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Congrès FNPL : des producteurs résolument tournés vers l’avenir

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La 74e assemblée générale de la Fédération nationale des producteurs de lait, les 14 et 15 mars à Vannes (Morbihan), a été volontairement tournée vers l’avenir. Le syndicat n’a pas hésité à donner la parole aux grandes entreprises du secteur lors de deux tables rondes au sujet de la mise en place du plan de filière et du partage de la valeur. En parallèle, pour favoriser le renouvellement des générations, il a présenté cinq grands axes de travail pour les trois ans à venir, conjuguant développement de la filière et financement. À ce sujet, « il est évident que la moitié de l’enveloppe des cinq milliards revient à la filière laitière », a déclaré, souriant, Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, poussant un ministre de l’Agriculture, finalement présent, dans ses retranchements.

Bel, Laïta, Sodiaal, Lactalis, Leclerc, Carrefour, la liste des intervenants à la 74e assemblée générale de la Fédération nationale des producteurs de lait, le 15 mars à Vannes (Morbihan), était surprenante. Thierry Roquefeuil, président du syndicat, a d’ailleurs insisté sur « l’ambition pas évidente » que cela avait représenté d’organiser ces rencontres. « Nous avons eu plus de moments de tension entre nous que d’échanges lors des tables rondes l’an passé », a-t-il observé à la fin de l’assemblée générale. Chacun des intervenants a bien pris la parole, parfois hué par les producteurs, au sujet de « France, terre de lait », le plan de filière établi par l’ensemble des acteurs de cette filière laitière. À travers ce plan, c’est l’avenir des exploitations laitières qui est en jeu, comme aime à le rappeler le syndicat. « Maintenant, il s’agit de le faire vivre, ce plan de filière », a souligné Michel Lacoste, vice-président de la FNPL, lors d’une table ronde.

Un jeu de ping-pong entre intervenants

Toutes les interventions ne se sont pas déroulées sans heurts. Ainsi Magalie Sartre, directrice du développement durable et des affaires corporate chez Bel, assise à côté de Jean-François Huet, en charge des partenariats et des alliances locales chez Leclerc, a dénoncé « certains distributeurs qui ne jouent pas tous le jeu ». Et Jean-François Huet de renvoyer la balle en rappelant qu’en 2014, la distribution avait bien « joué le jeu » de maintenir un certain niveau de prix auprès des industriels, qui eux n’avaient pas fait descendre la valeur auprès des producteurs. Des échanges « ping-pong » qui ont eu le don de faire sortir de ses gonds Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la FNPL. « Cela fait des années que l’on entend les industriels et les distributeurs dirent “nous faisons ce que nous pouvons, nous ne pouvons pas faire plus”. En attendant, les producteurs ont dévissé ! La filière laitière est un colosse aux pieds d’argile. Nous voulons sortir d’une situation où seul le prix est la valeur fondamentale. Soit on est en capacité d’aller sur la route ensemble, avec un code mutuel, soit, nous les producteurs, on ne monte pas dans la voiture. Autant le dire tout de suite ! », a-t-elle déclaré, sous les applaudissements de la salle.

Rien à voir du côté de la coopération

De son côté, Guy Le Bars, président de Laïta, a répondu en une phrase à la question du partage de la valeur : « La coopération redistribue la valeur aux producteurs. Cela fait partie de nos gènes ». Il ne prendra la parole qu’une seule autre fois pour expliquer que « le résultat de Laïta est proche de zéro », montrant ainsi à quel point la coopérative ne fait pas de bénéfice. Le partage de la valeur semble donc être un non-sujet dans la coopération, tant il est évident. Face à ces échanges, il est facile d’imaginer ceux qui ont pu se tenir lors des tables rondes durant les États généraux de l’alimentation, fin 2017, et de comprendre la réaction, outrée, de Marie-Thérèse Bonneau : « Là, on ne va pas y arriver ! ». Et de continuer : « J’entends les industriels et les distributeurs dire : “On est prêt mais on attend que quelqu’un démarre”. C’est une prise de risque de leur part. Mais, nous, la prise de risque nous l’avons déjà faite ! Nous n’en sommes plus à ce stade. […] On a encore le sentiment que le partage équitable de la valeur, ce sera pour demain. Non, c’est aujourd’hui que cela doit changer. C’est aujourd’hui que l’on bâtit. »

« C’est aujourd’hui que l’on bâtit »

"La filière laitière est un colosse aux pieds d’argile"

Et les producteurs de lait sont demandeurs de nouvelles solutions pour modifier les règles d’un jeu qui dure depuis plusieurs années. C’est d’ailleurs ce que demande Michel Lacoste à Damien Lacombe, président de Coop de France Métier du lait : « Il faut que la coopération nous offre différentes solutions pour valoriser notre lait. Elle ne peut continuer à offrir un prix unique dans un modèle unique ». Ce n’est pas un hasard non plus si Jean-Loïc Bégué-Turon, responsable clients matières premières chez Caceis-Crédit agricole, évoque la solution des marchés à terme. Il développe un point de vue offensif : « Le marché à terme dans les marchés des grains, on ne peut plus s’en passer aujourd’hui. […] Il a fallu dix ans pour que cela marche et cela a marché parce que tout le monde a demandé la même chose au même moment. Les producteurs avaient demandé autre chose qu’un prix de campagne. Dans la production agricole, il faut qu’on souffre pour que l’on se réveille ! ». Il évoque l’importance de la transparence des prix, « point clef » dans le développement du marché à terme, assis face à un Michel Nalet, directeur de la communication chez Lactalis. Ce n’est pas un hasard non plus si la FNPL a, le 14 mars, fait un topo sur différentes start-up, dans le but d’interpeller les producteurs, et avec la présentation de la plateforme feedmarket.fr, place de marché digitale destinée à l’achat de protéines et d’huiles végétales pour l’alimentation animale.

Cinq axes de travail pour les trois ans à venir

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renouvellement des générations
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Cette assemblée générale a donc été volontairement tournée vers le futur, ce que confirment les responsables de la FNPL. « Pour des modèles d’exploitations laitières divers, transmissibles, valorisant les attentes de la société pour une juste rémunération des producteurs », titre ainsi le rapport d’orientation du syndicat. André Bonnard, secrétaire général du syndicat, l’a présenté le 14 mars en quelques mots. « Nous n’avons pas trouvé une unité dans les modèles d’élevages français. Aussi nous avons réfléchi en termes de diversité », a-t-il expliqué. Avec Thierry Roquefeuil, il a affirmé vouloir conserver cette diversité, marque de fabrique française. Pour cela, le syndicat a travaillé sur cinq axes : améliorer la fiscalité des exploitations, améliorer les structures sociétaires, notamment le Gaec, développer la formation pour les éleveurs, contribuer au renouvellement des conventions collectives pour les salariés et le personnel du service de remplacement ainsi que favoriser l’installation des jeunes avec la création d’un fonds de financement du capital d’exploitation.

Trouver d’autres modèles financiers pour l’installation

« Nous ne pourrons assurer, avec nos seuls enfants, le renouvellement de nos fermes laitières. Comment un jeune, non issu du milieu agricole et sans argent, pourra-t-il demain s’installer [vu le montant du capital nécessaire, ndlr] autrement que par l’utilisation du financement participatif ? Il nous faut inventer d’autres modèles financiers si nous voulons conserver la diversité de nos modèles laitiers. Et cela d’autant plus que l’intégration par l’amont ou l’aval n’est pas notre modèle », a bien spécifié André Bonnard.

Tous ces éléments, accompagnés de « France, Terre de lait », doivent permettre de « donner une direction dans les trois ans à venir » au syndicat, selon son président. À l’image d’un programme que pourraient proposer Thierry Roquefeuil et son équipe pour un prochain mandat. Cela tombe bien, des élections doivent avoir lieu le 22 mars prochain pour le renouvellement du bureau.

États généraux : « Le projet de loi, tout seul, ne fera pas tout », selon Stéphane Travert

« Le projet de loi, tout seul, ne fera pas tout » a déclaré Stéphane Travert, le 15 mars lors de l’assemblée générale de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) à Vannes, au sujet du projet de loi déposé fin janvier par le gouvernement à la suite des États généraux de l’alimentation. Il a affiché sa volonté de vouloir accompagner les producteurs dans leur quête d’un meilleur prix, mais n’a pas hésité à rappeler que l’« on peut élaborer tous les outils que l’on souhaite, ils ne seront d’aucune utilité si vous ne vous donnez pas les moyens de rééquilibrer le rapport de force, en vous regroupant. Le secteur de la production agricole est encore trop éclaté ». Il a répondu, en partie, aux demandes de Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, en affirmant que « nous allons travailler encore sur ce projet de loi pour le muscler », refusant « de cautionner le manque d’ambition » que la FNPL prête à ce projet. « À l’avenir, ce n’est pas un combat pour 2 centimes de plus en 16 ans, c’est un combat, que nous allons mener ensemble, pour quelques centimes de plus chaque année », a-t-il conclu.

Plan de filière : « Vivre dignement de notre métier, cela devient une valeur », selon Marie-Thérèse Bonneau

« Vivre dignement de notre métier, cela devient une valeur », s’est exclamée Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), le 15 mars à Vannes, lors de l’assemblée générale du syndicat. Cela répond d’ailleurs aux attentes sociétales, thème de la deuxième partie des États généraux de l’alimentation, tout comme le bien-être animal ou le « sans OGM ». La FNPL a donc défini ce qu’est « vivre dignement » du métier d’éleveur. Il s’agit donc non seulement d’obtenir une « juste rémunération » de son travail, mais aussi de « pouvoir se faire remplacer sur sa ferme un jour par semaine ». Ce nouveau critère a fait son apparition à plusieurs reprises dans le discours des responsables professionnels du syndicat. Thierry Roquefeuil n’a pas hésité non plus à repréciser : « L’amélioration des revenus en 2017 ne permet pas de compenser la dégradation de trésorerie subie en 2015 et 2016. En résumé, on sort la tête de l’eau, mais pas assez pour renflouer nos finances après trois années noires. »