L'association nationale de défense des consommateurs et usagers, CLCV (Consommation logement et cadre de vie) a mené une enquête auprès de 2 584 consommateurs pour analyser leur comportement face aux dates limite de consommation des produits alimentaires (1). Les résultats sont assez contradictoires. Certains consommateurs n'hésitent pas à manger des produits qui, au sens de la réglementation, sont périmés depuis plusieurs jours, ce qui pose la question des risques sanitaires éventuels. À l'inverse, on observe qu'ils sont nombreux à jeter des denrées encore consommables, ce qui contribue au gaspillage.
LES consommateurs sont particulièrement attentifs aux dates limites des produits alimentaires réputés fragiles lorsqu'ils font leurs courses, note la CLCV. Pour les denrées périssables (yaourt, salade en sachet, jambon), entre 65 et 85 % des consommateurs déclarent lire la date « toujours » ou « souvent » au moment des courses. Pour les denrées peu périssables (biscuits, pâtes sèches ou farine), 55 % à 70 % des consommateurs déclarent ne jamais lire les dates ou les lire rarement, la date n'étant pas perçue comme une information essentielle. En outre, face à des produits dont les dates limites sont dépassées, les consommateurs n'ont pas toujours le comportement attendu, note la CLCV. En ce qui concerne les aliments non périssables, portant des dates limites d'utilisation optimale ou DLUO, il y a manifestement une confusion sur la conduite à tenir. En effet, plus de 43% des sondés déclarent jeter une boîte de raviolis en conserve lorsque la date est dépassée de trois semaines. 30% pensent même qu'il y a un risque d'intoxication. Pourtant, la date n'est ici qu'indicative et le produit est encore parfaitement consommable. Ce type de confusion est source de gaspillage.
À l'inverse, plus de 80% des sondés mangent un yaourt nature dont la date limite de consommation (DLC), est dépassée de trois jours. A DLC + 3 semaines, ils sont encore plus de 21 % à consommer ce laitage. En théorie, la DLC doit être respectée scrupuleusement pour des raisons sanitaires mais le yaourt nature est connu pour être un produit stable ce qui amène probablement les consommateurs à relativiser le caractère impératif de la DLC. Concernant le steak haché, la DLC est globalement mieux respectée mais 27 % des sondés sont prêts à le consommer trois jours après sa péremption, ce qui n'est pas sans risque pour ce type de denrée.
DES PROPOSITIONS POUR UNE MEILLEURE INFORMATION
Pour savoir si un produit ne présente pas de risque, les consommateurs se basent sur les dates limites mais aussi sur leur expérience et leur connaissance du produit, constate l'étude. Dans certains cas, l'information fournie par les dates paraît mal comprise et mal utilisée et il y a donc un effort de pédagogie à mener pour expliquer ce qu'elles signifient réellement. Certaines pratiques des professionnels de l'industrie agroalimentaire doivent aussi évoluer : l'utilisation de DLC et de DLUO au sein d'une même catégorie de produits brouille les repères et devrait être proscrite. De même, la courte durée pour certaines DLC, comme sur les yaourts « nature », interroge.
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La CLCV a d'ailleurs testé un nouvel étiquetage qui pourrait contribuer à remédier à la confusion ambiante. Cet étiquetage concerne deux produits. Pour le steak haché, est proposée une étiquette qui mentionne « À consommer impérativement avant ». Pour les raviolis en conserve, la CLCV suggère d'apposer la mention « Meilleur avant le ». Pour la première, il a été constaté une augmentation du pourcentage de consommateurs qui jettent le steak quand la date est dépassée, ce qui est encore plus net pour un dépassement de plus de trois jours. « Cette mention permet de réduire les comportements à risque », en conclut la CLCV. Pour la boîte de raviolis, le « Meilleur avant » semble conduire à une diminution du pourcentage de consommateurs qui jettent le produit, mais cet impact est cependant moindre que dans le cas de la nouvelle DLC. Cependant pour 56,6% des personnes sondées, ces nouvelles étiquettes semblent plus claires.
Globalement, un travail sur la catégorisation des produits (périssables/non périssables) et la détermination des dates limites doit être mené par les professionnels et les pouvoirs publics pour leur redonner de la cohérence et du sens, conclut la CLCV.
(1) Cette enquête s'inscrit dans le cadre d'un partenariat conclu entre la CLCV et l'ADEME sur la consommation durable. Elle contribue aussi aux objectifs du pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire que l'organisation a signé en juin 2013. 2584 consommateurs de 16 à 97 ans ont été interrogés par le réseau local de la CLCV dans le cadre d'entretiens individuels en face à face dans une cinquantaine de localités.