Alors que la Commission européenne envisageait initialement de fixer des objectifs plus précis de réduction des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole, elle se contente finalement, dans une communication sur un nouvel objectif climatique pour l’UE à l’horizon 2040, de plaider pour une approche « holistique » engageant l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement alimentaire.
La Commission européenne a proposé, le 6 février, un nouvel objectif climatique pour l’UE à l’horizon 2040, recommandant de viser une baisse nette des émissions de gaz à effet de serre de 90 % par rapport à 1990 pour atteindre, comme convenu, la neutralité carbone en 2050. Contrairement à ce qui a pu être initialement envisagé, la communication (non contraignante) mise sur la table ne prévoit aucun réel objectif pour le secteur agricole et ne mentionne pas la nécessité d’une réduction de la consommation de viande. Bruxelles se contente de vanter les mérites d’une approche globale du secteur alimentaire jugée « plus efficace que d’examiner le secteur de l’agriculture isolément, car de nombreuses décisions avec un grand potentiel d’atténuation sont prises en dehors des exploitations agricoles » (fabrication d’engrais, réduction du gaspillage alimentaire, choix alimentaires des consommateurs…). La Commission européenne souhaite donc promouvoir des « politiques efficaces qui récompensent les bonnes pratiques » pour réduire les émissions du secteur tout en améliorant l’absorption du carbone dans les sols et les forêts. Cette approche globale du secteur alimentaire est considérée comme « le meilleur moyen de donner aux agriculteurs la possibilité de tirer des revenus solides et équitables de leurs produits ».
Lire aussi : Émissions agricoles : le conseil consultatif européen cible la Pac
Dans un récent rapport, le Conseil consultatif européen sur le changement climatique remettait en cause l’efficacité de la Pac et proposait une tarification des émissions agricoles ainsi que d'« encourager » un régime alimentaire moins carné, avec une pression accrue sur l’industrie agroalimentaire. Cette voie un temps envisagée a finalement été abandonnée par la Commission européenne – surtout dans le contexte actuel de protestations agricoles.
Des « ajustements nécessaires »
« Diverses versions de la communication ont circulé à Bruxelles avant l’annonce, mais les protestations des agriculteurs de ces dernières semaines ont montré qu’il ne sert à rien d’imposer constamment de nouvelles interdictions tout en perdant le soutien de l’opinion publique à la protection du climat. Ursula von der Leyen a écouté la population et a apporté les ajustements nécessaires », s’est félicitée l’Allemand Peter Liese, responsable des questions climatiques pour le groupe politique PPE (droite). Analyse bien différente du côté du Bureau européen de l’environnement (EEB) qui déplore qu'« une fois de plus, sous la pression de l’industrie, la Commission ait laissé tomber ses ambitions en matière d’agriculture ». L’ONG regrette l’absence d’objectifs de réduction des émissions pour le secteur alors que « la Pac ne parvient pas à créer le changement nécessaire ni à garantir une transition juste pour les agriculteurs, alors que le cadre de certification de la suppression du carbone n’a pas encore pris forme (mais suscite déjà de sérieuses inquiétudes) et que la législation-cadre tant attendue pour guider la transition vers des systèmes alimentaires durables » a été abandonnée.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Dans sa communication, l’exécutif européen estime, au contraire, que la Pac « fournit des outils essentiels pour soutenir la transition du secteur agricole vers de nouvelles pratiques et modèles économiques durables ». Elle met en particulier en avant les « exploitations agricoles diversifiées et familiales ainsi que celles qui combinent production végétale et animale » qui constituent « l’épine dorsale de l’agriculture européenne et devraient être accompagnées, en tenant compte des dimensions sociales, environnementales et économiques ». Le texte cite également l’agriculture bas-carbone qui devrait être certifiée par le biais de contrats basés sur les résultats avec d’autres acteurs de la chaîne de valeur ou par le biais d’un soutien public. De même sont évoqués : l’agriculture de précision, les engrais Renure (issus d’effluents d’élevage traités) ou l’économie circulaire. Et enfin, de prévenir qu’étant donné « qu’elle figure parmi les producteurs alimentaires les plus efficaces au monde en termes d’émissions de gaz à effet de serre, l’UE devrait également s’efforcer de garantir des conditions de concurrence équitables avec les producteurs de pays tiers, notamment par le biais d’accords commerciaux ».
Bruxelles mise sur le stockage industriel
La Commission européenne a présenté le 6 février une communication sur la gestion du carbone industriel au sein de l’UE qui propose une stratégie sur l’utilisation de technologies pour la capture et la gestion du carbone afin de participer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre de 90 % d’ici 2040. Ces technologies cibleront en particulier les secteurs où la réduction des émissions est particulièrement compliquée ou coûteuse, notamment l’agriculture, la production de ciment ou la valorisation énergétique des déchets. L’objectif de l’UE pour 2030 est le déploiement d’une capacité de stockage de CO2 d’au moins 50 millions de tonnes par an ainsi que des modes de transport (pipelines, navires, trains, camions) en fonction de leur rentabilité. La Commission européenne va entamer les travaux préparatoires sur un futur paquet réglementaire sur le transport et le stockage du CO2, qui examinerait des questions telles que la structure du marché et des coûts, l’accès des tiers, les normes de qualité du CO2 ou les incitations à l’investissement pour de nouvelles infrastructures. Bruxelles évaluera également les volumes de CO2 qui doivent être éliminés directement de l’atmosphère pour répondre aux ambitions de réduction des émissions de l’UE pour 2040 et 2050.