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Crise financière Collecteurs et transformateurs de céréales sur le qui-vive

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La santé financière des clients des coopératives céréalières commence à se fragiliser. Surtout lorsqu’ils travaillent dans l’amidonnerie. Les industriels de l’alimentaire semblent mieux résister. Quoique. Cette crise survient après les très fortes fluctuations de prix de la campagne 2007/2008…. Qui ont laissé certains, tels les fabricants de pâtes, exsangues.

Si elles ne sont pas au cœur de la tourmente, les entreprises à l’aval de la production agricole s’inquiètent. D’accord, les coopératives céréalières ne se posent plus de question sur leur financement. « Aujourd’hui, le système bancaire semble tenir à peu près la route, même s’il reste difficile de faire financer des projets », note Vincent Magdelaine, directeur de Coop de France métiers du grain. Mais elles sentent leurs clients plus fragiles. « Un certain nombre d’acheteurs à l’export n’ont plus la même fiabilité », admet le directeur. Elles ne sont pas les seules à être soucieuses. Dans la meunerie, « nous sentons que quelques clients rencontrent des difficultés », signale Hubert François, président de Nutrixo. Pour l’instant, celles-ci se traduisent par des retards de paiements… Mais rien n’exclut les impayés.

Baisse de la demande chez les industriels du papier et du carton

S’ajoute à cela une baisse des débouchés. « Dans certains secteurs, nous constatons depuis quelques temps une baisse d’activité de nos clients de 10 à 20 % », observe le président de Nutrixo. Certains ont fermé boutique, à l’image des Délices de Ninon, un fabricant de pâtisseries surgelées qui a connu de nombreux déboires. Côté coopératives, les acheteurs font preuve d’attentisme, ce qui complique les transactions. La demande des industriels de l’alimentaire reste solide, mais « des marchés se referment dans le non-alimentaire », indique Vincent Magdelaine. Les amidonniers ne s’en cachent pas : la crise les touche. « Les secteurs du papier et du carton représentent pas loin d’un tiers des débouchés de nos produits amylacés, rapelle Jean-Luc Pelletier, délégué général de l’Usipa (Union des syndicats des produits amylacés et de leurs dérivés). Or il y a une claire baisse des demandes des papetiers et des cartonniers ».

Des débouchés en moins pour le blé

Ce ralentissement se lit dans les statistiques de l’OniGC (Office national interprofessionnel des grandes cultures). Dans ses prévisions de la mi-février, l’organisme tablait sur 2,4 Mt de blé utilisées pour l’amidonnerie et la glutennerie, contre 2,5 Mt mi-janvier et 2,7 Mt en 2007/2008. Heureusement, la demande se maintient là aussi dans l’alimentaire, qui représente tout de même la moitié des débouchés, ou dans le secteur chimique (pharmacie, chimie fine, parfumerie…). Mais cette crise « vient après la réforme de l’OCM sucre », remarque Jean-Luc Pelletier, soit après l’ouverture d’un contingent à l’importation de 400 000 tonnes de sucre pour l’industrie chimique, venu directement concurrencer les produits des amidonniers.

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La flambée des prix 2007/2008 toujours difficile à digérer

Pour les fabricants de pâtes, c’est un nouveau coup dur après une campagne 2007/2008 marquée par les très fortes fluctuations de prix du blé dur. « Nous avons connu une crise sans précédent dont l’industrie française des pâtes alimentaires est sortie très affaiblie », constate Christine Petit, secrétaire générale du CFSI et du Sifpaf, les syndicats de défense des semouliers et des fabricants de pâtes. Les industriels perdent tous de l’argent, la Grande semoulerie de l’ouest, située près d’Angoulême, a fermé ses portes fin 2008 et le fabricant Alpina Savoie est toujours sous procédure de sauvegarde.

« Inventer des mécanismes d’assurance »

La meunerie également reste sous le coup des variations de prix de 2007/2008. Pour Hubert François, « il faudra inventer des mécanismes d’assurance ». Tant pour les producteurs que pour les industriels. Et ils ne pourront pas se limiter au marché à terme, loin d’être assez fluide pour permettre à un groupe comme Nutrixo qui écrase 1,2 Mt de blé par an de se couvrir convenablement. En attendant, chacun fait ce qu’il peut. Le leader de la meunerie mise sur la croissance externe via le rachat de Sofrapain pour gommer la probable baisse de chiffre d’affaires de son ancien périmètre. Les fabricants de pâtes regardent avec attention les soutiens qui pourraient conforter la production de blé dur en France ou les réunions autour de la LME (loi de modernisation de l’économie). Les amidonniers surveillent le plan de relance de l’économie. La crise ne passe donc pas tout à fait à côté du secteur alimentaire. Dans la meunerie par exemple, 10 % des sociétés ont changé de mains ces six derniers mois.