La crise qui s’annonce sera-t-elle si rude qu’on le dit pour les marchés agricoles et alimentaires ? Elle sera en tout cas sévère. Les secteurs céréaliers et des oléoprotéagineux, ceux des produits carnés, du lait et des fruits et légumes s’attendent à des mois faits de baisse des prix, de stagnation de la consommation et parfois de stocks en progression. Sans que la confiance puisse être rétablie par une Europe de moins en moins régulatrice. Dans certains domaines, néanmoins, l’optimisme s’affiche plus volontiers. Tel est le cas du vin dont l’année 2009 pourrait être comparativement correcte par rapport aux périodes de crise antérieures. Tel est le cas des valorisations non alimentaires, dont les producteurs semblent sûrs de détenir une carte maîtresse pour les années futures. Avec le dossier qui suit, l’équipe d’Agra Presse a voulu interroger les entreprises de transformation, de collecte ou de stockage, qui sont directement confrontées aux marchés. Et en tirer des indications destinées à éclairer les stratégies des agriculteurs eux-mêmes.
Les chiffres sont sans appel : l’Insee indiquait, il y a quelques jours, qu’à fin novembre, les prix agricoles avaient reculé de près de 12 % sur les douze mois précédents. La flambée des cours du début d’année est bel et bien oubliée. La baisse semble même s’amplifier puisqu’elle atteint 1,7 % en novembre sur un mois.
Quasiment tous les produits sont touchés : le recul des prix des céréales s’est poursuivi quoiqu’en s’atténuant, avec -8,3 % en novembre par rapport à octobre, après -16,3 % entre septembre et octobre, a précisé l’Institut de la statistique dans son bulletin d’information. Ceux des légumes sont « globalement inférieurs de 11,5 % par rapport à ceux de novembre 2007 » ; ceux du porc ne cessent de s’effriter en cette fin d’année tandis que l’interprofession laitière a recommandé des baisses de prix du lait pour les derniers mois de 2008 et le premier trimestre de 2009.
Prix en berne pour 2009
Si l’on en croit les transformateurs, collecteurs et stockeurs de produits agricoles, ce phénomène se prolongera en 2009. La quasi-totalité des industriels et coopératives interrogés en témoignent. Leur raisonnement ? Les marchés sur lesquels ils évoluent sont eux-mêmes en difficulté, alors il faut que leurs fournisseurs soient « réalistes »selon le terme de Guy Fléchard, patron de l’entreprise laitière qui porte son nom. Pour ce secteur laitier, les industriels souhaiteraient même que l’ajustement à la baisse du prix à la production soit plus fort que ce qui a déjà été prévu. Dans d’autres domaines, comme celui des grandes cultures, « on est dans le brouillard », témoigne Laurent Jubert, directeur DG du groupe Champagne Céréales.
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À l’entendre, pourtant, ces prix en berne pourraient aussi être l’occasion d’adapter les organisations. Champagne Céréales veut en profiter pour mettre en place des outils de sécurisation des revenus agricoles. « À ceux de nos adhérents qui prendront un engagement ferme avant moisson, explique Laurent Jubert, nous allons proposer des options créées et gérées par la coopérative, qu’ils aient ou non décidé de nous déléguer la gestion de leur récolte. Ces options leur permettront de se couvrir et de profiter d’une éventuelle hausse des cours. »
Diversifier son activité
Dans un tout autre domaine, le bois, la Coopérative forestière des Ardennes compte diversifier son activité en misant sur l’ingénierie ; ailleurs, dans la viande ou dans le lait, on sait que ce type de crise est propice à des regroupements qui seraient, de toute façon, nécessaire. Pour la valorisation non alimentaire, qui commence à déboucher sur un grand nombre de produits se substituant pour une part à la pétrochimie, on fait le gros dos. En sachant pertinemment que, crise ou pas, l’avenir appartient aux produits qui répondent à la demande écologique de la société. C’est peut-être cela, la leçon de la crise à venir : elle provoquera des ajustements douloureux, mais ceux qui la surmonteront auront de nouveaux atouts pour se développer sur le long terme.