Mais, ce qui est présenté comme une victoire syndicale laisse dubitatif. En 2009, la demande de l’Apli et de l’OPL d’un prix du lait de 400 euros/1000 litres est restée au stade d’incantation. Elle a été jugée par Jean-Michel Lemétayer comme « irresponsable ». Mais que penser des appels à augmenter les prix à la production lancés depuis septembre par le même Jean-Michel Lemétayer ? Bruno Le Maire a répondu qu’il ne lui était pas possible de décréter cette augmentation même si elle était légitime.

Rééquilibrer les rôles dans les filières

Le partage des marges dans la filière agricole, autre sujet cher à Jean-Michel Lemétayer, patine. L’inscription dans la loi de modernisation de cet observatoire des prix et des marges est une victoire politique. Mais elle ne résout rien. On le sait : dans la filière laitière, ce n’est pas, pour une fois, la grande distribution qui est responsable de tous les maux mais la stratégie des industriels laitiers. Ceux-là même qui ne respectent plus ou difficilement le prix du lait interprofessionnel. Ils répondent à une logique de court terme : il veulent une matière première à moindre coût. D’où une incompréhension sur le terrain, lorsque la FNPL appelait à manifester devant les grandes surfaces en pleine crise laitière. Les syndicats minoritaires ont beau jeu de pointer la FNSEA comme le syndicat de l’agroalimentaire, dénonçant les ambiguïtés d’un syndicat qui selon eux ne défend plus les paysans. C’est un vrai sujet pour le successeur de Jean-Michel Lemétayer. Dans le livre d’entretiens Confidences d’un leader paysan, le syndicaliste récuse l’accusation de « conflit d’intérêts » entre sa présidence de Sopexa (agence qui aide les IAA à vendre leurs produits) et son poste de président de la FNSEA. « Producteurs et entreprises agroalimentaires ont besoin les uns des autres », explique-t-il.

La contractualisation : un saut vers l’inconnu

Il est évident qu’un bon partenariat est préférable à une mauvaise guerre entre producteurs et industriels. Mais la contractualisation peut mettre le feu aux campagnes. La faute aux décrets d’application qui formalisent la relation contractuelle. Ils sont loin d’être « protecteurs » pour les agriculteurs. Cette contractualisation sera mise en place dans moins de trois mois pour les filières concernées (lait, fruits et légumes). C’est-à-dire demain.
La FNSEA soutient cette contractualisation au diapason d’un Bruno Le Maire qui a longtemps expliqué qu’elle sécurisera le revenu des agriculteurs. Les syndicats minoritaires y ont été opposés dès le début. Les craintes sont réelles de voir des agriculteurs incapables de peser face à leurs acheteurs dans cette négociation contractuelle. Ce qui devait être une avancée pour le monde paysan risque au contraire de susciter des inégalités entre plus flagrantes. La loi économique du plus fort gagnera contre la seule volonté politique. Bruno Le Maire, qui sent le vent tourner, a quelque peu temporisé son discours à ce sujet. Même si la FNSEA et ses branches spécialisées se posent en recours juridique pour des agriculteurs désemparés, le syndicalisme minoritaire n’aura de cesse de rappeler que la « grande maison » est responsable de cette situation. D’autant que le renforcement du poids des agriculteurs au sein d’organisations de producteurs puissantes est encore un vœu pieux. Les interprofessions qui, par la loi, étaient habilitées à proposer des contrats types négociés entre les différentes familles ont failli. Producteurs et industriels n’ont pas réussi à se mettre d’accord. Ce qui ne présage rien de bon pour les futures négociations contractuelles.

Les interprofessions en position de faiblesse

Jean-Michel Lemétayer, l’homme des interprofessions, n’a pas réussi à contrecarrer l’affaiblissement de ces structures. L’interprofession laitière, longtemps citée en exemple, n’est plus capable aujourd’hui de peser véritablement sur le prix du lait. En plus elle fait l’objet d’attaques de plus en plus virulentes des minoritaires qui demandent à y siéger et contestent les CVO devant la justice. L’occupation du Cniel par la Confédération paysanne pendant plus d’un mois est révélatrice. Le nouveau président de la Coordination rurale, Bernard Lannes, a lancé, le 8 décembre devant les participants au 17e congrès, s’il le faut, « on siégera de force dans les interprofessions » ! Le nouveau président de la FNSEA recevra comme héritage ce délicat dossier du pluralisme dans les interprofessions, évacué par Jean-Michel Lemétayer au motif qu’elles sont de droit privé. Bruno Le Maire n’en fait pas un secret. Le départ de Jean-Michel Lemétayer devrait permettre des avancées. Mais le calendrier n’est pas favorable à la FNSEA. Ouvrir ce chantier à deux ans des élections aux chambres d’agriculture peut passer pour un aveu de faiblesse. A terme, il est toujours plus valorisant d’être à l’initiative d’une réforme que d’être contraint de la faire. Il pourrait bien s’agir d’un des tout premiers dossiers à gérer pour le futur président de la FNSEA. Pas certain, en effet, que le syndicat puisse esquiver la question jusqu’à janvier 2013. Surtout qu’au sein même du puissant réseau de la FNSEA, les mentalités évoluent. Plus on se rapprochera de la date fatidique de janvier 2013 moins il sera facile pour la FNSEA de gérer cette ouverture. Il s’agit de prendre les syndicats minoritaires de vitesse. Ce qui pour une imposante structure comme la FNSEA n’est pas le plus facile.

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