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Légumes d’hiver Confusion à la conférence du ministère de l’Agriculture

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La conférence « légumes d’hiver », organisée le 21 mars par Dominique Bussereau pour trouver des solutions à une crise de surproduction sans précédent, avec effondrement des cours des salades, mâche, poireau et endive, a tourné court. La Fédération nationale des producteurs de légumes (FNPL) a quitté la séance, dans un climat tendu. Deux nouveaux rendez-vous sont prévus prochainement.

Les conditions semblaient réunies pour que la conférence « légumes d’hiver », annoncée au Salon de l’agriculture par Dominique Bussereau, afin de trouver des solutions interprofessionnelles, se déroule bien. Le 21 mars au matin, on évoquait encore à la FCD (Fédération du commerce et de la distribution) les avancées du dialogue interprofessionnel. On s’enthousiasmait par exemple qu’Angélique Delahaye, présidente de la FNPL, ait reconnu récemment que les enseignes de grande distribution membres de la FCD ont globalement joué le jeu de la réduction des marges.

Un contexte très tendu

Mais cette conférence a dérapé, dans un climat tendu. « Les producteurs sont en train de crever, même dans les coopératives », a indiqué, à l’issue, un représentant des coopératives. « Ce sont 4 000 maraîchers qui sont menacés de déposer le bilan », l’équivalent des menaces qui pèsent sur les ouvriers d’Airbus, « mais cela fait moins de bruit», s’est-il indigné.

Dans ce contexte, une attaque de syndicalistes contre la grande distribution a provoqué la riposte de Jérôme Bédier, président de la FCD. Cette riposte, sur le thème de l’économie administrée agricole, a été jugée mal venue par la délégation de la Fédération nationale des producteurs de légumes. Sortant de la salle avec la délégation, Jean-Marie Roger, président de la FDSEA des Pyrénées Orientales et délégué FNPL de ce département, a déclaré qu’il n’est « pas prêt à entendre les atermoiements de la grande distribution tant qu’on verra les salades payées 10 centimes pièce au producteur ».

Jérôme Bédier avait entre autres déclaré qu’« on ne fait pas assez de stratégie dans la filière. Si l’on préfère faire de la politique, on restera sur les mêmes problèmes qu’il y a dix ans ».

La délégation de la FNPL était accompagnée de représentants de FDSEA et des JA. Le Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux) et la Coordination rurale étaient représentés lors de cette conférence. Le Modef avait demandé, la veille dans un communiqué, des aides directes de compensation pour 15 millions d’euros, et une exonération « importante » des cotisations sociales, professionnelles, patronales et ouvrières.

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La FNPL veut rencontrer Dominique Bussereau

Mais l’objet de la conférence n’était pas tant de proposer des mesures de trésorerie pour les producteurs que des moyens d’améliorer l’écoulement des légumes d’hiver : salades, mâche, poireau et endives. Les mesures en faveur des producteurs seront discutées dans un autre cadre, entre le ministère et les producteurs. La FNPL a déjà sollicité un rendez-vous avec Dominique Bussereau pour demander des mesures de trésorerie, comme les annuités blanches (le report en fin de tableau du remboursement de l’annuité) et la prise en charge par l’État des cotisations sociales payées par les exploitants.

L’objet de cette conférence était de dégager des solutions interprofessionnelles. « L’interprofession doit poursuivre son action pour répondre au mieux aux difficultés du marché et élaborer une stratégie d’adaptation des filières légumières d’hiver à leur environnement économique », a indiqué le ministère dans un communiqué publié à l’issue de la conférence.

Interfel se réunit à nouveau le 5 avril

Le 22 mars, les familles se sont à nouveau retrouvées à la réunion du bureau d’Interfel le matin, puis du conseil d’administration d’Interfel l’après-midi, « aux côtés des producteurs de légumes d’hiver particulièrement touchés par la crise actuelle ». L’interprofession des fruits et légumes frais a indiqué que son bureau se réunira à nouveau le 5 avril prochain. Il s’agira de « décider d’un dispositif à mettre en place en situation de crise », notamment que « l’ensemble des opérateurs de la filière, de la production jusqu’à la distribution, s’accorde sur une déontologie commune ». Cette déontologie commune, c’est la mise en avant de « l’origine France », la modération des marges, l’arrêt des ristournes.

« Les ristournes représentent 1% à 5% de notre chiffre d’affaires », a rappelé Bruno Scherrer, directeur de la FNPL. Ces ristournes sont des remises que le producteur est incité à faire au distributeur, s’il veut continuer à rester son fournisseur. Bruno Scherrer a cité une grande enseigne, membre de la FCD, qui ne pratique plus de ristournes sur les fruits et légumes depuis un à deux ans. Mais une autre grande enseigne, non membre de la FCD, pratique toujours des ristournes dont le montant s’élève à 5% du chiffre d’affaires. La FNPL souhaite amener toutes les enseignes de la FCD à supprimer ce genre de pratiques. C’est dans cet état d’esprit qu’Angélique Delahaye était venue à la conférence du ministère. « Nous étions venus avec des propos constructifs », a-t-elle réagi en sortant de la salle, encore sous le coup du clash.