Sans bouleverser le système alimentaire, il est possible de réduire la consommation moyenne de viande de 15 % d’ici 2030, estime l’Iddri. Une étude originale qui propose des trajectoires différenciées pour douze groupes sociaux.
Dans une étude parue le 3 février, l’Iddri estime possible de réduire la consommation moyenne de viande des Français de 15 % d’ici 2035 (par rapport à 2023) « sans ruptures majeures dans la société et l’alimentation ». Cette réduction – qui atteindrait 11 % en termes de consommation totale, toutes espèces confondues – serait compatible avec les recommandations nutritionnelles. Dans ce scénario, la consommation de viande bovine reculerait de 18 %, celle de porc de 17 %, la volaille de 8 % et les autres viandes de 28 % (mouton, gibier, lapin, etc.). Cette « trajectoire plausible à court et moyen terme » constituerait « une première étape », avant une accélération de la réduction pour atteindre les objectifs environnementaux en 2050.
L’originalité de ce scénario baptisé TRAMe 2035 (1) ? Il explore des baisses différenciées selon douze groupes sociaux, en fonction de leurs contraintes et de leurs « prédispositions à l’alimentation durable ». La baisse potentielle varierait ainsi de 4 % (familles rurales modestes) à 36 % (femmes seules) ; les « familles aisées diplômées » pourraient manger 26 % de viande en moins, quand les « familles urbaines modestes » en consommeraient 10 % de moins. Les experts de l’Iddri ont classé ces groupes selon quatre trajectoires : « Affirmation » (forte prédisposition à l’alimentation durable, contraintes moyennes) ; « Mise en route » (40 % de la population, pour qui « la viande est importante dans leurs habitudes alimentaires ») ; « Ouverture des possibles » (contraintes économiques élevées) ; « Mise en cohérence » (peu de contraintes et fortes prédispositions).
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Une étude « stigmatisante » pour Interbev
« Il est possible d’embarquer l’ensemble de la société dans la transition, sans nier les inégalités sociales ou les obstacles au changement », conclut l’Iddri. Pour parvenir à des baisses de consommation, le think tank propose plus classiquement de faire évoluer les « environnements alimentaires » dans une logique de « moins, mais mieux » : offre en grandes surfaces, campagnes de communication, baisses des prix des substituts végétaux, etc. L’Iddri publiera ensuite au second semestre « une série de trois scénarios d’évolution de l’offre en produits carnés ».
Réagissant dans un communiqué du 4 février, Interbev pointe « les dangers de l’approche réductrice voire stigmatisante » de l’étude, qualifiant de « non-sens » le fait de « limiter uniquement la transition des régimes alimentaires à une baisse généralisée de la consommation de viande ».