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Climat, phytos : le cognac veut moins de « discours »

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Lors de la rencontre annuelle de l’Union générale des viticulteurs pour l’AOC Cognac (UGVC), son président, Christophe Véral, a déclaré qu’il attend surtout des décideurs moins de « discours politiques » et davantage d’accompagnement dans les solutions.

« Nous ne voulons plus de discours politiques ou pseudo-électoraux, nous attendons des solutions et des garanties viables pour la viticulture, sur la sortie du glyphosate, sur la recherche des produits de biocontrôle, sur les zones de non-traitement », a souligné le président de l’UGVC, Christophe Véral. « Nous devrons être accompagnés par nos différents ministères de tutelle », ceux-ci devant « être force de proposition », a-t-il ainsi conclu la rencontre annuelle de son syndicat, qui s’est tenue à Châteaubernard, près de Cognac, le 26 mars, sur le thème « gel, grêle, sécheresse, assurances : sommes-nous condamnés ? ».

« Je préfère l’attitude de ceux qui cherchent des solutions »

Il faisait écho aux réflexions de Louis Bodin, qui était cette année le « grand témoin » extérieur. Le journaliste météorologue de la radio RTL a regretté que la politique se soit autant emparé du sujet du climat, au détriment des solutions d’adaptation du terrain. « Je fais mienne cette phrase du paléontologue Yves Coppens : “Toute espèce qui survit est une espèce qui s’adapte” ». L’orateur a confié lors d’un point presse sa préférence pour l’attitude de ceux qui cherchent des solutions sur le terrain (techniciens, ingénieurs, agriculteurs, chercheurs) aux discours alarmistes qui ne proposent pas de solutions et se bornent à entretenir un sentiment de panique inopérante : « Or, on est plus dans le discours de panique et la posture politique que dans l’adaptation », a-t-il regretté.

De plus, trop de certitudes anxiogènes sont entretenues dans le grand public sur le climat, selon lui. Or, les ouragans meurtriers, les inondations catastrophiques et les sécheresses sévères « ont existé de tout temps ». Il a rappelé que la sécheresse en Inde en 1990 a fait 3 250 000 morts, et que les inondations en Chine en 1931 ont causé 4 millions de décès. « Quand on dit qu’il n’y a plus de saison, c’est du fantasme », a-t-il lancé. Et citer cette déclaration du ministre secrétaire de l’Intérieur français en 1821 : « Messieurs, depuis quelques années nous sommes témoins de refroidissements sensibles dans l’atmosphère, de variations subites dans les saisons, d’ouragans et d’inondations extraordinaires auxquels la France semble devenir de plus en plus sujette. » « Un scientifique qui ne doute plus n’est plus un scientifique », a conclu Louis Bodin

Des solutions en France, Argentine et Israël face aux défis climatiques

Des exemples de solutions en France, Argentine et Israël ont été présentés lors de cette rencontre. Ainsi, le vignoble charentais verra s’installer en avril 18 nouvelles cheminées anti-grêles, s’ajoutant aux 96 existantes, a indiqué Bastien Brusaferro, chargé des affaires publiques de l’UGVC. Cet investissement dans les cheminées anti-grêles, qui sont des sortes de canons propulsant au cœur des nuages des millions de cristaux d’iodure d’argent, permet de diminuer la violence des grêles sur les cultures.

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Le mécanisme est le suivant, a expliqué Didier Braud, viticulteur et président de l’Adelfa (1) de Charente-Maritime : les nombreux cristaux d’iodure d’argent deviennent autant de noyaux de condensation « glaciogènes », ce qui donne des petits grains, qui fondent en descendant. Cet émiettement évite la formation de boulets qui s’abattraient en faisant des dégâts. Cet équipement a été soutenu par le département de la Charente-Maritime, celui de la Charente, la région Nouvelle-Aquitaine, la fédération des interprofessions du bassin viticole Charentes-Cognac et le Crédit Agricole. Cognac a en mémoire le violent orage de grêle qui s’est abattu sur le vignoble le 26 mai 2018.

(1) Les Adelfa sont les déclinaisons départementales de l’Anelfa, qui est l’Association nationale d’étude et de lutte contre les fléaux atmosphériques

« On est plus dans le discours de panique et la posture politique que dans l’adaptation »

En Argentine, 20 000 à 30 000 ha détruits à 100 % tous les ans

Lors de cette rencontre annuellle, Bernard Pineau, responsable de la viticulture durable à la société Martell, a livré son témoignage sur l’Argentine, « le pays où les orages de grêle sont les plus violents au monde » (en moyenne 20 000 à 30 000 ha de vignes sont détruits à 100 % tous les ans). Depuis 2005, les provinces argentines « aident l’achat de filets anti-grêles par des crédits très bas ».

Enfin, Mathilde Boisseau, responsable du vignoble Hennessy dans le Cognaçais, a présenté les différents leviers d’adaptation à la sécheresse à travers l’exemple israëlien. Ces leviers sont l’implantation de cépages tolérants à la sécheresse, la diminution du rapport feuille-fruit et la ré-utilisation des eaux usées pour l’agriculture. Plus de 80 % des eaux usées du pays sont ainsi recyclées. Tous ces travaux sont épaulés par une recherche fertile, avec notamment la firme STK pour le biocontrôle et la société Groundwork qui fabrique des mycorhizes pour faire fertiliser le sol par des micro-organismes.